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décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Etat espagnol. La «révolution citoyenne» et le «municipalisme»

Publié par Alencontre le 7 - janvier - 2015
Ada Colau

Ada Colau

Entretien avec Ada Colau
(Guanyem Barcelona)

Nous publions ci-dessous un entretien avec l’une des figures emblématiques de la mobilisation contre les expulsions de logement suite à la crise immobilière dans l’Etat espagnol. Cet entretien permet, en partie, d’appréhender une facette complémentaire des approches «citoyennes» de la lutte contre «le système bipartidaire», avec une insistance particulière sur le «municipalisme». Cette notion peut rappeler à certains les élaborations qui, dans les années 1980, ont fleuri sur le «socialisme municipal», y compris en Grande-Bretagne. (Rédaction A l’Encontre)

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Sac à l’épaule et vêtue d’un ciré, Ada Colau (née Barcelone en 1974) arrive à la Sala Mirador de Madrid afin de participer à un colloque sur le renouvellement [ou régénération] de la politique. Une heure avant la rencontre, l’ancienne porte-parole de la Plate-forme des personnes frappées par la dette hypothécaire [PAH, Plataforma de Afectados por la Hipoteca, qui sont menacés d’expulsion de logement] – et candidate probable à la mairie de Barcelone en 2015 pour Guanyem [terme catalan qui se traduit par «gagnons», sous-entendu la municipalité ] – nous donne une ébauche – sur la tribune du théâtre encore vide – de la «révolution citoyenne». Cet objectif constitue son principal défi politique que l’on peut résumer de la sorte: rendre aux gens la démocratie et les «institutions séquestrées» par les partis du régime [Parti populaire et Parti socialiste ouvrier d’Espagne].

Quel est votre bilan de l’année 2014?

Ada Colau: L’année a été marquée par l’irruption de Podemos. Mais il est important de souligner que Podemos n’est pas seulement Podemos. C’est l’expression la plus saillante d’une révolution démocratique que bouillonne depuis plusieurs années et qui a plusieurs facettes et cycles: la PAH, le 15M [15 mai 2011, début du mouvement des indigné·e·s], les marées [soit les mouvements sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation, etc.]… On est passé de la mobilisation massive à constater que cela devenait sérieux, qu’il fallait chercher des mécanismes effectifs de contrôle pour défendre les conditions d’existence des gens. Les citoyens [ou les habitants] se sont rassemblés face aux institutions pour défendre les droits: ce sont eux qui ont paralysé les expulsions de logement; c’est eux qui ont défendu les hôpitaux contre la privatisation;… Ce cycle n’est pas épuisé. Nombreux sont ceux qui, n’ayant pas d’intérêt particulier à faire une carrière politique, ont, de manière commune, dû poser le problème de la représentation sous des modalités nouvelles. Car la saisie des institutions par les tenants du bipartisme menace les droits et la démocratie.

Les gens se méfient-ils des institutions ou uniquement de ceux qui les dirigent aujourd’hui?

Il y a une crise brutale de délégitimation des institutions.

Toutes ont connu des scandales de corruption.

Effectivement. Au niveau des municipalités, des communautés autonomes, de l’Etat, de la justice… Et cela pas uniquement en raison de la corruption en elle-même, mais également par la pratique des «portes tournantes» [terme qui désigne le passage de politiciens, d’anciens ministres, etc. à des conseils d’administration de grandes entreprises ou à des postes divers; en France ont dit «pantoufler»] ainsi que par l’utilisation du clientélisme de parti. Les partis du régime ont bousillé la démocratie. Ils ont créé une situation très dangereuse. Ce c’est que nous voyons dans toute l’Europe. Des partis néofascistes s’affirment en France et en d’autres endroits où cela semblait impossible. Une situation pareille s’est déroulée en Italie il y a plusieurs années lorsque l’on assista à des cas de corruption généralisés. C’est alors qu’est apparu Berlusconi, parce qu’il n’y a pas eu une mobilisation citoyenne forte. Nous avons tiré des leçons de cela.

En Espagne, heureusement qu’il y a eu une réaction en positif: nous allons sortir de la crise mieux que nous y sommes entrés. Ils nous mèneront la vie dure, mais il y a beaucoup de gens qui font un pas en avant et qui sont disposés à se co-responsabiliser pour sortir de cette crise avec une démocratie réelle.

