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30
avril 2017

A l'encontre

La Brèche

Espagne: les Commissions Ouvrières face à la crise

Publié par Alencontre le 4 - décembre - 2011

Candido Méndez (UGT) et Ignacio Fernandez Toxo (CCOO)

Par le «secteur critique» des CCOO

Le texte que nous publions ci-dessous doit être mis en relation avec les dernières contributions sur la situation sociale et politique dans l’Etat espagnol présentées sur ce site. En date du 3 décembre 2011, le quotidien El Pais exposait les dernières données officielles concernant le nombre de chômeurs enregistrés, fin novembre 2011: 4’420’460. Pour rappel: au cours du troisième trimestre 2008, le nombre de chômeurs recensés se situait à hauteur de 2,5 millions. L’écart, dans le temps, entre ces deux chiffres donne une idée – partielle – de l’ampleur et de la rapidité de l’explosion du chômage. Il en découle aussi que le nombre de chômeurs et chômeuses qui ne sont plus couverts par le système d’allocation-chômage augmente très vite. Le taux de couverture est estimé à 67,7% des chômeurs et chômeuses, en novembre 2011. Il était à hauteur de 80,9% en janvier 2010. Le recul de ceux et celles obtenant une prestation – de divers types – de «l’assurance chômage» va s’accentuer brutalement fin mars 2012. En outre, la dernière étude sur les nouveaux contrats de travail montre que seulement 6,9% d’entre eux sont de type à durée illimitée (CDI). Enfin, le nombre de ménages, selon l’Enquête sur la population active, dont aucun membre ne dispose d’un emploi va vite dépasser le seuil de 1’425’000 atteint en septembre 2011.

Parallèlement, les attaques contre l’emploi et les salaires comme les conditions de travail des salarié·e·s du secteur public s’intensifient. Maria Dolores de Cospedal, présidente de la région Castilla-Mancha, numéro deux du Parti Populaire (PP), a présenté un plan de rigueur, le vendredi 2 décembre, qui augure de ce qui se prépare par le gouvernement de Mariano Rajoy. Il vise les salariés du secteur public, au nombre de 70’000 dont 50’000 sont employés dans l’éducation et la santé. Le temps de travail passe de 35 heures à 37,5, avec une baisse du salaire de 3%. Selon la plus que modérée Centrale syndicale des indépendants et des fonctionnaires (CSIF), en prenant en compte la baisse des salaires imposée durant l’année 2010 et les effets indirects des mesures annoncées, le «pouvoir d’achat» de cette catégorie sera réduit de 12%. Les effets sur le montant des retraites futures vont être rudes, car la contre-réforme du système comme les effets du chômage vont se conjuguer.

Cela va de pair avec une gestion privatisée accrue des hôpitaux et de l’enseignement, au travers de la gestion «publique-privée». L’accès aux services qualifiés de «sociaux-sanitaires» sera rendu plus difficile au nom de la lutte contre «les excès». Tout cela s’inscrit dans la droite ligne de ce qui est appliqué aussi par le pouvoir de la droite catalane (CiU). Le gouvernement de Catalogne (Barcelone) vient d’annoncer que les emplois «intérimaires» seront, de fait, supprimés. Ce qui fait dire à un représentant des Commissions ouvrières (CCOO) : «Cela implique de revenir 30 ans en arrière pour ce qui est de nos conditions de travail et de salaire» dans le secteur public (El Pais, 1er décembre 2011). Selon les estimations du syndicat, sur les 203’000 salarié·e·s du secteur public directement concernés, en Catalogne, le pourcentage d’intérimaires (CDD) est de 25% à 30%. Une réduction de l’emploi public gigantesque est donc à l’œuvre, au moment où le volume de l’emploi du secteur privé se contracte. La perte effective de «pouvoir d’achat», pour les salariés qui gardent leur emploi, est estimée à 20% entre 2010 et 2011. Et la dégradation des réseaux de soins et d’enseignement s’accentuera, laissant un terrain «libre» pour quelques investissements privés rentables (hôpitaux et éducation) en direction d’une couche sociale disposant de hauts revenus. Ces mesures débouchent sur des «risques sanitaires» comme l’explicite un reportage portant sur les permanences médicales (El Pais, 1er décembre 2011). La redistribution inégalitaire de la valeur ajoutée, sous diverses formes et avec différentes conséquences, s’accentue. Quant à la pression de l’armée de réserve de chômeurs sur la très large majorité des salaires – et sur toutes les composantes du salaire social (retraites, services publics, etc.) – elle ne fera que s’accroître.

