mardi
21
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

Le siège de Deutsche Bank à Francfort

Par Danièle Guinot

Tout un symbole? Le conglomérat chinois HNA Group est désormais le principal actionnaire de Deutsche Bank, la première banque allemande. Il détient 9,9% de son capital et déclare investir à long terme. Le géant chinois, très présent dans les entreprises de tourisme (comme Pierre&Vacances en France, dont il détient 10%), le transport aérien et l’immobilier, réclamerait un poste au conseil de surveillance de la banque, comme il l’a fait chez Pierre&Vacances.

Cette prise de participation n’est pas une surprise. Dès son entrée au capital de la banque en février 2017 (après l’achat de 3% du capital), HNA avait indiqué qu’il entendait monter à près de 10%, sans aller au-delà. Dès mars, alors que Deutsche Bank tentait de se sortir d’une série d’affaires judiciaires qui ont plombé ses résultats en 2015 et 2016, il était déjà monté en puissance, portant sa participation à 4,76%. «Nous nous réjouissons qu’un nouvel actionnaire de référence mise sur le succès à long terme de Deutsche Bank», avait alors déclaré le président du conseil de surveillance de la banque francfortoise, Paul Achleitner.

Mercredi 3 mai 2017, la banque s’est refusée à tout commentaire. Jusqu’à présent actionnaire principal, la famille de l’émirat du Qatar détient désormais 6,10% de l’institution de Francfort par le biais de deux fonds. Le troisième actionnaire de taille est le gestionnaire d’actifs américain Blackrock, qui possède près de 5,9% des droits de vote.

«Avoir un actionnaire de poids détenant près de 10% du capital est un avantage pour Deutsche Bank, estime Gildas Surry, analyste chez Axiom AI. «Cela lui apporte une certaine stabilité et c’est préférable aux hedge funds, dont les intentions évoluent souvent en fonction d’algorithmes.» Cette stabilité est d’autant plus bienvenue que la banque est durement touchée par des taux d’intérêt bas et, surtout, par de nombreux litiges juridiques qui lui ont déjà coûté près de 15 milliards d’euros depuis 2012.

Un appétit insatiable 

Deutsche Bank cherche aujourd’hui à se reconstruire. Pour se remettre à flot, elle a réalisé début avril 2017 une augmentation de capital de 8 milliards d’euros, la troisième depuis 2013. «Après la grave crise de confiance qui l’a ébranlée à l’automne dernier (lorsqu’elle était menacée d’une amende record de 14 milliards de dollars aux Etats-Unis, ramenée finalement à 7,2 milliards), Deutsche Bank doit démontrer à ses clients et investisseurs qu’elle a suffisamment de capital pour renouer avec la croissance», justifie Gildas Surry.

John Cryan, le dirigeant britannique de la banque, a engagé un processus de simplification de son fonctionnement et un vaste programme de réduction des coûts. Les résultats positifs du premier trimestre montrent que cette stratégie commence timidement à porter ses fruits.

HNA, le conglomérat qui a débuté il y a 20 ans dans le transport aérien (avec deux avions), multiplie depuis deux ans les acquisitions à travers le monde. Le tempo s’est accéléré en 2016. En un an, il a dépensé 30 milliards de dollars! Le mois dernier, il est ainsi entré au capital du spécialiste suisse des ventes hors taxes, Dufry [leader mondial des magasins duty free, avec son siège social à Bâle et employant quelque 20’000 salarié·e·s].

Il est aussi actionnaire des hôtels Hilton, Radisson ou encore du français Servair (restauration à bord des avions, filiale du groupe Air-France-KLM). Le conglomérat est par ailleurs en train de mettre la main sur l’aéroport de Hahn, non loin de Francfort. Le groupe, dirigé par le milliardaire Chen Feng, est aussi en train de devenir un acteur financier international.

Outre Deutsche Bank, il a investi dans un gestionnaire d’actifs aux Etats-Unis, dans la plus importante société de crédit en Nouvelle-Zélande ou encore une plateforme de hedge funds… Jusqu’où son appétit le mènera-t-il? (Article publié dans Le Figaro, daté du 4 mai 2017)

*****

HNA: des objectifs transnationaux et complémentaires

Par Charles-André Udry

Le conglomérat HNA – profitant de la crise du groupe brésilien Odebrecht SA englué dans de gigantesques affaires de corruption – est en discussion pour acquérir des parts dans l’aéroport Tom Jobim International à Rio de Janeiro. Odebrecht SA possède – avec sa filiale Odebrecht Transport – 51% du capital du second aéroport le plus actif du Brésil; cela de concert avec le groupe de Singapour Changi Airport, selon une répartition respective de 60% et 40%.

L’opération en direction de Deutsche Bank (DB) a été faite sous la conduite de la société financière C-Quadrat Asset Management (Grande-Bretagne) LLP, Limited Liability Partnership, qui est aux mains de la société financière autrichienne C-Quadrat Investment AG. Dans la situation actuelle, selon The Wall Street Journal du 3 mai 2017, le conglomérat HNA dispose, ainsi, d’une position plus forte dans DB que, respectivement, le fonds de la famille royale du Qatar et de la société transnationale de gestion d’actifs BlackRock. Cette dernière, avec son siège à New York, est le plus important gestionnaire d’actifs au monde, avec plus de 5000 milliards d’euros.

HNA, par la médiation de C-Quadrat Investment AG, n’a pas voulu obtenir une part supérieure à 10%. En effet, au-delà de cette frontière, HNA serait soumis à des contrôles divers des autorités allemandes. Elles pourraient mettre le nez dans les «affaires de HNA». De plus, indirectement, s’ouvrirait la possibilité pour les autorités états-uniennes d’obtenir un droit «d’inquisition» dans un conglomérat qui ne cesse de grandir. HNA contourne l’obstacle avec l’accord de la direction de la DB. Elle a accepté, dès mars 2017, la présence du créateur et responsable de C-Quadrat, Alexander Schütz, dans l’instance de surveillance des prêts de DB. Une place qui donne une vue sur toutes les décisions stratégiques de la principale banque allemande. Mardi soir, la capitalisation de HNA s’élevait à 3,4 milliards. L’action de DB a relevé la tête, légèrement.

Gao Jian, le directeur exécutif de HNA, souligne que les multiples acquisitions sont faites avec du cash offshore, donc hors du contrôle des autorités chinoises sur les sorties de capitaux. Un avantage difficile à imaginer sans une sorte de bienveillance de la part de «milliardaires rouges» qui ont leur place à la tête du Parti communiste, une place familiale plus d’une fois. Et de même, sans l’appui de la diaspora chinoise de Singapour, dans laquelle Pékin a ses entrées.

Dès mars 2017, HNA envisage ouvertement une prise de participation dans le capital de la HSH Nordbank AG, dont le siège se trouve à Hambourg et à Kiel. Cette banque publique – issue d’une fusion, en 2003, de deux banques alors en danger: la Hamburgische Landesbank et la Landesbank Schleswig-Holstein – est en aujourd’hui difficulté suite à des créances douteuses dans le secteur maritime.

Une «assistance» de HNA conforterait la position chinoise dans le secteur portuaire, une visée importante qui se situe dans la foulée de l’acquisition du port du Pirée (Grèce).

Cet impérialisme de «comptoir» s’inscrit dans un processus complexe, «interne» et «externe», du capitalisme chinois et donc d’une mondialisation dont les contours bougent, ce qui est une évidence. (3 mai 2017)

Source: The Wall Street Journal, 26 avril 2017

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