jeudi
23
novembre 2017

A l'encontre

La Brèche

José Gervasio Artigas (1764-1850)

Par Mário Maestri

Le bicentenaire des «indépendances» de divers pays de ladite Amérique latine donne lieu à des articles qui, avec un soin particulier, camouflent les conflits sociaux à l’œuvre dans ce début du XIXe siècle. De plus, ils font tout pour dissimuler le fait que cette indépendance, pour l’essentiel, remplaça, selon les termes de Mario Maestri «le vieux joug colonial espagnol par une nouvelle dictature libérale, portenha [dans le cas de Buenos Aires] cette fois, représentant les intérêts commerciaux anglais dans la région. L’effort centraliste des oligarchies de Buenos Aires déterminerait fortement l’histoire du Rio de la Plata au cours des décennies suivantes.» Nous tenons à remercier, ici, Mario Maestri qui nous à communiquer cet essai historique remarquable et Florence Carboni qui en a fait la traduction.

La bibliographie annexée fournira à celles et à ceux qui s’intéressent aux luttes sociales et politiques en Amérique latine des éléments fort utiles. La «construction historique» du passé est fortement liée à des débats politiques du présent (cau).

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1. Le vice-royaume du Rio de la Plata et la lutte pour l’hégémonie

La subordination au capital commercial européen, espagnol d’abord, anglais par la suite, détermina fortement l’histoire et la conformation des nations indépendantes qui surgirent dans le bassin du Rio de la Plata. Le vice-royaume du Rio de la Plata lui-même fut fondé en 1776 afin de faciliter la gestion et surtout le recouvrement de la part de la métropole ibérique des rentes et des impôts dans les immenses territoires correspondant aux actuelles nations å, uruguayenne, paraguayenne et bolivienne.

Au début du XIXe siècle, lors de la crise du régime colonial, l’Amérique espagnole ne possédait aucune base matérielle pour réaliser une révolution nationale unitaire. Les aspirations américanistes de Simon Bolivar [1783-1830] et José de San Martin [1778-1850] n’avaient aucune chance de se concrétiser. Ce furent les tendances centrifuges de ses diverses régions géo-économiques, autour desquelles allaient naître les républiques hispano-américaines modernes, qui désintégrèrent l’empire colonial espagnol.

Par nécessité ou par intérêt, les classes dominantes de certaines régions de la colonie hispano-américaine s’efforcèrent d’annexer d’importants territoires périphériques. Ce fut le cas des oligarchies foncières et surtout commerciales de Buenos Aires, qui s’évertuèrent à préserver l’unité territoriale et politique de l’ancien vice-royaume du Rio de la Plata et par la même occasion les privilèges de la ville portuaire, désormais sous l’autorité des classes dominantes créoles locales, qui en tiraient leurs richesses.

La côte et l’arrière-pays

Lors du soulèvement pour l’indépendance de 1810, le cuir constituait le principal produit d’exportation du vice-royaume du Rio de la Plata. Expédiés à partir du port de Buenos Aires et, accessoirement, de celui de Montevideo, ils étaient produits dans la Bande Orientale (correspondant approximativement à l’actuel Uruguay), de même que sur l’autre rive du Plata, dans les provinces de Buenos Aires et sur la côte.

Les provinces de l’arrière-pays possédaient une production domestique, artisanale et de petite manufacture, relativement protégée par les rigides impositions douanières ibériques. Les principales fabrications étaient les tissus au Nord, les semelles à Salta, les bateaux à Corriente, l’eau-de-vie à Cuyo, le vin à Mendoza, les charrettes dans le Sud. Une grande partie de ces produits était envoyée à Buenos Aires, où elle était consommée et redistribuée.