Dans ce contexte, un des thèmes en «négociation» est celui d’une nouvelle contre-réforme du Code du travail, alors que peuvent déjà s’enchaîner, sans limites de temps, les contrats à durée «limitée», grâce à la politique du gouvernement «socialiste» Zapatero. Le supplément économique de El Pais (4 décembre 2011) traduit bien le climat des négociations en coulisses, avant l’accession formelle au pouvoir de Mariano Rajoy: «Les responsables de l’action syndicale [sic !], Ramon Gorriz (CCOO) et Toni Ferrer (UGT) ainsi que les responsables de l’organisation patronale, José de la Cavlada et Alberto Nadal, n’ont pas cessé de se rencontrer presque chaque semaine; et les dirigeants [soit Ignacio F.Toxo – CCOO –, Candido Mendez – UGT – et Juan Rossell, pour les employeurs] le font avec fréquence, mais sans le rendre public.» Dès négociations pour chercher à aboutir à une sorte de nouveau pacte de la Moncloa, par référence au Pacte de 1977 qui a assuré ladite transition démocratique post-franquiste et à ceux qui ont suivi. Cette fois dans un contexte où le gouvernement de Mariano Rajoy devra mettre en place une politique plus ferme de dévaluation compétitive des salaires, à l’image de ce qui est exigé – par le capital financier transnational et les institutions telles que la BCE, le FMI, la Commission européenne –  dans d’autres pays, tels l’Italie, la Grèce, le Portugal, la France, etc. La déclaration du «secteur critique» des CCOO doit être replacée dans ce panorama. (Rédaction A l’Encontre)

*****

Nous continuons à être en pleine crise. Une crise qui est en voie de liquider l’Etat social, les droits syndicaux, la souveraineté et la démocratie, comme cela est en train de se passer en Grèce et en Italie, où des gouvernements démocratiques ont été remplacés par des serviteurs du pouvoir financier.

Et alors que les travailleurs et les classes populaires souffrent cruellement des conséquences de cette crise (sur le plan du chômage, des salaires, des retraites, du système de soins, de l’enseignement, de la démocratie etc.), les banques et les autres responsables de la crise augmentent leurs profits et leur pouvoir en mettant les gouvernements à leur service exclusif et en affaiblissant sérieusement les syndicats représentant la classe laborieuse.

Notre situation est mauvaise et elle va encore empirer. La lutte de classes s’accentue et le pouvoir financier détient l’initiative et avance sans rencontrer d’obstacles importants, comme le démontre la réforme «express» de la Constitution espagnole qui a été récemment imposée [un accord entre le PSOE et le PP a permis de faire adopter  – au pas de charge en septembre 2011 – par le Parlement et le Sénat une modification constitutionnelle imposant une politique d’équilibre budgétaire drastique qui ouvre toutes les voies à une politique d’austérité sans rivages].

