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A l'encontre

La Brèche

Espagne. La grève générale du 14 novembre. Quelles suites?

Publié par Alencontre le 19 - novembre - 2012

Par Miguel Romero

Le dimanche 18 novembre 2012, dans la foulée du 14, une «marée blanche» envahissait les rues de Madrid. Le quotidien El Pais du 19 novembre 2012 (page 35) écrit: «La marche blanche d’hier s’est transformée en un tsunami.» Les six cortèges d’infirmières, de médecins, de techniciens, etc. du secteur de la santé publique confluèrent sur la place Cibeles pour se rendre, par la suite, à la Puerta del Sol. Cette manifestation imposante a été appelée par le «Collectif des travailleurs et travailleuses du secteur public de la santé, unis pour un système de santé public». En effet, le gouvernement régional de Madrid, au travers de son budget pour 2013,  indique sans ambiguïté des projets nouveaux de privatisation de divers centres hospitaliers importants. La riposte a été vite organisée par le biais des réseaux sociaux (Twitter). Des mots d’ordre tels que «Santé et éducation doivent rester publiques: arrêt du paiement de la dette» ou «Les usagers sont toujours ceux qui sont le plus touchés par les coupes» ou encore «La santé ne se vend pas, elle se défend» traduisaient la dynamique de cette mobilisation. D’ailleurs, depuis le 2 novembre 2012, ont commencé divers mouvements d’occupation, avec l’appui des usagers.

En écho, d’une certaine façon, le quotidien El Pais, le même 18 novembre 2012 (page 14), titrait lui: «La santé excellente de la santé privée». En sous-titre: «Le secteur [privé] résiste à la crise et bénéficie du déclin du secteur public. Il a doublé de taille en une décennie.» Le chiffre d’affaires des cliniques privées a passé de 3,31 milliards d’euros en 2001 à 5,96 milliards en 2010. Une illustration du contenu socio-politique des projets de privatisations dans le secteur hospitalier, au sein de l’Etat espagnol et ailleurs.

Nous publions ci-dessous une analyse et des réflexions plus générales de Miguel Romero suite à la grève générale du 14 novembre dans l’Etat espagnol. (Rédaction A l’Encontre)

*****

1•  Tous les correspondants, qu’ils soient habituellement optimistes ou pessimistes, sont d’accord pour dire que les manifestations du 14 novembre 2012 sont parmi les plus importantes qu’ils aient connues. Vastes, débordantes d’enthousiasme, de nombreux jeunes et très jeunes, beaucoup de petits panneaux artisanaux affichant des revendications particulières, un mélange de sigles dans les cortèges, y compris une convergence, de fait, entre les convocations alternatives et «officielles» [des deux grandes centrales syndicales, entre autres] là où il n’était pas possible de faire un parcours unitaire…

Tout cela s’est passé sans que les grandes organisations appelant à manifester ne fassent un grand travail de préparation. La veille, il régnait même un climat un peu froid… Autrement dit, les centaines de milliers de personnes sont sorties dans les rues, même en sachant qu’il n’y avait rien à attendre à court et à moyen terme. Et que les «coupes» allaient se poursuivre. Donc, ce fait ne peut être que l’expression d’une vague de fond puissante et durable.

Les porte-parole du gouvernement et du patronat peuvent continuer à donner l’impression – ou d’essayer de le faire – que cela ne va pas se passer ainsi avec eux, qu’ils «continueront à mener la politique de réformes , etc. Les médias peuvent continuer à diffuser l’idée – plus ou moins modulée – de «l’échec» de la grève. (A propos des médias, il faut relever que le lendemain de la grève générale, El Pais a donné un bon exemple du «langage gestuel» en ouvrant sa principale page d’opinion à Emilio Botin [qui est à la tête de la grande banque Santander] pour qu’il ratifie le dernier mantra en date: «Il n’y a pas de plan B».

Mais Mariano Rajoy ne s’affichera plus, comme il l’a fait il y a quelques mois, en prétendant qu’on lui «fait» des grèves générales. Il est vrai qu’ils n’ont pas de plan B. Mais ils commencent à craindre la résistance sociale qui s’oppose à eux. Voilà ce que nous avons gagné. Il sera difficile de consolider cela, mais ce serait un crime que de le perdre.

