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La Brèche

Anouar al Bounni, l’avocat insoumis de Damas

Publié par Alencontre le 19 - juin - 2013
Anouar al-Bouni

Anouar al-Bouni

Par François d’Alançon

Depuis les années 1990, cet avocat syrien défend les prisonniers politiques. Lui et sa famille ont payé un prix élevé mais l’espoir d’un changement continue de les inspirer.

«Chez nous, il y a un proverbe qui dit: “Si tu as honte, tu ne fais pas d’enfant.” Avoir peur, ce serait laisser le pays aller vers l’inconnu. L’important, c’est le futur de la Syrie.» Assis dans un café du centre-ville de Damas, cigarette aux lèvres sous la fine moustache, Anouar Al Bounni brandit sa dernière contribution: le texte d’une Constitution provisoire pour une période de transition en Syrie. L’avocat plaide avec passion pour «un nouveau système de valeurs» qui intégrera le respect de tous les principes reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme et les conventions internationales.

«Dans cette future Syrie, avance-t-il, aucune majorité, quelle que soit sa forme, ne pourra violer les droits d’une quelconque minorité, aussi petite soit-elle. Le droit des minorités sera garanti, quelle que soit la taille ou la forme du gouvernement majoritaire qui prendrait le pouvoir en Syrie.»

Anouar Al Bounni, 54 ans, trente années de galère dont cinq en prison, de 2006 à 2011, à Adra, le quartier réservé aux criminels de droit commun. Arrêté, avec d’autres, le 17 mai 2006, pour avoir signé la déclaration Beyrouth-Damas appelant la Syrie à reconnaître l’indépendance du Liban, il est condamné en 2007 à une peine de cinq ans pour «dissémination de fausses informations de nature à nuire au moral de la nation».

«Le retour en arrière est impossible»

Relâché en mai 2011, deux mois après le début des manifestations, l’activiste découvre un nouveau monde. «Le mur de la peur a été brisé le 15 mars 2011, dit-il. Dès le premier jour, j’ai su que le régime tomberait.» Deux ans et trois mois plus tard, rien n’est joué. À Damas, les forces gouvernementales ont repris l’avantage face à la rébellion armée. «Le régime peut tuer les gens, occuper l’ensemble du pays, mais il ne peut plus le gouverner, rétorque le juriste insoumis. La nation, l’État, la société et le pouvoir sont dans l’impasse, mais le retour en arrière est impossible.»

Depuis les années 1990, ce chrétien, natif de Homs, défend les activistes des droits de l’homme, à commencer par ses sept frères et sœurs. Une vocation qui s’est imposée comme une évidence pour le cadet de cette famille de gauche, tous dissidents?: la fratrie cumule soixante-dix ans dans les geôles syriennes. Il fut un temps où Anouar et sa mère, les seuls en liberté, se partageaient les visites aux aînés, incarcérés à différents endroits.

Quand il commence ses études de droit en 1979 à l’université de Damas, trois de ses frères et une sœur sont détenus pour des motifs politiques. Son diplôme d’avocat en poche, Anouar Al Bounni se spécialise dans la défense des prisonniers politiques. En 2006, avec le soutien de l’Union européenne, il fonde le Centre syrien d’études et de recherches juridiques, fermé quelques jours plus tard par les autorités.

«Je dis aux Occidentaux?: soyez intelligents, défendez vos intérêts!»

Envers et contre tout, le défenseur se veut juriste. «La transition, explique Anouar Al Bounni, c’est le job des partis politiques. Mon rôle est de les aider légalement. C’est pour cela que je travaille sur une feuille de route?: la mission du gouvernement de transition, la nouvelle Constitution, la justice transitionnelle, le rôle de l’armée, de la police et des services de sécurité.» L’homme de loi tire nerveusement sur sa cigarette. La «nouvelle Syrie» n’en finit pas de se faire attendre et le prix payé devient chaque jour plus exorbitant.

«La solution militaire ne peut aboutir qu’à la destruction du pays, avertit ce Cassandre. Le régime a construit sa force sur l’appui extérieur, seule la légalité internationale peut le faire tomber. Les États-Unis et l’Europe doivent trouver une solution politique avec la Russie et la Chine.» Faute de quoi, insiste Anouar Al Bounni, «nous allons tout droit à une catastrophe qui met en péril l’existence même de la société et de l’État syrien». 

«Je dis aux Occidentaux: soyez intelligents, défendez vos intérêts! Chaque jour qui passe, vous perdez votre influence sur le futur de la région. Et quelle que soit l’issue de ce conflit, vous paierez le prix de votre indécision.»

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Anouar Al Bounni récompensé par deux prix

Prix Front Line 2008 pour les défenseurs des droits humains en danger, Anouar Al Bounni a également reçu le prix des droits de l’homme de l’association allemande des juges en 2009. Deux distinctions accordées alors qu’il purgeait une peine de cinq ans de prison dans des conditions particulièrement difficiles.

En 2005, l’avocat a publié avec d’autres juristes syriens un projet de Constitution et, plus récemment, un document sur  «les principes fondamentaux de la Constitution et des lois en Syrie» basé sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et les conventions internationales. L’objectif reste le même: «Construire un contrat social pour une nouvelle Syrie», «une démocratie civile et pluraliste qui respecte les droits de l’homme».

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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