Quel est le risque que le passage [un «débarquement» dans le texte] d’activistes des mouvements sociaux vers des partis politiques décapite le tissu social, comme cela s’est produit avec le PSOE dans les années 1980? Qui vous surveillera lorsque vous vous trouverez dans les institutions?

Ce n’est pas vrai qu’il y a eu un débarquement d’acteurs des mouvements sociaux, ni à Podemos, ni à Guanyem. Ni qu’ils sont le moteur de ces formations politiques. Regardez qui a impulsé Podemos [ce sont des politologues comme Iglesias et Monedero et des membres d’Izquierda anticapitalista]. Il y a une syntonie avec les mouvements, et non un débarquement. Nous avons à l’esprit les leçons de la Transition [post-franquiste] et de la démobilisation qui s’en est suivie. Les personnes qui ont fait ce pas en avant l’ont fait en étant attentives à maintenir l’indépendance et l’autonomie des mouvements, qui conservent leurs feuilles de route et leurs mobilisations. Nous avons besoin de plus de mobilisation sociale que jamais, dans la foulée de victoires électorales et y compris aujourd’hui. La démocratie ne doit plus jamais être déléguée: voter tous les quatre ans est ce qui nous a conduits à la situation présente.

Mais beaucoup parmi vous ont fait ce pas. Ne pensez-vous pas que ce risque de démobilisation soit réel?

Il y a une mémoire historique récente. Dans les mouvements qui me sont proches, il y a une conscience de cela. En ce qui me concerne, par exemple, lorsque j’ai quitté la PAH, j’étais consciente qu’il y avait un mouvement très fort avec des personnes qui pouvaient assumer toutes les responsabilités, à tous les niveaux. Et cela continue ainsi. La Plateforme poursuit ses activités avec son programme, son agenda et ses actions. Nous n’avons pas décapité le mouvement, et les choses sont plus fortes que jamais.

Quelles seraient vos priorités en tant que maire de Barcelone, en 2015?

Les citoyens affirment qu’il faut en finir avec la corruption et avec les mauvaises pratiques, avec les «portes tournantes». Mais ceux qui sont affectés par cette corruption et cette impunité ne modifieront pas les règles du jeu. Il faut changer les priorités des politiques publiques et placer au centre les droits sociaux et mettre un terme aux expulsions de logement.

Ada Colau

L’Espagne est le pays d’Europe qui a le «privilège» honteux de pratiquer le plus grand nombre d’expulsions de logement. Pour cela, n’importe quelle administration est compétente. L’argument des compétences n’a pas de valeur. Il y a, au niveau municipal, des communautés autonomes et de l’Etat, des instruments pour y mettre un terme pour autant qu’il y ait une volonté politique. Ainsi que pour contraindre à ce que les logements vides aux mains des banques soient utilisés pour le logement social. Il en va de même pour l’éducation publique, les soins, l’alimentation, les services de base… Tout comme la modification du concept de participation politique. Qu’elle parte d’en bas vers le haut et non l’inverse. Que les gens qui récoltent des signatures par le biais d’une ILP [Initiative de législation populaire] peuvent faire en sorte qu’il y a des consultations contraignantes sur des grands thèmes. Que les espaces de participation se décentralisent au niveau des quartiers. Que l’on ne puisse pas réaliser de grands projets urbanistiques sans consulter les habitant·e·s impliqués… ce sont des questions minimales. Pour cela, il n’est pas nécessaire de réaliser de grandes révolutions ni de mettre un terme au système.

Remporter les mairies de Madrid et de Barcelone pourrait-il être le point de départ d’un changement au niveau de l’Etat, comme cela s’est produit en 1931 [1]?   

Le municipalisme est la base. Une révolution démocratique est nécessaire et cela passe par une prise en main par les gens à différents niveaux. Que tout le monde doit être mobilisé ou en permanence en assemblée revient à caricaturer. Chacun doit être où il peut et où cela l’intéresse. Quel endroit meilleur pour cela que le municipalisme [une activité socio-politique à l’échelle d’une municipalité]? C’est un point clé parce que c’est commencer à partir d’en bas vers le haut.

Pablo Iglesias a revendiqué en janvier [2014] qu’un projet comme celui de Podemos nécessitait un dirigeant de référence et que celui-ci pouvait être seulement l’une de ces trois personnes: lui-même, Alberto Garzón [2] ou vous-même. Vous l’a-t-on offert?