Dans une situation comme celle-ci, il faut des positions claires et fermes pour combattre les mensonges néolibéraux, la peur et le manque de solidarité qui s’étendent parmi les travailleurs et travailleuses, afin qu’ils renforcent leur unité et leur combativité. Il faut donc dire clairement:

1. Que la politique d’austérité et de coupes dans les budgets sociaux n’est pas seulement injuste, mais également inutile. Car on ne sortira de la crise qu’en créant les emplois, alors que l’austérité et les coupes en détruisent. Les sacrifices n’ont servi à rien: les marchés sont insatiables et ils exigent chaque fois davantage. Affirmer que nous, les travailleurs et travailleuses, avons vécu au-dessus de nos moyens ou que nous sommes tous responsables n’est pas seulement faux, c’est un mensonge inventé et diffusé par les puissants pour que nous nous soumettions sans résister à leurs projets.

2. Que pour créer des emplois en nombre et de qualité, il faut une profonde réforme fiscale et un combat contre les fraudes scandaleuses et massives. Selon les techniciens du Trésor public (Hacienda) eux-mêmes, les riches ne paient, de fait, pas d’impôts, la fraude fiscale des grandes fortunes et des entreprises a abouti à une perte de recettes qui a dépassé, en 2010, les 43’000 millions d’euros (43 milliards).

3. Que le problème de la dette publique fait partie de la conception que l’Union européenne (UE) a elle-même mise en place lors du traité de Maastricht [1992] et renforcé avec le traité de Lisbonne [signé en décembre 2007, entré en vigueur en décembre 2009] : rôle de la Banque centrale européenne (BCE), déficit public limité à 3% au maximum, absence d’harmonisation fiscale, budget de l’UE d’à peine 1% du PIB de cette UE, etc. Néanmoins le problème pourrait se résoudre, en particulier, avec une véritable BCE opérant un rachat de la dette nécessaire, comme le font les Banques centrales des Etats-Unis, du Japon, du Brésil ou de l’Angleterre.

4. Que la Réforme du Code du travail et toutes celles appliquées depuis 1984 – dont l’objectif était de créer des emplois – ont échoué parce qu’elles n’ont pas fait cela et qu’elles ont généralisé la précarisation de l’emploi.

5. Que la réforme des retraites que les CCOO et l’UGT (Union  générale des travailleurs) ont signée a été une très grave erreur stratégique et a entraîné d’importante diminution des retraites publiques [du système public] à venir, cela en faveur des pouvoirs financiers [allouant un terrain aux diverses assurances privées dites complémentaires].

6. Que la Réforme de la Négociation Collective annoncée au moment de privilégier les Contrats d’entreprise par rapport au Contrat collectif de branche supposera la suppression, de fait, de la négociation contractuelle pour la grande majorité des travailleurs et mettra en danger l’existence de syndicats représentant effectivement la classe des travailleuses et travailleuses.

7. Que le Pacte pour l’emploi proposé par les CCOO est une alternative condamnée à l’échec s’il ne s’accompagne pas d’une mobilisation indispensable, étant donné qu’aussi longtemps que la paix sociale sera garantie, le patronat et le gouvernement n’ont pas besoin de faire une seule concession et peuvent continuer à attaquer nos salaires, nos droits et nos conditions de travail.

8. Que la stratégie suivie par les CCOO depuis la Grève générale du 29 septembre 2011 n’a pas été bonne: elle n’a ni freiné les coupes sociales, ni empêché la suppression d’emplois, ni empêché les contre-réformes, ni augmenté les revenus salariaux qui ont perdu de leur pouvoir d’achat, ni débloqué la «négociation collective»… , ni amélioré le rapport de forces. La droite et le capital peuvent être tout à fait satisfaits du bilan de leur politique couronnée de succès, depuis mai 2010: réforme du Code de travail ; réforme des Retraites ; réduction des salaires des 2,5 millions de fonctionnaires ; gel des allocations des retraites en cours, comme celui des salaires de millions de travailleurs et travailleuses étant donné la «suspension» de leurs contrats collectifs de travail ; réduction de plusieurs milliers d’emplois publics ; aides massives aux banques et aux caisses hypothécaires [régionales] ; liquidation et transformation des Caisses en banques, sous «contrôle public», qui seront, par la suite, transférées aux banques privées, par le biais d’une privatisation, etc.