2• Mais si ce sont finalement les manifestations qui comptent, quel est donc le sens de la grève générale en tant que telle? Elle a justement tout son sens. Pour commencer, il est clair que les manifestations font partie de la grève générale, et que sans elle on n’aurait de loin pas pu atteindre les succès déjà mentionnés. Mais surtout, la bataille afin de paralyser l’activité économique et réorganiser radicalement la vie sociale – deux éléments qui sont les objectifs naturels et spécifiques d’une grève générale – continue d’être un espace de conflit politique fondamental entre «ceux d’en haut» et «ceux d’en bas». C’est justement la raison pour laquelle il faut faire un bilan de ce qui a bien fonctionné et de ce qui a échoué dans ce domaine, des avancées et des reculs, pour que nous puissions en tenir compte pour la suite.

Le 14 novembre a montré qu’il existe des «trous noirs» qui n’ont pas été résolus, dont le principal est le secteur bancaire. Le fait que le syndicalisme de classe reste particulièrement faible à l’heure de la financiarisation croissante de l’économie est, en effet, un symbole évident des faiblesses du mouvement syndical. Nous commençons à avoir l’habitude que les grèves n’aient presque pas d’impact sur ce secteur, alors même que dans les années 1980 le syndicalisme bancaire était un des plus combatifs et des plus forts dans la gauche syndicale. Il faut dire que ce syndicalisme du secteur bancaire a été trituré politiquement et moralement depuis l’intérieur. Les CC OO (Commissions ouvrières) ont eu une responsabilité particulière, en particulier Maria Jesus Paredes, qui a dirigé d’une main de fer la fédération, et José Maria Fidalgo [secrétaire général des CC OO, très à droite, de 2000 à 2008]  qui l’a protégé inconditionnellement depuis le secrétariat général, ainsi que divers complices dans et hors du syndicat. Mais aujourd’hui il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de sonner l’alarme; nous ne pouvons pas nous résigner à ce que le secteur bancaire reste aux mains du syndicalisme corporatiste, quel que soit son sigle.

Le secteur de la distribution est un autre de ces «trous noirs», mais il semble qu’il y ait eu des avancées, notamment en ce qui concerne les petits commerces, qui ont participé volontairement à la grève. Par contre, la grande distribution continue à rester comme cuirassée par les barrières antiémeute. On n’a pas entendu parler d’actions dans le sillage des expropriations solidaires du SAT [Syndicat andalous des travailleurs] l’été passé, ni des fermetures comme celui du El Corte Inglés [grande chaîne] à Bilbao, le 26 septembre 2012. On espère en tout cas que la grève de la consommation a eu un impact. C’est une excellente initiative qui répond à une demande très présente dans les assemblées du mouvement du 15 Mai. Cela peut apporter une contribution importante au caractère et à l’extension de la citoyenneté de la grève générale.

Par contre, il semble que s’est produit un recul dans les transports, un secteur où l’on voit à quel point l’obligation d’un «service minimum» a des conséquences dommageables lorsqu’elle est imposée par des gouvernements autonomes au lieu d’être autorégulée. En effet, cette obligation a toujours été imposée dans le but d’affaiblir la grève plutôt que dans celui de garantir les services essentiels pour les citoyens – lesquels sont nombreux à subir jour après jour les conséquences des privatisations imposées par ces mêmes gouvernements. Les syndicats commettent une erreur en négociant ces «minimums» qui sont en général abusifs et sur lesquels ils n’ont presque pas de marge de négociation. La CGT [tendance du syndicalisme-révolutionnaire] a eu raison de ne pas les accepter. Il serait préférable que ce soit directement l’administration que les impose… et après on verra bien.

3• Il y a quelques jours, les collègues de la télévision alternative madrilène Tele K ont eu la magnifique idée d’inclure dans un débat sur la préparation de la grève du 14 novembre une vidéo sur la coupure d’émission de la TVE [Télévision de l’Etat espagnol] à 0h00, le 14 décembre 1988, lors de la plus «générale» des grèves générales du post-franquisme. L’impact symbolique de cette coupure de courant a été énorme; après cela personne, ni parmi les adversaires ni parmi les sympathisants de la cause, n’a eu le moindre doute sur le fait qu’il s’agissait bien d’une grève générale.

Il ne s’agit pas de faire des comparaisons avec la situation actuelle: les «apagones» [coupures d’émission] de plusieurs télévisions autonomes sont très intéressantes, malgré leur impact réduit. Mais, maintenant, avec les multiples possibilités de «zapper» les effets ne sont plus les mêmes que lorsque c’est «la» chaîne de télévision qui cessait sa diffusion. Ce qui me paraît important à souligner c’est que l’impact de ce qui s’est passé en 1988 était lié au fait que cela montrait la force et la légitimité de la grève générale face aux normes établies. Le «apagón» a été un acte illégal [1], une insubordination aussi pacifique que puissante, qui défiait le pouvoir et conquérait pour une journée un de ses outils fondamentaux devant les yeux émus et/ou perplexes de tout un pays.

