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A l'encontre

La Brèche

Etat espagnol. Face à l’échéance électorale du 26 juin

Publié par Alencontre le 14 - juin - 2016

imagesDéclaration des Anticapitalistas
et position de Pablo Iglesias

En date du 12 juin 2016, le quotidien El Pais publiait les résultats des derniers sondages en vue des élections du 26 juin. Le Parti populaire (PP) obtient 28,9% des intentions de vote. Unidos Podemos en réunit 25,4%; le PSOE 20,8% et Ciudadanos 15,9%.

Le «débordement électoral» – en termes de sondages – de Unidos Podemos par rapport au PSOE marque une modification d’importance, qui s’annonce depuis un certain temps sur la scène politique et électorale de l’Etat espagnol. L’approche de l’échéance électorale et politique peut être appréhendée au travers de la tonalité différente, d’une part, de la déclaration des Anticapitalistas, courant de Podemos, et de l’article de Pablo Iglesias qui, lui, se centre sur une sorte de «mise au pied du mur» du PSOE. (Rédaction de A l’Encontre

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Nous nous trouvons au milieu de semaines de grande importance. Au cours de cette campagne électorale, des contradictions multiples se font jour tout comme de nombreux projets différents. La lutte politique qui se déroule actuellement condense des batailles de nombreuses années, des conflits sociaux de longue durée. De fait, ces élections ne sont pas justes des élections de plus. L’importance de cette bataille électorale se reflète dans la nervosité des porte-parole des élites économiques, politiques tout comme au sein de la société civile. Les attaques paniquées qu’expriment chaque jour ces grandes entreprises que sont les moyens de communication constituent une bonne démonstration de cela: les citoyens voteront mal! Les radicaux sont à nos portes!

Ces élections sont historiques parce que, pour la première fois depuis longtemps, une force qui représente les aspirations au changement des gens est en position de les gagner. Unidos Podemos [front électoral constitué de Podemos, des listes de convergence dans différentes communautés autonomes, d’Equo et d’Izquierda Unida] est l’expression de la prise de conscience du fait que l’économie ne peut continuer d’avoir pour signification des bénéfices pour un petit nombre et l’exploitation de la majorité, que la démocratie ne se réduit pas à l’acte de voter, que nous avons le droit de bâtir une vie en jouissant d’un certain nombre de garanties fondamentales.

Ces revendications sont légitimes et raisonnables. Mais elles ne pourront être satisfaites qu’au travers de la lutte. Personne ne nous en fera cadeau. Il est indispensable de les conquérir au moyen de victoires électorales, de mobilisations sociales ainsi que par l’auto-organisation populaire autonome. Contre les corrompus, contre les banques, contre les institutions européennes dirigées par des fanatiques des coupes budgétaires et de l’austérité ainsi que – pourquoi ne pas le dire? – contre un certain sens commun qui nous a été inculqué pendant des décennies, un sens commun selon lequel nous ne pouvons rien faire d’autre que d’entrer en concurrence avec les autres travailleurs, qu’il n’est pas possible de changer les choses.

Notre combat est politique, économique et culturel. C’est une lutte de longue durée. Les enjeux sont aussi élevés à court terme: remporter ces élections est un premier pas indispensable pour commencer à faire de ses revendications des réalités. Le PP, le PSOE et Ciudadanos constituent un bloc politique qui, si n’est pas monolithique, a pour objectif le maintien du «statu quo», d’assurer la poursuite des politiques d’austérité accompagnées d’une limitation des droits et d’un approfondissement du tournant autoritaire qui relègue la démocratie au statut d’une simple question formelle. Leur défaite serait une victoire de nos aspirations. Notre victoire est une opportunité pour que nos rêves commencent à prendre forme.

Anticapitalistas lance un appel pour une participation active à cette campagne. Chaque vote, chaque meeting, dans chaque quartier, dans chaque entreprise, notre force réside dans notre capacité à atteindre les lieux que les grands appareils des partis ne peuvent accéder, car nous ne sommes pas un corps étranger, car nous faisons partie des personnes qui travaillent. Le temps d’une grande mobilisation populaire pour défaire les partis des élites est venu. Nous devons nous préparer pour les défis qui suivront la victoire.

Pour cette raison, c’est le moment de voter Unidos Podemos et, simultanément, de s’organiser partout où cela est possible. C’est le moment de gagner les élections et de commencer à tout changer. (Déclaration des Anticapitalistas, publiée le 8 juin 2016, traduction A L’Encontre)

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«Nous sommes l’alternative»

Le PSOE peut se joindre au changement et se rénover, ou s’ancrer dans le passé et se convertir en une force avec beaucoup moins de poids historique.

attachmentPodemos et ses alliés représentent aujourd’hui la principale alternative de gouvernement au Parti populaire (PP) en ce moment d’impasse provoquée par les difficultés du Parti socialiste à choisir une des deux modalités de gouvernement possibles appelées à définir la lutte politique présente et future en Espagne. Le contexte international et européen de cette transformation du système politique est inédit, complètement différent de celui qui détermina le sort de notre pays au XXe siècle.

Peut-être faut-il laisser passer encore quelques années pour que les historiens et les autres chercheurs en sciences humaines rendent compte de la dimension des événements sociaux et politiques que nous sommes en train de vivre et qui, en à peine plus de deux ans, ont produit ce qui n’est rien moins qu’un nouveau système de partis.

