mercredi
13
décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

A gauche Bettie Jones, 55 ans, à droite Quintonio LeGrier, 19 ans: les deux assassinés

A gauche Bettie Jones, 55 ans, à droite Quintonio LeGrier, 19 ans: les deux assassinés

Par Barry Sheppard

«Partout dans le pays (les Etats-Unis), les policiers tuent des Noirs et cela continue de plus belle, tout comme la «débâcle» des procureurs pour mettre en accusation les tueurs, ou encore l’action des jurys populaires qui bloquent les procédures.

Les protestations se poursuivent également. Les mobilisations de protestation les plus soutenues et massives ont eu lieu à Chicago, en commençant à la fin de 2015. Elles ont abouti à une crise dans le département de la police de la ville et, y compris, le gouvernement de la ville, aux mains du Parti démocrate, en la personne du maire Rahm Emanuel, est mis en question.

Rahm Emanuel, un sioniste ardent qui détient la double citoyenneté avec Israël, était chef d’état-major de la Maison-Blanche d’Obama, lors de son premier mandat (janvier 2009-janvier 2013). Il a ensuite déménagé à Chicago où il a été élu maire, dans l’espoir de lancer sa carrière politique à l’échelle nationale.

L’affaire actuelle est le résultat de l’assassinat d’un adolescent afro-américain Laquan McDonald par l’agent Jason Van Dyke, en octobre 2014. A l’époque, la version officielle de la police était que McDonald se jeta sur le flic avec un couteau, et l’officier a tiré pour son autodéfense.

L’histoire du policier a été battue en brèche par des séquences vidéo de l’assassinat sur une caméra de sécurité se situant à proximité dans un Burger King (un «restaurant» de hamburgers). Selon le directeur du Burger King, la police s’est manifestée et lui a ordonné de supprimer la vidéo.

Il y avait trois témoins du meurtre. La police les a interrogés pendant des heures, les menaçant et en exigeant qu’ils se rétractent. Quand les témoins ont refusé de changer leurs témoignages, les flics ont fabriqué des témoignages, mis en ligne, entrelardés de leurs mensonges.

Il y avait aussi une vidéo de l’assassinat tirée du tableau de bord de la voiture de police. Les enregistrements obtenus récemment par Chicago NBC montrent que le bureau exécutif de Rahm Emanuel savait tout à propos de la vidéo, et cela au plus tard en décembre. Emanuel faisait partie du camouflage depuis le début. La police et la mairie ont tout fait pour empêcher que de la vidéo sorte et soit montrée.

En avril 2014, l’administration de la ville a passé un accord avec la famille de McDonald à leur verser 5 millions en dommages et intérêts pour l’assassinat de Laquan, un aveu de culpabilité virtuelle, mais avec la stipulation que la vidéo doit rester secrète.

Puis un journaliste indépendant a intenté un procès pour contraindre à ce que la vidéo de la voiture de police soit donnée à la connaissance du public. Les avocats de Rahm Emanuel et les procureurs du comté de Cook se sont rendus au tribunal pour s’opposer à cette plainte. (Le comté Cook se trouve au nord-est de l’Etat de l’Illinois et est intégré dans l’aire métropolitaine de Chicago.)

Enfin, à la fin de novembre 2015, le juge a ordonné que la vidéo soit rendue publique. Elle a été montrée à la télévision nationale. L’histoire de la police a été prouvée comme relevant d’une fabrication délibérée. Laquan McDonald est montré comme se trouvant fort loin de la police, s’éloignant de la police et non pas se précipitant sur elle. L’agent Jason Van Dyke, qui venait d’arriver sur les lieux, est filmé comme sortant de sa voiture et, six secondes plus tard, il commence à tirer sur McDonald.

McDonald a été touché mortellement par les deux premières balles, tournant sur lui-même sous l’effet du choc et tombant au sol. Van Dyke continue à tirer 14 coups de feu, chacun provoquant un tremblement de son cadavre sous l’impact des balles.

Les trois témoins reviennent à charge avec leurs histoires, puisque la vidéo corrobore leurs témoignages qui avaient été supprimés.

Rahm Emmanuel et Hillary Clinton, en décembre 2015

Rahm Emmanuel et Hillary Clinton, en décembre 2015

La communauté noire et bien d’autres, sous la houlette du mouvement Black Lives Matter, ont organisé des manifestations de masse. Pour essayer de sauver la face, les procureurs ont alors, soudainement, accusé Van Dyke d’assassinat. Est-ce que jury va l’absoudre, cela reste à voir.

Rahm Emanuel lui-même, cherchant à détourner les blâmes, a licencié le chef de la police et le chef de l’Autorité de surveillance de la police qui est censé se pencher sur les tirs de la police. Autrement dit, il en a fait des boucs émissaires. Mais cela n’a dupé personne. Les manifestations exigent désormais la démission de Rahm Emanuel et de l’exécutif de la ville.

L’Autorité de surveillance de la police a examiné plus de 400 tirs de la police. En effet, elle a été créée en 2007. Or, elle a complètement disculpé les flics dans tous les cas, sauf deux.

Puis, au milieu des protestations, s’est produite une nouvelle atrocité de la part de la police. Le 26 décembre 2015, deux Afro-Américains non armés ont été tués par la police. Le père avait appelé la police pour signaler que son fils, 19 ans, étudiant universitaire, Quintonio LaGrier, se comportait bizarrement.