Il me semble que cela montre bien que le sens politique d’une grève générale ne tient pas fondamentalement au caractère de ses revendications. Il tient au fait qu’elle pose, de manière explicite ou implicite, un conflit de pouvoir: pendant un moment et dans un scénario limité, la question se pose de savoir qui commande. C’est la raison pour laquelle le résultat politique d’une grève générale se mesure mal en termes quantitatifs, bien que ceux-ci soient importants [2]. Fondamentalement il s’agit de savoir quel camp – celui du mouvement de grève ou celui de ses adversaires – s’est affaibli et lequel s’est renforcé sur le plan politique.

C’est parce que les pouvoirs établis l’ont bien compris que les mécanismes «régulateurs» des grèves sont devenus de plus en plus coercitifs. La formule du vieux mouvement syndical était que «la meilleure loi concernant la grève est celle qui n’existe pas ». Ce sage énoncé a été forgé par l’expérience. Par contre, les consensus liés à l’Etat social, renforcés par les pratiques tenaces de «dialogue social» engendrent une norme de plus en plus dense, avec un accroissement du contrôle du pouvoir politique sur le développement des grèves, alors que mouvement de grève renonce peu à peu à son droit à l’autorégulation. A cette norme directe s’ajoutent les autres outils de coercition anti-grèves du pouvoir politique et patronal: de la répression policière aux amendes gouvernementales, en passant par les menaces de licenciement, etc.

C’est ainsi que l’on cherche à désactiver politiquement la grève, de manière à ce qu’elle ne puisse affaiblir ou léser les pouvoirs établis. C’est la raison pour laquelle, pour qu’une grève réussisse, elle doit être fondée sur sa propre légitimité laquelle, inévitablement, se heurte à la légalité. Cela implique des risques importants, individuels et collectifs; Alberto Ruiz Gallardon, Ministre de la Justice, est déjà en train de préparer l’artillerie législative pour pouvoir pénaliser durement les partis et les syndicats quand cela lui conviendra. Il s’agit aussi de savoir prendre que des mesures pour protéger ceux qui souffrent.[3]

Voilà où en sont les choses. Ce n’est pas par hasard si lors des grandes mobilisations de fin 2010 [sur la sécurité sociale] en France, c’est la grève des raffineries qui a déclenché les signaux d’alarme du système et suscité les plus grandes menaces: c’était une action légitime, mais dite illégale parce qu’elle ne respectait pas, à la racine, la règle du «service minimum». Les stations d’essence étaient au bord de l’assèchement. De plus, ce type d’initiative ouvrait un nouveau front très efficace dans la lutte pour le contrôle des transports. Il ne faut cependant pas oublier que les centrales syndicales majoritaires ont reculé devant cette épreuve de force. Et ce recul a fini par affaiblir tout le mouvement gréviste.

Je pense que l’on devrait incorporer le conflit légitimité/légalité en tant que question centrale et de caractère pratique dans la préparation des futures grèves générales. Ce qui signifie dès maintenant organiser un front de refus efficace contre toute la législation antigrève qui se mijote entre le gouvernement et le patronat. Il faut y ajouter une protection pour les victimes de la répression légale déjà en vigueur et aussi pour ceux qui subissent la coercition patronale sur leur lieu de travail, «invisible» mais qui fort efficace. Ces menaces commencent bien avant le jour de la grève. Elles devraient donc engendrer une riposte également anticipée. Mais au-delà des tâches immédiates il existe un défi politique incontournable: on ne peut rien conquérir de significatif en soumettant la lutte sociale aux codes légaux. A son échelle, c’est là une des leçons de la lutte des Plateformes des victimes des expulsions de logement pour non-paiement des dettes hypothécaires [la banque s’approprie le logement et maintient la poursuite sur la créance; le gouvernement a été contraint de faire quelques concessions: un moratoire de deux ans a été instauré sur les expulsions immobilières, mais il ne concerne que les familles qui gagnent moins de 19’200 euros par an et qui ont un enfant de moins de trois ans ou une personne à charge dépendante; ce décret exclut donc la majorité des familles expulsées ou menacées de l’être – Réd.].