L’émergence de Podemos, en tant que traduction politico-électorale de la nouvelle époque qu’a inauguré le mouvement du 15-M a redéfini l’échiquier politique. Mais si quelque chose dépasse encore en importance cette irruption impétueuse, c’est sa consolidation comme une option de gouvernement, capable de diriger une alliance historique sans précédent (et selon moi sans retour en arrière) qui réunit une pluralité de forces qui va depuis des espaces politiques traditionnels de la gauche en Espagne et en Catalogne, jusqu’aux coalitions municipales qui gouvernent aujourd’hui les principales villes du pays, en passant par des partis galiciens, valenciens et baléares, éco-socialistes et par des mouvements sociaux.

Notre premier défi est d’assumer que nous ne pourrons gouverner qu’avec une alliance avec la vieille social-démocratie, en Espagne et en Europe, dans un contexte postérieur à la Guerre froide où les identités politiques de la gauche qui s’étaient forgées à la chaleur du bref XXe siècle, de 1917 à 1989, ont des problèmes à se reconnaître elles-mêmes. Cela implique l’ouverture d’un débat national, qui doit inclure des secteurs de la vieille social-démocratie, en termes idéologiques et géostratégiques, à propos de quelles politiques pourraient être appliquées par un Etat et des administrations qui ont des énormes limitations de souveraineté, et à propos de quel rôle nous voudrons jouer en rapport à l’Europe, à l’Amérique latine et au monde.

Notre deuxième défi implique d’ouvrir un dialogue complexe pour offrir une issue institutionnelle et constitutionnelle, par des voies démocratiques, à la plurinationalité de l’Espagne, en même temps que nous renforçons, à partir d’un nouveau patriotisme citoyen, une idée de pays capable de porter un projet collectif respectueux de la diversité de notre patrie. Ce n’est en rien une question nouvelle, mais bien une tension constitutive de notre histoire politique qui aujourd’hui implique d’actualiser les débats et les formules au sujet du fédéralisme et de l’engrenage constitutionnel et juridique de différentes réalités et différents sentiments nationaux.

Bien qu’aussi bien la structure de notre système politique que les structures politiques, économiques et militaires, internationales auxquelles il est intégré (UE, OTAN, etc.) sont héritées du monde bipolaire, le contexte a suffisamment changé pour qu’on puisse imaginer des nouvelles possibilités tant vers l’intérieur que vers l’extérieur.

L’échec des politiques d’austérité parrainées par l’Allemagne dans le Sud de l’Europe et l’abandon des politiques néo-keynésiennes par une partie de la vieille social-démocratie, détournées vers l’impasse de la Troisième voie, ont laissé ouvert l’espace pour une nouvelle social-démocratie qui ne soit pas conditionnée par les contingences de la Guerre froide et qui puisse récupérer une politique qui soit à la fois souverainiste et européiste de caractère social. Est-il possible d’être à la fois souverainiste et européiste? Il faut que cela le soit si nous entendons que la démocratie se doit de nourrir la légitimité tant des institutions de l’Etat que des institutions européennes.

Les déficits démocratiques des structures de décision de l’Union européenne et l’érosion souveraine des institutions de l’Etat sont une question qui reste à résoudre. La désaffection énorme à l’égard de l’Europe comme projet politique a de multiples expressions (les référendums mouvementés sur le traité constitutionnel européen, la réelle possibilité du Brexit ou les progrès de l’extrême droite anti-européenne en sont quelques exemples). Cela ne peut être combattu qu’en récupérant une idée de l’Europe qui soit associée aux droits sociaux et à l’Etat providence. Ce furent là les clés, et pas d’autres, qui rendirent l’Union européenne attractive, en tant que projet politique et social, aux populations du Sud et c’est sur elles que doit se baser un nouveau projet social-démocrate pour un continent qui doit avoir une identité géopolitique propre qui ne soit pas subordonnée à d’autres puissances.

Une nouvelle idée de l’Espagne dans l’Europe, plurinationale et dans laquelle soient garantis les droits sociaux dans le cadre d’un nouveau modèle productif, nous ne pouvons pas la construire seuls ; elle requiert des alliances larges, sociales, politiques et avec des secteurs stratégiques du patronat, tant dans notre pays qu’en Europe.

Après les élections du prochain 26 juin se présenteront assurément à nouveau deux options de gouvernement que nous voyons aujourd’hui possibles : la continuité du PP à la tête du gouvernement ou un gouvernement avec Unidos Podemos. Le PSOE se verra assurément dans le dilemme d’avoir à choisir à laquelle des deux options il veut s’engager en partageant la responsabilité. Mais dans chacun des deux cas, le changement de système se sera déjà consolidé et le moment du changement de gouvernement ne sera plus qu’une question de temps.

Je suis convaincu que la vieille social-démocratie, quoi qu’elle décide après le 26-J, restera une force politique fondamentale et pour nous un allié nécessaire, mais je crois que son poids spécifique comme alternative de gouvernement aux conservateurs sera déterminé par la décision qu’elle prendra aujourd’hui. Après le 26-J, le PSOE peut se joindre au changement et se rénover, ou s’ancrer dans le passé et se convertir en une force avec beaucoup moins de poids historique quand il s’agira de déterminer le futur de l’Espagne. (Traduction Réd. A l’Encontre; article de Pablo Iglesias publié dans El Pais du 3 juin 2016)

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