Au cours de la période coloniale, l’oligarchie commerciale de Buenos Aires était dominée par des Epagnols-nés liés au capital commercial de leur métropole. Cette classe s’était enrichie grâce à l’intermédiation de l’exportation-importation du vice-royaume, sur lesquelles elle possédait des droits monopolistiques, qu’elle partageait avec le port de Montevideo. Dans sa lutte pour la sauvegarde et l’expansion de cette exclusivité, l’oligarchie commerciale créole de Buenos Aires défendait avec ardeur le libre-échange. Au contraire, les propriétaires et le peuple de l’arrière-pays étaient, en général, plutôt protectionnistes, défendant la production artisanale et la petite manufacture contre les importations, même si meilleures et plus accessibles. L’expansion du commerce du cuir et de la viande représentait une menace pour les formes traditionnelles de vie de ces secteurs sociaux.

En brisant la dépendance à l’autorité métropolitaine et instaurant le libre commerce, la Révolution de Mai 1810 frappa durement les liens fragiles qui existaient pendant la période coloniale entre les provinces de Buenos Aires, de la côte et de l’arrière-pays.

L’Angleterre profita de l’indépendance de cette région, qui lui permit de se servir du grand port comme fer de lance pour son projet d’utilisation du Rio de la Plata comme débouché pour ses marchandises, sans même avoir besoin d’y imposer une domination territoriale, déjà tentée en vain quelques années auparavant.

Plus tard, la France allait s’appuyer sur le port de Montevideo, afin de tenter une action semblable de pénétration et contrôle commercial de cette région. Dans son livre José Hernandez y la Guerra del Paraguay, de 1954, l’historien marxiste argentin Enrique Rivera rappelle que: « La séparation de l’Espagne (…) brisa l’espace national dans lequel ce commerce se réalisait, impliquant que sa place soit occupée surtout par l’Angleterre, dont l’industrie, déjà beaucoup plus développée, exigeait l’ouverture de toutes les zones précapitalistes pour (y vendre) ses articles et pour s’approvisionner em matières premières.»

Unitaristes et Fédéralistes

En peu de temps, la production artisanale et la petite manufacture de la province de Buenos Aires allaient être anéanties, excluant toute possibilité pour la petite bourgeoisie et pour le peuple de devenir des forces politiques effectives, un tant soit peu autonomes.

Il faudra attendre plus longtemps pour que la domination commerciale de l’arrière-pays soit complète, en raison des résistances qu’elle engendra. Enrique Rivera rappelle que: «En quelques années, le libre commerce implanté par le gouvernement de Buenos Aires provoqua la disparition des industries des provinces de l’arrière-pays; les nécessités de la lutte contre les royalistes obligèrent également les provinces à sacrifier une grande partie de leurs biens, de même qu’à renoncer à la main-d’œuvre dans les activités productives pour la destiner aux armées révolutionnaires.»

Les commerçants anglais achetaient à Buenos Aires les produits du Rio de la Plata susceptibles d’être exportés, particulièrement les peaux, et envoyaient leurs propres marchandises dans l’arrière-pays, coupant ainsi les liens entre le centre exportateur de la côte et la production artisanale et de petite manufacture locale et régionale.

Buenos Aires et sa classe de propriétaires prospéraient. La ville grandissait comme une véritable excroissance, tournant le dos à l’arrière-pays. Pendant plusieurs décennies, le contrôle du port de Buenos Aires e de ses recettes douanières constitua la principale source des tensions régionales. Les revenus portuaires étaient pratiquement la seule garantie réelle pour l’émission de la monnaie, l’obtention d’emprunts, l’organisation de l’appareil de l’Etat, etc.

Durant de longues années, le conflit politique du Rio de la Plata ne s’organisa pratiquement qu’autour d’une plus grande ou plus petite libéralisation du commerce ; et surtout du contrôle des politiques et des revenus douaniers du port de Buenos Aires. Ces derniers étaient considérés par les unitários comme la propriété exclusive de l’oligarchie commerciale et foncière porteña et bonaerense. Les federalistas, de leur côté, défendaient au contraire que ces revenus soient distribués entre les provinces, puisque c’étaient elles qui les produisaient. Lors de la Révolution de Mai 1810, cette contradiction s’exprima à travers le projet des classes propriétaires porteñas et bonaerenses d’émanciper le vice-royaume de la domination espagnole et de le soumettre à Buenos Aires, si possible en tant que nation unie.