Pour toutes ces raisons, le Secteur critique des CCOO de Madrid défend les points suivants :

• Une stratégie de mobilisation soutenue qui permette d’accumuler les forces nécessaires pour faire avancer nos propositions et revendications. Sans bénéficier d’un rapport de forces favorable, la négociation se transforme en une injonction des forts face aux faibles. Une stratégie à moyen terme qui puisse compter sur l’unité avec l’UGT et sur un soutien social et politique maximum. Et, bien entendu, qui cherche une action coordonnée avec les syndicats des pays de l’Union européenne (UE), en commençant par les pays les plus proches.

• L’opposition à la politique d’austérité et aux coupes sociale. Nous défendons une politique d’investissements orientée vers la création d’emplois et le renforcement des services publics ainsi qu’une vigoureuse réforme fiscale qui doit commencer par la lutte contre la fraude.

• Une stratégie pour débloquer la négociation collective basée sur la mobilisation coordonnée et planifiée de tous les travailleurs et travailleuses, en particulier des secteurs concernés.

• L’opposition à la Réforme du système de négociation collective en mettant en avant son caractère non solidaire et antisyndical.

• Un modèle syndical plus démocratique, plus participatif, fonctionnant par assemblée [diffusion d’une pratique propre au mouvement du 15-Mai] et revendicatif ; un modèle syndical proche des travailleurs.

• Le soutien déterminé à la lutte pour l’Enseignement public madrilène qui est devenu le symbole de la lutte contre les coupes sociales [plus de 5000 enseignants ont été licenciés]. Une lutte qui, pour réussir, doit être durable et s’étendre à l’ensemble du secteur public. Soutenir cette lutte signifie s’opposer fermement à toutes les prochaines et abondantes coupes qui nous attendent.

• La confluence et le travail avec le mouvement du 15-Mai. Actuellement ce mouvement est une réelle force avec une forte capacité d’appel à la mobilisation et une audience internationale.

• Le respect maximum pour la démocratie et la souveraineté de chaque pays. Contre les ingérences et les chantages [de la BCE, du FMI, de la Commission de l’UE]. Oui aux consultations populaires [référendum] pour que les citoyens et citoyennes puissent décider (Traduction A l’Encontre)

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Ce texte a été élaboré par le «secteur critique» des Commissions ouvrières (CCOO) de la région de Madrid. Il a été publié sur le site de Viento Sur en date du 30 novembre 2011.

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Philippe Poutou et son message lors des 15 minutes avec les 11 candidats sur France 2, le 20 avril 2017


Présidentielle : revivez le passage de Philippe Poutou dans "15 minutes pour convaincre" sur France 2

Parmi les divers thèmes abordés dans sa campagne, le chômage a une place importante. Le chômage est d'abord une arme – ils ne sont pas désarmés – par les employeurs afin de faire accepter plus facilement des conditions de travail épuisantes, dégradées et des salaires de survie. Car, si «cela ne vous convient pas, il y en a dix qui attendent devant la porte».

Le chômage est aussi un coût qui pèse sur celles et ceux qui le subissent, et aussi bien directement qu'indirectement sur leur famille. Tensions, stress accru, dégradation de la santé physique et psychique. C'est inacceptable.

Michel Husson affirme: «La réduction du temps de travail permet la création d'emplois. Mais la condition essentielle est le contrôle des travailleurs et travailleuses sur la réalité des créations d'emplois. Ce sont eux qui doivent décider collectivement de la meilleure manière de combiner les formes possibles de réduction du temps de travail, de manière à prendre en compte les aspirations différenciées de salarié·e.s: réduction quotidienne (tant d'heures par jour); hebdomadaire (par exemple 4 jours), annuelle (journée RTT), pluriannuelle (année sabbatique).»

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