4• Un domaine où il y a incontestablement eu une avancée importante – qui a été précédée par d’autres allant dans le même sens – réside dans l’expansion sociale de la mobilisation. Ce n’est pas par hasard si [Ignacio Fernandez] Toxo [actuel secrétaire général des CC OO] a déclaré que sans l’appui social, la bataille aurait été perdue. Il est vrai que cette idée se traduit mal dans des instances telles que le Sommet social [réunissant les directions de quelque 150 organisations], qui est fondé sur le fait de s’entourer de paires à l’exclusion de ceux qui ont une capacité éprouvée de mobilisation, mais qui ne sont pas prêts à fonctionner comme signataires de déclarations pré-élaborées et/ou comme figurants sur des photos et/ou en arrière-fond sur des tribunes.

L’expansion sociale est en réalité la conséquence de mouvements tels les «marées» [mouvements semi-spontanés et réguliers dans la santé, l’éducation…], provoquées les agressions contre les services publics essentiels. Organisées de manière autonome, ayant appris à résoudre leurs propres problèmes et nous apprenant à affronter les problèmes partagés (par exemple avec l’incorporation des Associations de parents d’élèves aux mobilisations de la «marée verte», celle des enseignants).

Cette expansion exprime également le mûrissement politique du Mouvement du 15 Mai. Il est définitivement sorti du repli qui a pu la menacer pendant une étape, surtout à partir des mobilisations pour «cerner le Congrès» à la fin septembre 2012. Il a assumé un rôle de « j’accuse » collectif dirigé contre le «régime de la Transition» [sortie contrôlée et réduite du régime franquiste].

Il faut également noter une bonne surprise de dernière minute: le soutien de Euskal Herria Bildu [mouvement politique nationaliste basque de gauche] aux manifestations convoquées le 14 novembre par les syndicats ESK, CNT, CGT et d’autres collectifs dans les capitales basques. Les camarades de cette région nous diront si ce signe et d’autres peuvent indiquer une modification de l’approche de la gauche abertzale [patriote en basque] par rapport aux mobilisations de portée nationale. On verra.

C’est ainsi que s’est développée une situation paradoxale dans laquelle l’indignation sociale augmente malgré le manque d’expectatives politiques ayant trait à des changements significatifs concernant l’orthodoxie économico-sociale dominante. [4] Des conditions telles que celles-ci pourraient, et peuvent encore, conduire à la passivité de la majorité de la population. Mais pour le moment, l’indignation est plus forte que la résignation. Pour le moment. Mais cela ne durera pas éternellement. Les défis du «jour d’après» sont toujours plus pressants.

Que feront maintenant les CCOO et l’UGT? Vont-ils continuer à évoquer un référendum? Celui-ci aurait peut-être pu jouer un rôle il y a quelques mois, pour autant qu’on l’ait organisé avec des critères d’auto-organisation, en s’inspirant par exemple de la lutte contre la privatisation du canal de Isabel II [consultation populaire organisée en mars 2012 avec plus de 95% de Non à la privatisation]. Mais actuellement on ne voit pas quel avenir il pourrait avoir. Si on veut un objectif central contre la politique du gouvernement, pourquoi ne pas se concentrer sur le refus du paiement de la dette, qui serait d’ailleurs un objectif magnifique pour une nouvelle action ibérique [Espagne et Portugal], voire avec d’autres pays européens?

Ce qui a de l’avenir, c’est le fait de savoir que le 14 novembre on a fait un pas en avant et qu’il faut maintenant préparer le suivant, de manière à ce que ce soit également un pas en avant. Ce n’est peut-être pas une perspective enthousiasmante, mais c’est tout ce qu’on a.

La crise sévit déjà depuis cinq ans, et ce sont eux qui sont en train de gagner. La situation ne changera pas du jour au lendemain. Mais ici et là on peut percevoir des indices de changement, de nature très différente: de Syriza au 14 novembre, en passant par les inappréciables expériences de la «marée verte», et maintenant de la «marée blanche» [le secteur de la santé].

Il s’agit donc de tirer les leçons de ces expériences, de reconnaître les problèmes, de travailler pour résoudre ce qui n’a pas fonctionné… Par exemple, les CCOO et de l’UGT ont fait une énorme erreur en acceptant la réforme des retraites du gouvernement Zapatero. Maintenant, Rajoy s’appuie sur cette dernière pour préparer une nouvelle salve contre le droit à une retraite digne, droit fondamental pour les personnes qui travaillent. Les CCOO et l’UGT ont maintenant une magnifique occasion de rectifier le tir. Ce n’est qu’en faisant cela qu’ils seraient cohérents avec le 14 novembre.