Non. Formellement ils ne m’ont pas fait de propositions. Cela est exact que j’ai eu quelques discussions avec Pablo sur cette question. Mais, à ce moment, j’étais à la tête PAH et il m’était clair que je ne souhaitais pas faire un pas dans cette direction. Il est vrai que la personnalisation suscite des malaises parmi les gens qui ont une longue trajectoire d’activisme social. C’est agaçant, mais il est aussi vrai que nous vivons dans une société médiatique, qui a besoin de figures pour que des projets puissent être identifiés. Autant dans le cas de Podemos que dans le mien, ce qui est important c’est qu’il y ait une gestion collective, une responsabilisation d’ensemble de ces directions personnalisées. Tant qu’elles sont au service d’un projet commun, il est indispensable qu’elles soient contrôlées collectivement.

Comment avez-vous réagi lorsque Pablo Iglesias vous en a parlé?

C’était une conversation informelle. Il n’y avait pas une idée de projet fixe. Ce n’était pas une question de recrutement.

Etes-vous de gauche?

Je me reconnais clairement dans les valeurs et la tradition de gauche. Mais si vous me demandez ce qui me définit, je m’identifie avec la démocratie et les droits humains, qui sont des valeurs traditionnellement liées à la gauche: la lutte pour l’égalité, la justice sociale, la fraternité, la lutte contre les inégalités… mais je crois que les étiquettes politiques doivent être utiles au changement, et non l’inverse.

Il y a des personnes qui sont trop attachées au langage classique de la gauche, qui doit être actualisé. Si les gens de la rue ne parlent pas avec ce langage, le problème ne vient pas des gens. C’est que ce langage n’est déjà pas utile et qu’il est nécessaire de l’actualiser. Cela ne veut pas dire que tu renies ces valeurs. Ce qui compte ce sont les valeurs et non les étiquettes. Il y a une gauche classique qui est restée en décalage et qui s’est éloignée de la société et du peuple qu’elle souhaite représenter. Mais, d’où vient le problème? Du peuple? Cela ne fait aucun sens de reprocher aux gens le fait qu’ils n’utilisent pas tes schémas.

Qui est responsable?

Les grands partis de gauche d’Espagne, d’Europe et du monde ont une grande responsabilité. A la suite de la chute du Mur [de Berlin], ils embrassèrent le néolibéralisme, promurent des politiques de droite et effacèrent le sens de la gauche. Soudainement, les gens sont arrivés à la conclusion qu’être de gauche ou de droite était la même chose parce que les deux sauvaient les banques et détruisaient les droits sociaux. La grande responsabilité du fait que l’axe gauche-droite ne soit plus un référent ne vient pas des gens, mais des partis social-démocrates qui ont trahi des valeurs et des politiques. Les citoyens ont trouvé d’autres formes pour se référer aux mêmes valeurs: ils parlent de droits humains, de démocratie, de ceux d’en bas contre ceux d’en haut… Si nous parlons des mêmes valeurs et objectifs, les étiquettes n’ont pas d’importance.

Guanyem est une organisation de gauche ou d’en bas?

Les deux. C’est une qualité qu’il y ait en son sein des gens qui n’ont jamais fait de politique, qui ne se reconnaissent pas dans l’axe gauche-droite et qui voient en Guanyem un instrument utile parce qu’il se centre autour d’objectifs précis. Mais il y a aussi des gens qui viennent d’une tradition de gauche. S’ils revendiquent les valeurs, ils se rejoignent.

En Grèce, la gauche s’est repositionnée il y a presque 10 ans avec la création de Syriza. Est-ce le chemin à suivre?

Nous devons tous faire un effort pour changer de logiciel, ce n’est pas le seul problème d’Izquierda Unida [coalition au sein duquel le Parti communiste espagnol joue un rôle clé]. Lorsque l’on me dit qu’il faut éjecter la mafia et la remplacer par des gens comme moi, je réponds: «tu ne dois pas me faire confiance. Ce qu’il faut faire, c’est changer les règles du jeu.»