Lorsque la police est arrivée, les policiers ont tiré de suite. Ils ont tué une voisine vivant à l’étage inférieur, Bettie Jones, une mère âgée de 55 ans, ayant cinq enfants, et militante dans une organisation de quartier du nom de Action Now (Agir maintenant). Apparemment, les policiers pensaient qu’elle faisait obstacle à leur avance et ils l’ont éliminée comme «dommage collatéral», avant d’atteindre Quintonio LaGrier et de l’assassiner. Au lieu de traiter avec le jeune qui avait clairement des problèmes mentaux visibles depuis des mois (comme l’a reconnu toute la presse, y compris le Chicago Tribune), les policiers lui ont tiré dessus, par sept fois.

La mère de Quintonio, Janet Cooksey, a parlé de sa douleur. «Sept fois mon fils a été abattu. Aucune mère ne devrait avoir à enterrer son enfant. Vous appelez à l’aide, les policiers sont censés nous servir et nous protéger, et pourtant ils prennent la vie. Quel est le problème avec un tel modèle? Ont-ils un badge de police pour avoir le droit de tuer?Je veux dire, où pouvons-nous obtenir notre aide?»

La cousine de Bettie Jones, Evelyn Jennings, a attaqué Rahm Emanuel: «Vous allez rencontrer à la mairie. Je veux que la mort de ma cousine cousin vengée. Vous l’avez tuée de sang-froid. Emanuel, appelez vos propres «garçons». En effet, la police de Chicago vous appartient. Maintenant, vous le justicier, vous envoyez la police de Chicago pour tuer. Pour ne rien faire si ce n’est tuer. Terrible menteur, enlever la «pub» inscrite sur les voitures [de police] «servir et protéger» et faites écrire: «Nous tuons, parce que c’est notre mission.»

La colère exprimée lors des manifestations est le résultat de décennies de rage retenue, partiellement. Chicago est la ville la plus ségréguée des Etats-Unis. Et cela veut dire beaucoup. Plus exactement, le pays est plus marqué par la ségrégation que ce n’était le cas dans les années 1970.

Le «complexe» policier de Homan Square à Chicago

Le «complexe» policier de Homan Square à Chicago

Un scandale majeur a éclaté il y a quelques décennies, quand il a été révélé que des dizaines d’aveux fabriqués avaient été la base des condamnations de Noirs, qui ont été brutalement torturés dans un commissariat de la police spéciale de Homan Square, dans Chicago [des révélations documentées faites par The Guardian du 19 octobre 2015 qui concernaient 7000 personnes «disparues», puis, pour certaines, accusées sur base d’aveux contraints]. Beaucoup de ces condamnations ont dû être levées.

Mais il a été récemment révélé qu’Homan Square fonctionne toujours comme un site de détention secret, où les prisonniers sont détenus et interrogés au «troisième degré» [un système de questions par roulement, durant un temps long, qui aboutit à des contradictions et permet d’établir des «aveux»] sans être autorisés à avoir recours à un avocat. Cela se passe sous surveillance du démocrate Rahm Emanuel.

Les manifestants demandent maintenant également que Homan soit fermé.

Rahm Emanuel a continué les politiques qui ont abouti à une grande inégalité des revenus et de l’emploi pour les Noir·e·s, à une discrimination dans l’habitat (logement), au manque d’accès à la nourriture quotidienne et à des écoles inférieures en termes de qualité d’enseignement, de locaux, etc. et à un accès inégalitaire au système de soins.

Il a marché dans les pas d’Arne Duncan (démocrate, né à Chicago, responsable à l’éducation publique) qui a commencé l’attaque contre l’éducation publique, avant même qu’Emanuel soit devenu maire. Duncan a ensuite déménagé à Washington et il fut secrétaire de l’administration Obama à l’Education publique (de janvier 2009 à décembre 2015). Il est souvent accusé, à juste titre, d’avoir porté atteinte au système public d’éducation à l’échelle nationale. Depuis que Rahm Emanuel a pris ses fonctions, il a ordonné la plus grande fermeture d’écoles publiques dans l’histoire des Etats-Unis, principalement dans les quartiers latinos et noir. Son responsable de l’école publique à Chicago a récemment plaidé coupable face à des accusations fédérales de corruption.

Le Chicago Housing Authority est une épave. Rahm Emmanuel a aussi fermé la moitié des cliniques s’occupant des malades mentaux de la ville de Chicago, y compris dans des zones où le taux de criminalité est élevé, criminalité provoquée, entre autres, par les multiples facettes de la paupérisation et d’un tissu social déchiré, dont l’administration est complètement coupée.

La tentative de faire taire la famille de Laquan McDonald avec une somme d’argent n’est pas un incident isolé. Au cours des dernières décennies, l’administration de Chicago a payé un demi-milliard de dollars aux familles des victimes d’homicides de la police et de la brutalité policière, avec pour objectif de couvrir les crimes de la police. Tout cela alors que Rahm Emanuel utilise la situation de pauvreté pour justifier les coupes dans les programmes sociaux et l’éducation, et augmenter les impôts pour les résidents urbains (une partie notable est pauvre); cela afin «d’équilibrer» les budgets.

Il n’est donc pas étonnant que la cote de popularité de Rahm Emanuel ait chuté à 18%. Nous ne pourrions qu’applaudir s’il était écarté. Mais le problème plus profond du racisme institutionnel reste. Le mouvement Black Livres Matter va continuer. (14 janvier 2016, traduction A l’Encontre)

BLM5

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