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18
décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Israël est intouchable… dans les médias américains

Publié par Alencontre le 4 - décembre - 2018

Par Gideon Levy

Marc Lamont Hill est un écrivain états-unien et enseignant en communication auprès de la Temple University à Philadelphie, ainsi qu’analyste à CNN. Dans un discours prononcé la semaine dernière lors d’une conférence aux Nations Unies, il a appelé à «une action internationale qui nous donnera ce que la justice exige, à savoir une Palestine libre de la rivière à la mer».

En quelques heures, le ciel s’est effondré en une hystérie bien orchestrée. Seth Mandel, rédacteur en chef du Washington Examiner, a accusé Hill d’avoir appelé au génocide des Juifs; Ben Shapiro, un analyste de Fox News, a qualifié le discours d’antisémite; le consul israélien Dani Dayan a tweeté en déclarant que les remarques de Hill étaient comme une «croix gammée peinte en rouge»; la Ligue anti-diffamation a pour sa part estimé que le discours de Hill revenait à exiger qu’Israël soit supprimé de la carte. Le résultat, inévitable, ne s’est pas fait attendre: CNN a licencié l’analyste rebelle le jour même.

Comment a-t-il osé? A quoi pensait-il? Où pensait-il donc vivre? Dans une démocratie bénéficiant de la liberté d’expression ou dans un pays où tout discours sur Israël est vigoureusement censuré par l’establishment juif et par la propagande israélienne? Hill a tenté d’assurer qu’il était opposé au racisme et à l’antisémitisme et que ses remarques visaient à soutenir l’instauration d’un Etat binational, laïque et démocratique. Mais il n’avait aucune chance.

Face à la dure réalité qui a pris le contrôle de la parole aux Etats-Unis, il n’y a pas de place pour des expressions qui pourraient offenser l’occupation israélienne. On peut, très éventuellement, être autorisé à parler d’une solution «à deux Etats» [prévoyant l’existence d’un Etat palestinien désarmé et sous forme de peau de léopard face à l’Etat israélien], à condition toutefois de le faire à voix basse.

Que se serait-il passé si Hill avait appelé à l’établissement d’un Etat juif entre le Jourdain et la mer? Il aurait certainement conservé son emploi en toute sécurité. Rick Santorum, l’ancien sénateur républicain, a déclaré en 2012 qu’«aucun Palestinien» ne vivait en Cisjordanie. Personne n’a pensé à le licencier. Même le critique de Hill, Shapiro, a appelé dans le passé au nettoyage ethnique des Palestiniens dans les territoires occupés (il a fait marche arrière quelques années plus tard) sans que rien ne lui arrive.

Aux Etats-Unis on peut attaquer sans arrêt les Palestiniens, on peut appeler à leur expulsion et nier leur existence. Mais il est impensable de toucher à Israël, le saint des saints, le pays au-dessus de tout soupçon. Et le comble c’est qu’Israël et l’establishment juif continuent à accuser les médias, y compris CNN, de répandre des calomnies au sujet d’Israël. Alors même qu’il devient de plus en plus difficile, voire le plus souvent impossible, de publier un article critique au sujet d’Israël dans un grand journal occidental. Mais rien ne parvient à satisfaire la faim du lion: plus il se plaint, plus il se renforce.

Le mot-clé est bien sûr l’antisémitisme. On a beaucoup écrit sur l’usage que font de ce terme Israël et ses partisans. Et ça marche à merveille, c’est un mot magique qui réduit les gens au silence. Il n’y a pas une seule critique de l’occupation [par Israël des territoires palestiniens] qui ne soit pas qualifiée d’antisémitisme. Tout est antisémitisme: Hill est antisémite parce qu’il est en faveur d’une solution à un seul Etat laïque et démocratique; Roger Waters [un des fondateurs du groupe de rock Pink Floyd en 1965; il dénonce la répression contre les Palestiniens et a demandé que cette mention d’antisémitisme soit retriée du site de la ville] est antisémite parce que c’est ainsi que Gilad Erdan [ministre de la Sécurité publique] l’a décrit la semaine dernière lors d’une conférence sur la propagande en Allemagne; l’UNRWA est antisémite, comme l’est, bien sûr, le mouvement BDS. Le monde entier est contre nous.

La semaine dernière, il y a eu beaucoup d’agitation au sujet d’une enquête mondiale sur l’antisémitisme mené par CNN. Elle montre que les Juifs sont moins haïs que ce que prétend Israël. Seuls 10% des sondés ont dit qu’ils avaient des sentiments négatifs à l’égard des Juifs. Presque quatre fois plus de personnes ont déclaré qu’elles n’aimaient pas les musulmans. Outre les aspects inquiétants que révèle cette enquête, elle met en évidence pas mal de vérités indéniables. 28% des personnes interrogées ont déclaré que l’antisémitisme dans leur pays était le résultat de la politique israélienne. Un tiers estime qu’Israël profite de l’Holocauste pour promouvoir ses positions. Une personne sur cinq était d’avis que les Juifs avaient trop d’influence dans les médias.

Continuez donc à licencier encore plus d’analystes qui osent critiquer Israël ou de suggérer des solutions justes à l’occupation, c’est de la sorte que davantage de personnes interrogées diront ce que tout le monde sait, à savoir que les Juifs et Israël ont un degré incroyable d’influence dans les médias occidentaux. Mais maintenant vous pouvez aussi me traiter d’antisémite.(Article publié dans le quotidien Haaretz, 2 décembre 2018; traduction A l’Encontre)

*****

 

 

L’auteur et professeur Marc Lamont Hill a été licencié, le jeudi 29 novembre 2018, de CNN, où il a travaillé comme commentateur politique, après avoir critiqué Israël à l’ONU. Dans son discours prononcé mercredi, Hill a appelé l’ONU à étendre une solidarité active aux Palestiniens dans leur lutte pour l’égalité des droits et l’autodétermination, conformément à la non-violence et au droit international. «Marc Lamont Hill n’est plus sous contrat avec CNN», a déclaré la chaîne dans un communiqué laconique. L’entreprise n’est pas allée plus en détail, mais la décision a été prise après que l’Anti-Defamation League (organisation sioniste très influente) et d’autres groupes aient soulevé des objections au discours de Hill. (Réd. A l’Encontre)

 

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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