2.  Fernand VII et la fin de l’Empire Américain

Les révolutionnaires de Buenos Aires ne se donnèrent même pas la peine de proclamer la rupture avec Fernand VII, alors prisonnier de Napoléon, ni en 1810, ni dans les années qui suivirent. Ils se soucièrent surtout de saisir les rênes du pouvoir régional, en délogeant la bureaucratie et les commerçants espagnols. Même après avoir rompu avec l’Espagne, la Révolution de Mai ne modifia pas de manière essentielle le régime social et productif, préservant le même ordre économico-social du temps de la colonie.

Le seul segment social immédiatement aboli fut la bureaucratie ibérique, proscrite en même temps que le vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros [1755-1829]. La Révolution de Mai constitua un phénomène surtout politique. Les révolutionnaires de Buenos Aires luttèrent principalement pour préserver le monopole commercial de leur ville sur le Rio de la Plata, de même que les relations sociales de production alors en vigueur.

Nommé par l’Assemblée de Séville en juin 1809, Cisneros avait concédé, au début du mois de novembre 1809, la liberté commerciale au port de Buenos Aires, pour le malheur des commerçants espagnols et le bonheur des marchands créoles, des exportateurs de cuirs et, surtout, des commerçants anglais.

Le 17 mai, à l’arrivée d’un navire anglais, le vice-roi apprit la chute de l’Assemblée de Séville et de la domination française sur la quasi-totalité de l’Espagne. Il convoqua les hommes de bien du vice-royaume, pour discuter de l’orientation à suivre et afin de s’anticiper au mouvement autonomiste. Le vice-roi n’avait cependant pas été informé de la nouvelle conformation du gouvernement de la péninsule.

Le 18 mars 1808, en effet, dans le cadre d’une profonde crise nationale dans la péninsule ibérique, due en grande part à la défaite navale espagnole à Trafalgar le 21 octobre 1805, le roi d’Espagne Charles IV abdiqua en faveur de son fils aîné Fernand, qui, un jour auparavant, avait incité le peuple à se soulever [émeute d’Aranjuez]. Fernand était le représentant du parti aristocratique, absolutiste et proanglais.

L’abdication de Bayonne

Fernand VII ne resta pas longtemps sur le trône qu’il avait usurpé en en chassant impitoyablement son père. Après son acclamation comme nouveau souverain par le peuple de Madrid, ville déjà contrôlée par l’allié français, il fut invité à rencontrer Napoléon dans la ville de Bayonne, près de la frontière espagnole. A l’insu de Fernand, à cette même réunion, le puissant et dangereux acolyte dans la lutte contre les Anglais avait aussi convoqué Charles, le père de Fernand, qui venait de perdre son trône en faveur de son ambitieux fils. Il s’agissait donc d’une véritable embuscade dynastique.

Le 6 mai 1808, Fernand fut ainsi poussé par l’Empereur à restituer la couronne à son père, sans savoir que ce dernier venait secrètement de céder à Napoléon ce qu’il croyait ne plus posséder, sous la promesse d’une importante récompense économique. En conclusion de cette complexe machination, l’empereur des Français s’empara de la couronne espagnole, dont il abdiqua le 6 juin de cette même année en faveur de son frère aîné, qui fut couronné sous le nom de Joseph I, roi des Espagnols.

Après ce que l’Histoire retiendra comme les Abdications de Bayonne, Napoléon, une fois maître du destin de l’Espagne, convoqua les notables du pays dans cette même ville de Bayonne, pour leur présenter la nouvelle constitution, promue le 8 juillet 1808. Cette première constitution espagnole était cléricale; elle conférait d’énormes pouvoirs au roi et instituait les principaux droits des bourgeois. Ce nouveau statut représentait une tentative de rapprocher du nouveau commandement les libéraux espagnols, opposés à l’absolutisme royal.