Cela a des conséquences pour tout. Des manières de faire de la politique jusqu’aux partis ou aux institutions. Pourquoi voulons-nous gagner? Ce n’est pas pour réaliser une relève générationnelle ou un changement de logos mais pour transformer le type d’institutions, qui jusqu’ici ont servi à séquestrer la démocratie. Qu’il y ait un engagement citoyen, indépendamment de celui qui gouverne, et quels que soient les logos. Il y a des endroits comme Barcelone dans lesquels, avec des initiatives comme Guanyem, il faudra que confluent des formations ayant une plus grande tradition avec d’autres, nouvelles, afin d’unir nos forces. Ailleurs, peut-être faut-il aller séparément et faire ensuite des pactes, après les élections. L’objectif ultime pour la démocratie doit être la participation citoyenne.

Quel avenir présagez-vous au PSOE?

Je le vois très perdu. L’élection de Pedro Sánchez [nouveau secrétaire général], est tentative de mettre quelqu’un qui paraît plus jeune. C’est une opération de marketing. Mais, le PSOE a en réalité une structure et un réseau clientélaire auxquels ils continuent de participer depuis plus de 30 ans. Si Sánchez souhaite vraiment changer les choses, il doit faire en sorte que tous les hauts responsables quittent les grandes entreprises et mettre un terme aux pratiques des «portes tournantes» [c’est une pratique propre à la social-démocratie dans l’ensemble de l’Europe, en particulier le pantouflage dans des grandes structures économiques publiques ou privées].

C’est à lui de nous convaincre qu’il veut le changement. Personne ne croit aux petites opérations de marketing, parce que les gens sont fatigués de les voir. La structure du PSOE fait partie du problème. Mais cela ne signifie pas un mépris de sa tradition, de ses militants et de ses électeurs. Ils devront chercher un autre espace. Le PSOE fait partie du passé, comme structure de pouvoir.

De quelle organisation vous sentez-vous plus proche? IU ou Podemos?

Il est indispensable de faire une analyse plus globale et complexe. Je ne doute pas qu’Alberto Garzón soit une personne très compétente et très proche des processus en cours. Lui comme d’autres personnes, membres d’IU. Mais au-delà du changement de visages, les gens demandent un changement des façons de faire de la politique. Izquierda Unida doit encore faire s’engager résolument dans cette direction. IU, comme logo, pourra difficilement conduire ce processus de révolution citoyenne. Evidemment, ils en feront partie, dans la mesure qu’ils le souhaitent. Mais ils ne la conduiront pas, c’est impossible.

Le problème de IU n’est pas Podemos. IU disposait du contexte parfait pour croître durant toute la crise… et IU n’a pas crû. Cela signifie qu’il y a d’autres manières de faire de la politique, qu’il y a des langages, qu’il y a aussi des coresponsabilités parce qu’il y a eu des cas graves de corruption, comme celui de Bankia… et cela a un poids. Il est clair que Podemos ne fonctionne pas seulement parce qu’il apparaît à la télévision.

Garzón parviendra-t-il à changer IU?

Les personnes sont importantes, et peuvent avoir un leadership, mais ce n’est pas une seule personne qui réalise les grandes transformations. Si Alberto Garzón est là où il se trouve, c’est parce qu’il a une capacité de direction, mais il doit faire partie de quelque chose de plus ample. Je n’ai pas un contact régulier avec IU et je ne peux parler en connaissance de cause. Pour ce que je connais, la formation est assez divisée, avec deux âmes: une en faveur d’une mise à jour, et une autre qui s’entête à maintenir un langage et des manières de faire qui ont fonctionné au cours des décennies passées.

Podemos a un grand manque de cadres moyens. Arriveront-ils à temps pour 2015?

Oui. La PAH, nous l’avons commencée à partir de zéro.

Mais nous parlons de gouverner un pays…

Oui, oui. Mais à certains moments, nous avons eu en Espagne d’authentiques incompétents au pouvoir. Les appeler cadres discrédite la politique. Il y a une quantité de médiocres qui parlent sans avoir aucune idée. A commencer par le président du gouvernement [Mariano Rajoy], qui fuit la presse parce que, chaque fois qu’il parle, il met les pieds dans le plat.