Autre exemple: la dimension européenne du 14 novembre n’a pas très bien fonctionné , même si c’était un pas dans la bonne direction qui a dû provoquer pas mal d’inquiétude dans les salons de la Troïka. Pour l’essentiel on en est en effet resté à une grève ibérique (les nouvelles qui arrivent du Portugal sont assez bonnes, une large sympathie de la part de la population; un impact de la grève semblable à celui d’ici, avec une plus grande incidence dans les transports publics; des manifestations moins massives, mais la Confédération générale des travailleurs portugais – CGTP – n’a pas une tradition d’associer des manifestations aux grèves, et si elle l’a fait cette fois, c’est en grande partie sous la pression du Bloc du gauche. Par ailleurs, il y a deux jours il y a eu de très importantes manifestations contre la visite de Merkel…). On peut comprendre qu’en Grèce, après les grèves du 6 et du 7 et celles qui ont suivi, le 14 novembre n’ait pas eu une grande répercussion.

Plus inquiétant est l’impact très réduit en France, et limité à des actions d’avant-garde en Italie. La Confédération européenne de Syndicats – CES – fera ses décomptes triomphalistes, mais nous sommes encore très loin de la grève générale européenne. Et pour l’organiser, il faudra bien davantage qu’une date et un communiqué, qui sont les seules choses qu’on peut attendre de la CES. Il est urgent d’organiser des outils adéquats pour avancer dans la convergence des luttes sociales dans le cadre de l’Union européenne, en utilisant toutes les occasions qui se présentent, y compris bien sûr les convocations de la CES.

Nous sommes également loin, en ce qui concerne la gauche politique dans l’Etat espagnol, de ce «modèle Syriza» qui semble avec le temps se purger des usages opportunistes et se concentrer sur ce qui est fondamental: la nécessité de construire des alternatives unitaires de gauche qui déchirent le corset du bipartisme et de créer des expectatives de changements radicaux et fiables dans la société.

Cette nécessité n’est pas un horizon à long terme; c’est une question de politique actuelle. La présence ou l’absence d’une alternative de ce type, ses réponses aux problèmes concrets que nous affrontons, influe sur le développement des luttes sociales qui sont nécessaires maintenant. Le changement dans les rapports de force sociaux dont on a besoin ne se produira pas sans qu’il y ait un changement dans les rapports de forces politiques de la gauche. Ce sont des processus imbriqués, même si relativement autonomes, avec des tâches et des responsabilités spécifiques dans chaque espace.

Il est vrai que comme nous sommes dans une période de solidarité ibérique nous n’avons peut-être pas besoin d’aller aussi loin pour chercher des références, et qu’il nous suffise de prêter davantage d’attention au Bloc de gauche portugais qui n’est pas loin de nous. (Traduction A l’Encontre, 15 novembre 2012)

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* Miguel Romero est rédacteur responsable de la revue Viento Sur et du site du même nom.

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Notes

[1] De fait, ses responsables ont risqué des sanctions très graves. Finalement elles ont été retirées, ce qui montrait aussi la force de cette grève.

[2] Les chiffres sérieux, bien entendu, qui reflètent, lorsqu’on les mesure correctement, les pourcentages de qui a suivi la grève par secteur ou par territoire; la consommation d’énergie paraît être un indicateur très confus et facile à manipuler, même si nous pouvons compter sur quelques calculs fiables: http://daniloalba.blogspot.com.es/2012/11/estimacion-del-impacto-en-el-consumo.html

[3] C’est une question compliquée. Les actions de «commando» à proximité du Neptuno, (et on peut dire la même chose de celles qui ont eu lieu ailleurs, surtout à Barcelone) dont la répercussion médiatique est assurée, ne servent pas les objectifs de la grève d’un point de vue raisonnable. C’est pourquoi elles sont un terrain fertile pour les infiltrations policières de plus en plus abondantes. Par contre, elles suscitent l’admiration de centaines de manifestants, dont une majorité de très jeunes, assis tranquillement à quelques mètres seulement des forces antiémeute qui pouvaient charger n’importe quand. Il ne faut pas les évaluer de la même manière, mais toutes les deux font partie du répertoire d’actions présentes dans les mouvements actuels, que ce soit ici ou en Grèce. Dans la mesure où augmente la brutalité des dispositifs antiémeute – et c’est la direction suivie par le Ministre de l’Intérieur – les réactions violentes de secteurs du mouvement seront plus fréquentes. Tenter de maintenir ouvertes les voies de dialogue avec ceux qui les mènent est difficile, mais pas impossible. Il faut le tenter: la désobéissance civile pacifique a de bonnes justifications concrètes et pratiques en sa faveur, sans qu’il soit nécessaire d’entrer sur d’autres terrains.

[4] Les élections passées en Galice et dans la Communauté autonome basque, et les prochaines en Catalogne, posent un autre type de problème que je ne vais pas aborder ici.

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