Un règne de courte durée

Joseph I ne parvint jamais à régner de manière absolue sur une Espagne insurgée, qu’il abandonna en 1813. Pour défendre l’indépendance, sous la pression de la résistance militaire semi-spontanée de la population des villes et des campagnes, le 25 septembre 1808 fut créée une Assemblée Suprême Centrale [Assemblée de Séville ou Junte de Séville], formée des représentants des assemblées provinciales. Quelques semaines plus tôt, le 11 août, le Conseil de Castela, organe supérieur du royaume [et hiérarchiquement soumise au souverain], avait déclaré nulles les abdications et confirmé Fernand VII comme roi d’Espagne. Sous forte influence de la noblesse et des grands propriétaires fonciers, l’Assemblée de Séville ne convoqua pas d’assemblée constituante. Pendant ce temps, Joseph Bonaparte I mettait en place des réformes libérales, bien que d’inspiration conservatrice.

L’Assemblée de Séville commanda la résistance militaire à l’envahisseur, jusqu’à la lourde défaite d’Ocaña, à Toledo, le 19 novembre 1809, après une bataille où s’opposèrent cent mille combattants.

Après cette défaite, l’Assemblée, discréditée, fut dissoute, laissant la place au Conseil de Régence d’Espagne et des Indes (1810-1814), dont le siège se trouvait dans l’île de León, en Andalousie, dans ce qui restait de l’Espagne libre. Encerclé par les Français et défendu par la marine anglaise, le nouveau gouvernement convoqua l’Assemblée Générale Constituante, donnant à l’Espagne sa première véritable constitution, d’inspiration libérale, en 1812, à Cadiz.

Pendant la guerre d’indépendance, Fernand fut enfermé dans une prison dorée, au château de Valençay, en France. Confiant dans la bonne étoile de Napoléon et sans aucune confiance dans la capacité de résistance du peuple espagnol, le roi, leurré, maintint une correspondance raffinée et courtoise avec l’Empereur. Dans leur pusillanimité, ces lettres exprimaient le caractère historiquement anachronique de l’absolutisme ibérique, dans une Europe secouée par des vents libéraux et révolutionnaires, inaugurés par la Révolution Française.

Bon vivant et servile

Malgré sa servilité, que le peuple attribuait à sa situation de prisonnier, Fernand VII garda le soutien de la population qui persistait à voir en lui un soutien pour la défense de l’indépendance et le renouveau social du royaume et de la nationalité. Avec la victoire de l’armée anglaise au Portugal et en Espagne et la défaite française dans les steppes de Russie, Fernand VII s’accorda avec Napoléon pour un retour au statu quo antérieur, en échange de la neutralité espagnole dans la guerre continentale de décembre 1813.

La veulerie dont Fernand VII fit preuve dans ses rapports avec un pouvoir napoléonien en décadence révélait sa volonté de combattre son véritable ennemi, à savoir les forces libérales et populaires espagnoles. En mai 1814, appuyé par des troupes militaires royalistes, Fernand mit fin à la Constitution de Cadiz, rétablit l’ancien régime, poursuivit les libéraux patriotes qui avaient lutté pour l’indépendance espagnole, ainsi que les afrancesados [membres du parti français espagnol] qui avaient collaboré avec les envahisseurs. Lors de son retour à Madrid, Fernand fut de nouveau acclamé par la population, toujours confiante dans l’étoile de ce souverain vénal.

En 1820, un soulèvement des troupes destinées à reconquérir les colonies américaines en révolte fit démarrer le processus qui entraînera trois ans de régime constitutionnel, suivis de dix ans de répression anti-libérale.

Pendant qu’en Espagne les grands propriétaires monarchistes et absolutistes se mesuraient aux libéraux, bourgeois et à la population, l’empire hispano-américain était littéralement en train de se désagréger. En Amérique, les colonies ibériques seraient bientôt réduites aux îles de Cuba et Porto Rico, en raison de la crainte des classes créoles régionales qu’une éventuelle indépendance mette en péril le mode de production esclavagiste, dominant dans ces territoires. Fernando VII mourut en 1833.