Je vois une citoyenneté avec la génération la plus préparée de l’histoire. Elle l’a montré en plusieurs points. Par exemple: avec la PAH, lancée à partir de rien, sans ressources. C’est un mouvement qui a plus de 200 noyaux [dans tout le pays], avec des personnes, souvent sans logement, sans travail, «détruites», déprimées, avec un niveau culturel bas et dans des situations très précaires… Or, malgré tout, nous sommes parvenus à atteindre des objectifs que, y compris des membres des institutions, nous disaient être impossibles. A Barcelone, nous assistons à présent au développement du secteur coopératif, de l’économie sociale, où fonctionne déjà un autre système. Il y a déjà beaucoup de gens très capables de gouverner mieux que ceux qui le font maintenant. Il faut être prudents et savoir que nous allons commettre des erreurs parce que nous sommes des humains. Mais il faut le faire, car, sinon, les choses seront pires.

Podemos envisage non seulement d’attirer les électeurs d’Izquierda Unida, mais aussi vos militants. Pensez-vous que cette formation devrait se dissoudre?

Qu’IU le décide, je ne vais pas leur dire ce qu’ils devraient faire. Ils ont énormément de gens très valables. Je suis contre la nouveauté radicale, selon laquelle tout doit être nouveau et que l’ancien ne sert à rien. Cela fait des années que je suis une activiste sociale et j’ai appris de gens plus anciens de tous les côtés. Au sein d’IU, il y a beaucoup de gens de qui l’on peut apprendre, de leurs engagements et de leurs implications. Et nous allons rencontrer ces gens, peu importe comment ils se nomment.

Ce qu’il faut faire est de prioriser les méthodes et la manière de faire de la politique. Les logos peuvent être un obstacle à ce processus. Si IU, comme logo, n’est pas utile pour le processus de transformation général, ils doivent se poser ce problème. Mais c’est une décision souveraine qui leur appartient. Si Guanyem cesse d’être utile pour ce pourquoi il existe, changeons et point à la ligne. Il faut songer à ne pas s’accrocher aux logos, ce qui ne signifie pas renoncer au passé, ni à la tradition, ni à l’histoire. Il y a beaucoup à apprendre de l’histoire. Il faut compter avec elle et l’engagement de beaucoup de gens.

Y a-t-il matière à un changement électoral en 2015?

Oui. Nous allons assister à des grands changements. La fin du bipartisme progressera. Mais ce n’est pas là que tout se résoudra. Un changement de paradigme ne se fait pas en deux jours, ni en une année. L’incertitude est de savoir jusqu’à quel point le pouvoir de fait [c’est-à-dire le pouvoir réel, qui n’est pas exclusivement celui de l’appareil d’Etat] va tenter d’arrêter cela. Ils tentent déjà de discréditer. Les banques contrôlent la majorité des médias. Ils ne nous rendront pas la vie facile, mais nous verrons jusqu’où ils arriveront. Les citoyens ne détiennent pas le pouvoir économique, ni politique, ni judiciaire, ni médiatique… mais nous sommes la majorité. Et nous avons découvert que, si nous nous organisons, nous avons bien plus de pouvoir que celui qu’ils nous disaient que nous détenions. Il nous faudra être forts et courageux dans l’année à venir. (Entretien publié dans le numéro 23, de janvier 2015, du mensuel La Marea. Traduction A l’Encontre)

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[1] Dans un contexte de tentative de stabilisation de la monarchie à la sortie d’une dictature (celle de Miguel Primo de Rivera, dictateur entre 1923 et 1930), les autorités convoquent à des élections municipales (en lieu et place d’élections générales) pour le 12 avril 1931. Fin mars, les libertés de réunion, de presse et d’association sont rétablies. Une forte poussée de la gauche et des partis républicains dans de nombreuses capitales de province et des villes comme Madrid et Barcelone conduisent à la fuite du roi, Alphonse XIII (1886-1941, mort en Italie), et, le 14, à la proclamation de la République. Un gouvernement provisoire sera formé et une constituante élaborera une nouvelle Constitution, adoptée le 9 décembre. (Réd. A l’Encontre)

[2] Alberto Garzón Espinosa, né en 1985, est secrétaire du processus constituant de Izquierda Unida, membre du Parti communiste espagnol. Il est économiste, député pour IU au Congrès des députés depuis les élections de 2011. Auteur de plusieurs livres, dont deux en collaboration avec Vicenç Navarro et Juan Torres López, ces derniers étant les auteurs d’un récent projet de programme économique pour Podemos. (Réd. A l’Encontre)

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