samedi
20
janvier 2018

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Message d'Erdogan

Message d’Erdogan

Déclaration de Sosyalist Demokrasi için Yeniyol (Cours nouveau pour la démocratie socialiste)

Nous avons été les témoins, seconde après seconde, du processus d’un coup d’Etat dans la soirée du 15 juillet avec toutes ses incertitudes, ses hésitations, ses mouvements contradictoires des forces opposées ainsi que sa férocité. Cette nuit sanglante – dont on se souviendra des affrontements entre les soldats et la police, l’occupation de chaînes télévisées, les images de civils massacrés et de soldats lynchés ainsi que, comme point culminant, le bombardement de l’Assemblée nationale – apparaît comme l’une des dernières scènes d’une lutte de pouvoir entre les anciens partenaires au sein de l’Etat bâtit conjointement que sont l’AKP et la confrérie Gülen.

De nombreuses interprétations de type conspirationniste se fondent sur le fait que le régime Erdogan n’a pas hésité à recourir au chaos et à une atmosphère de guerre civile afin de maintenir son hégémonie (après les élections du 7 juin 2015) sur la mise en échec rapide de la tentative de coup d’Etat et sur la réapparition de membres du gouvernement dans les médias. Selon ces interprétations, cette tentative avait pour but de donner une assise à la soif dictatoriale d’Erdogan. Ce coup a donc eu d’importantes répercussions. Dans un contexte où le régime s’est consolidé avec près de 50% des suffrages lors des dernières élections [novembre 2015], une interprétation plus raisonnable semble être que les partisans de Gülen, faisant face à une énorme opération de mise à l’écart [1], ainsi que certains secteurs de l’armée avec lesquels ils coopèrent, ont mis en œuvre le projet de coup à la hâte.

Bien qu’il soit nécessaire d’attendre afin de disposer d’une information détaillée sur les motivations de ce coup ainsi que sur ces acteurs, aussi bien que du type d’information dont les services de renseignement disposaient, le résultat manifeste de ce processus sera la consolidation du caractère islamico-autocratique du régime Erdogan.

Les premiers signes d’une nouvelle et sans doute ultime purge de l’appareil d’Etat sont visibles par des milliers de licenciements parmi de juges et de procureurs ainsi que par les arrestations de membres des instances judiciaires les plus élevées [Cour constitutionnelle], le matin du 16 juillet, quelques heures après que les partisans du régime ont sauvé la démocratie aux cris d’Allahu ekber (Allah est grand), de «Recep Tayyip Erdogan» et de «nous exigeons la peine de mort».

Le fait que les appels lancés depuis les institutions de l’Etat et de toutes les mosquées pour exhorter les gens à descendre dans les rues afin de défendre le régime contre le coup se soient transformés en attaques contre la population syrienne [réfugiée en Turquie] et par des tensions dans les quartiers Alevi [courant musulman réformateur opposé à l’AKP] indique clairement à quel point la polarisation multidimensionnelle au sein de la société turque a atteint un degré extrêmement dangereux. Nous ne doutons pas que le palais d’Erdogan et le gouvernement – qui ont déclaré les universitaires, les journalistes, les fonctionnaires, les activistes kurdes et les socialistes comme étant favorables au coup et lancé leurs campagnes d’arrestations en associant n’importe quel propos critique contre le régime avec le terrorisme – utiliseront la tentative de coup du 15 juillet comme justification pour des attaques plus dures contre toutes les oppositions. A moyen terme, nous sommes certains que la tentative du 15 juillet sera le premier mythe fondateur du régime Erdogan et entrera dans l’histoire, non pas comme l’échec d’un coup d’Etat sans base, sans personnel et sans soutien extérieur, mais comme un coup contre lequel le peuple s’est opposé et qu’il a arrêté en grimpant sur les chars d’assaut.

L’ensemble des organisations de la gauche radicale et tous les partis représentés au Parlement ont affirmé qu’ils étaient opposés au coup. C’est une tâche centrale pour nous, également, de prendre une position contre le coup, tout en gardant à l’esprit que les travailleurs et les peuples opprimés ne gagnent jamais rien d’interventions militaires qui suspendent les droits et les libertés démocratiques dès le départ. En outre, nous déclarons que nous prenons également position, et nous le ferons à l’avenir, contre les coups du Palais d’Erdogan qui a rejeté le résultat des élections pour maintenir son hégémonie, qui a démoli le Kurdistan pour gagner des voix chez les nationalistes, qui a interdit les grèves de masse en déclarant qu’elles étaient des «menaces pour la nation», qui a fait tout son possible pour abolir le droit du peuple kurde à la représentation.

Une position contre le coup qui ne se débarrasse pas du dilemme «le coup ou Erdogan» dans lequel l’AKP a enfermé la politique fera le jeu d’un régime qui réprimera dans le sang non seulement les tentatives de coup mais aussi chaque section de l’opposition au nom de la «volonté nationale» et n’hésitera pas à utiliser les forces islamiques de type fasciste que nous avons vu à l’œuvre le 15 juillet.

La manière de se protéger contre les attaques d’un régime dictatorial – qui à la recherche d’un pouvoir absolu dans les sphères politiques, juridiques, militaires et économiques en se présentant comme la victime d’un coup, contre les attaques visant les travailleurs, les minorités ethnico-religieuses, les femmes, les membres de la communauté LGBTI et les éléments de l’opposition – consiste à bâtir un front uni des actuelles forces démocratiques et favorables à la paix. La façon de jeter pour toujours dans les poubelles de l’histoire autant un bloc de pouvoir islamiste-capitaliste et la possibilité d’une dictature militaire sanglante a été ignorée jusqu’à maintenant. Il s’agit d’édifier patiemment l’opposition sociale à partir d’en bas, la classe laborieuse devant être son élément structurant. Le chemin est sombre, que l’espérance et la résistance soient notre lumière! (Sosyalist Demokrasi için Yeniyol, traduction A l’Encontre)

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[1] En août 2016, devait être nommé de nouveaux responsables de l’armée (réd. A l’Encontre).

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David Mandel, «L’héritage de la révolution russe», novembre 2017

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