3. Le Roi est mort, vive Buenos Aires !

Comme nous l’avons signalé plus haut, le 17 mai 1809, le vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros fut informé de la chute de l’Assemblée de Séville, sans prendre cependant connaissance de la formation du Conseil de León, en Andalousie. Croyant anticiper sur une possible explosion autonomiste, il proclama l’absence de pouvoir: «Dans l’atroce éventualité d’une perte totale de la péninsule et de carence du Gouvernement Suprême, nous ne prendrons aucune décision, avant de nous être préalablement concertés avec toutes les représentations de cette capitale, qui, postérieurement, se réuniront avec leurs provinces respectives.»

Le parti patriotique créole répondit promptement à cette proclamation, faisant pression sur le gouvernement municipal [cabildo] de Buenos Aires, afin qu’il exige du vice-roi, déjà privé du soutien des militaires, la convocation d’un Cabildo Abierto [assemblée municipale].

Cette assemblée se réunit le 22 mai, avec 241 des 450 voisins de l’agglomération convoqués aux délibérations. Ce congrès rassembla les principales personnalités et propriétaires de la région ? commerçants, planteurs, éleveurs, ecclésiastiques, militaires, professionnels libéraux, fonctionnaires de l’Etat, etc. À l’appel, manquaient les délégués de la région des pampas et ceux des provinces de l’arrière-pays et de la côte, où le parti espagnol détenait encore le pouvoir.

Plus tard, dans l’interprétation qu’il donna du soulèvement au souverain espagnol, Cisneros affirma que le contrôle de l’entrée du Cabildo par des centaines de patriotes armés avait permis une forte présence de petits commerçants, d’artisans, de même que de voisins d’origine plébéienne, c’est-à-dire, selon la manière de penser aristocratique et autocratique espagnole, de personnes incapables de délibérer sur des questions d’une telle importance.

Auparavant, en 1806 et 1807, l’oligarchie créole porteña et bonaerense avait recouvré la confiance dans sa propre force, lors de sa participation active à la résistance à l’invasion anglaise de Buenos Aires. Le vice-roi lui-même s’était réfugié dans l’arrière-pays pour échapper aux combats, ayant ensuite été destitué de son poste en faveur de Cisneros. Lors de ces affrontements, s’était constitué le «Regimento de Patrícios», formé de patriotes créoles.

La fin du régime colonial

A l’aube du 23 mai, le premier scrutin de l’Assemblée destitua Cisneros et octroya le pouvoir au Cabildo. Il sera désormais responsable d’élire une assemblée gouvernementale et de convoquer un congrès avec les députés des provinces du vice-royaume. Ce qui avait été jeté par la porte revenait par la fenêtre. L’assemblée, élue à l’aube, était formée de Baltasar Hidalgo de Cisneros, président, secondé par Cornelio de Saavedra (créole); Juan José Castelli (créole); Juan Nepomuceno Solá (Espagnol) et José Santos Incháurregui (Espagnol).

Elle était donc dominée par des royalistes, des Espagnols et des espagnolistes. Les chefs militaires, bien que créoles, acceptèrent cette solution.

Le «peuple» – à savoir les propriétaires créoles, qui «s’attendait à une solution plus radicale» – s’opposa à ce dénouement, qui, selon lui, contredisait l’essence de la décision prise par le Cabildo Abierto. N’ayant pu voir accomplir son ordre de réprimer les patriotes réunis sur la Grand Place [future Plaza de Maio], Cisneros renonça à son poste. Avec lui, s’éclipsa ce qui restait du pouvoir ibérique à Buenos Aires.

La nouvelle Assemblée Provisionnelle était présidée par Cornélio de Saavedra, commandant du Régiment de Patriciens, épaulé par Juan José Catelli, Manuel Belgrano, Miguel de Azcuénaga, Manuel Alberti, Domingos Mateus, Juan de Larrea, Juan José Passo e Mariano Moreno. Tous créoles, avec une forte représentation des commerçants de Buenos Aires. Grâce à l’incorporation de députés des provinces, la «Première Assemblée» reçut la désignation de «Grande Assemblée». Avant que n’éclate la Révolution de Mai, d’autres mouvements autonomistes allaient surgir et seraient durement réprimés.

Cette Assemblée ignora l’autorité du Conseil de Régence d’Espagne et des Indes et reconnut formellement l’autorité du roi Fernand VII, emprisonné, comme l’avaient recommandé les représentants anglais, en raison de la guerre en Europe.

L’indépendance des provinces du Rio de la Plata sera proclamée dès le Congrès de Tucuman, le 9 juillet 1816. Au début, la Révolution de Mai fut démocratique dans son formalisme juridique. Le 28 mai 1810, les révolutionnaires déclaraient: «Le peuple de Buenos Aires n’a pas l’intention d’usurper les droits des autres peuples du Vice-royaume, mais bien de les soutenir contre les usurpateurs.» Cette déclaration tentait de conjurer les peurs, plus que motivées, des créoles et des classes propriétaires des autres provinces quant aux intentions des nouveaux maîtres de Buenos Aires.

Temps nouveaux

À l’exception de Cordoba, Montevideo, Assunción et du Haut Péru (Bolivie), les cabildos et les classes propriétaires des provinces du vice-royaume du Rio de la Plata reconnurent l’Assemblée de Mai de Buenos Aires, qui décréta une convocation militaire des patriotes, pauvres et riches.

En général, les familles patriciennes envoyaient des esclaves à la place de leurs propres fils: il s’agissait d’une pratique parfaitement légale. Des milliers de descendants d’Africains perdirent la vie en luttant pour l’indépendance d’une terre qui ne leur aurait jamais appartenu. Ces événements provoquèrent une forte diminution de la population noire du Rio de la Plata.

L’esclavage avait un rôle subordonné dans les provinces occidentales du Plata. Les successives convocations d’esclaves aux armes furent néfastes pour cette institution, qui serait abolie en 1854 en Argentine et en 1841 en Uruguay, pays où la pratique de l’esclavage se maintint, ouvertement ou de manière cachée, pendant encore de longues décennies, surtout dans les estancias du nord du Rio Negro, propriétés de Brésiliens du Rio Grande do Sud.

Les véritables objectifs du nouveau gouvernement se manifestèrent à partir de décembre 1811, grâce au mouvement unitariste, favorable au contrôle du pouvoir politique, et à travers celui-ci du pouvoir économique, par les commerçants de la ville de Buenos Aires et les grands propriétaires de sa province.

Au fond, l’idée était de remplacer le vieux joug colonial espagnol par une nouvelle dictature libérale, portenha cette fois, représentant les intérêts commerciaux anglais dans la région. L’effort centraliste des oligarchies de Buenos Aires déterminerait fortement l’histoire du Rio de la Plata au cours des décennies suivantes.

Désormais, seules les oligarchies commerciales du port et les éleveurs de la province de Buenos Aires bénéficièrent des rentrées douanières provenant de l’exportation-importation de toutes les provinces. Une telle situation ranima les contradictions entre la capitale et les provinces, de la côte et de l’arrière-pays, qui s’unirent dans la lutte pour le fédéralisme, pour la protection de la production artisanale et de petite-manufacture et pour la nationalisation des revenus portuaires. L’exclusivisme commercial de Buenos Aires allait entraîner le fractionnement de l’ex-vice-royaume, particulièrement en ce qui concerne la province orientale – avec l’important port de Montevideo – et celle du Paraguay, enfermée dans les terres intérieures du continent. En raison de sa situation géographique, le Haut Péru (Bolivie) échappa relativement à cet effort centralisateur de Buenos Aires.

4. José Artigas – Indépendance et Révolution

L’occupation de la Péninsule Ibérique par Napoléon, l’abdication et l’emprisonnement de Fernand VII, de même que la montée de Joseph Bonaparte I au trône d’Espagne ébranlèrent l’Etat colonial espagnol et rendirent possible la Révolution de Mai 1810 à Buenos Aires, sous le commandement des grands commerçants créoles principalement. La Bande Orientale, province du vice-royaume ayant Montevideo comme capitale, ne suivit pas ce mouvement autonomiste. Par rapport à Buenos Aires, le port de Montevideo se trouvait plus près de la mer et, avec ses eaux plus profondes, était plus facilement accessible aux navires. En août 1776, ce port avait même été désigné comme siège de l’escadre espagnole pour le Rio de la Plata et le sud de l’Atlantique, privilège qui l’avantagea dans sa dispute avec Buenos Aires.

Dominé par des fonctionnaires, commerçants et militaires espagnols, le cabildo de Montevideo resta fidèle au gouvernement de Cadiz, dernier pivot du pouvoir espagnol en Andalousie. Montevideo devint le foyer de l’action du parti métropolitain espagnol dans le Plata. Le 12 février 1811, le nouveau vice-roi Francisco Javier de Elío [1767-1822] déclara la guerre à l’Assemblée de Buenos Aires. Pour sa part, la cour portugaise, installée à Rio de Janeiro depuis 1808, proposa aux maîtres de Montevideo la protection portugaise de la Bande Orientale, en raison du fait que Charlotte Joaquine de Bourbon [1755-1830] était princesse d’Espagne, fille aînée de Charles IV et sœur de Fernand VII, le souverain prisonnier.

Cependant, les mesures prises et les impôts fixés par le vice-roi Francisco de Elío à Montevideo, pour financer la guerre contre Buenos Aires et contre les Français en Espagne, ont déplu à certains secteurs sociaux de la Bande Orientale, particulièrement aux employés, artisans, commerçants, propriétaires de bateaux, etc.

Dans l’arrière-pays, les patriotes créoles s’organisèrent afin de lutter pour l’indépendance de la Bande Orientale et son alliance à la confédération des provinces du vice-royaume sous la direction de Buenos Aires. Cette opposition entre les villes et les campagnes exprimait aussi les contradictions entre les grands commerçants espagnols et créoles de la ville-port et la campagne, où ils possédaient d’immenses latifundia, souvent occupés par des détenteurs précaires, connus comme posseiros [terme utilisé au Brésil, pays dans lequel ces micro-propriétaires précaires, après avoir défriché la terre se font expulser de leur domaine capté par des grands propriétaires].

Quelques années auparavant, ces mêmes propriétaires fonciers s’étaient opposés à l’initiative réformiste de l’administration ibérique qui visait à distribuer des propriétés d’un et deux mille hectares, le long des frontières, à des gauchos, métisses, natifs et noirs affranchis, afin d’interrompre l’occupation de ces terres de la part d’éleveurs de la province brésilienne du Rio Grande. Cette réforme était connue comme l’arreglo de los campos.

Le cri de l’Asencio

Le 27 février 1811, sur les rives de la rivière Asencio, dans l’actuel département de Soriano, sous la direction de Pedro José Viera et Venancio Benavides, un petit groupe d’habitants de la Bande Orientale s’engagea pour combattre les forces espagnoles, avec l’appui de Buenos Aires. Commença alors l’occupation de Mercedes, Soriano, Rosário, San Carlos, Maldonado, Sacramento, etc. La volonté de la population des campagnes de la Bande Orientale était claire.

José Gervasio Artigas [1764-1850] adhéra à la révolte pour l’autonomie, devenant le principal leader du soulèvement dans la Bande Orientale, sa terre natale. Il mit en déroute les royalistes le 18 mai 1811, au cours de l’important combat de Las Piedras, où s’affrontèrent environ 2.500 combattants. Pendant cette bataille, une partie des troupes du parti espagnol déserta et rejoignit les files des patriotes. Artigas organisa ensuite le siège de Montevideo, puissamment défendue et murée, ultime réduit royaliste et espagnoliste dans la Bande Orientale.

Pressentant que la défaite était inévitable, le vice-roi Francisco Élio accepta la fausse promesse de la couronne portugaise. Et le 21 juillet 1811, l’Armée de Pacification de la Bande Orientale, avec ses quatre milles soldats, sa cavellerie et son artillerie, entra dans la Bande Orientale et occupa Melo, la forteresse de Santa Teresa, Rocha e Maldonado, pendant que l’armée espagnole, assiégée à Montevideo, bloquait le port de Buenos Aires depuis le 3 septembre 1810. Surtout soucieux de la continuité de ses activités commerciales et considérant que d’autres régions étaient plus stratégiques, le premier gouvernement des Provinces Unies, sous l’hégémonie des commerçants de Buenos Aires, s’empressa de négocier un armistice, sanctionné le 20 octobre 1811, en vertu duquel la Bande Orientale était échangée contre la fin du blocus au port de Buenos Aires.

La Derrota

Malgré son indignation face à la trahison des populations et des intérêts de la province orientale, José Artigas obéit à l’ordre de l’Assemblée de Buenos Aires. Il fut mis fin au siège de Montevideo et s’initia le retrait des troupes vers le nord. Dès le début, ce mouvement fut suivi par des civils, parmi lesquels quelques propriétaires avec leurs esclaves, mais surtout par des hommes pauvres, avec leurs femmes et leurs enfants, qui refusèrent de vivre à nouveau sous l’autorité espagnole ou même portugaise.

Le nombre de personnes qui se rallia au mouvement de retrait ne cessa d’augmenter et finit par former une colonne de plus de dix milles migrants, en charrette, à cheval, à pied. La longue expédition qui se dirigeait vers Salto Chico, dans les environs de l’actuelle ville de Concordia, à Entre Rios, laissa l’intérieur de la Bande Orientale semi-désert. Ce mouvement est connu sous le nom de la redota, forme corrompue de la derrota – la défaite. L’historiographie uruguayenne la dénomma, de manière plus érudite, d’Exode de la Population Orientale, considéré comme un moment fondamental de la conscience nationale uruguayenne.

Le 26 février 1813, Artigas reprit le siège de Montevideo. Très vite, l’autonomie qu’il avait souhaitée par rapport à l’Assemblée de Buenos Aires devint une véritable séparation.  Les députés élus au campement militaire artiguiste pour représenter la Bande Orientale à l’Assemblée Générale Constituante de 1813, convoquée par Buenos Aires, furent orientés par Artigas à défendre des droits égaux pour la Bande Orientale et pour toutes les provinces fédérées par rapport à Buenos Aires. Il leur était également demandé de réaffirmer les limites territoriales de la province orientale face aux Portugais.

Au campement militaire, se fortifiaient la conscience nationale orientale et l’idée d’une fédération démocratique des provinces de l’ex-vice-royaume du Plata. Sous la direction d’Artigas, ce programme allait donner lieu à la lutte pour l’indépendance, l’expression politique et sociale la plus élevée en Amérique espagnole.

À la proposition d’autonomie démocratique, elle allait intégrer celle d’une démocratisation de la propriété foncière, avec une distribution de petites estancias aux Gauchos, Indiens, Noirs et Créoles pauvres qui avaient lutté pour l’indépendance, de même que la reconnaissance des droits des petits détenteurs précaires.

Un tel projet, qui menaçait tout l’équilibre du Plata, fut vite anéanti à travers l’effort commun de la couronne portugaise, du gouvernement de Buenos Aires et de l’oligarchie de Montevideo, après une guerre contre-révolutionnaire cruelle, au cours de laquelle périt une grande partie de la population orientale.

5. Un Robespierre au Pays des Guaranis

En 1537, fut fondée Assuncion, au coeur des territoires nouvellement conquis par l’Espagne, sur la voie de communication entre le Plata et le Pérou. La future province du Paraguay se développa lentement: elle ne possédait pas de minerais précieux et la navigation vers le littoral par les fleuves Paraguay-Parana était lente et difficile. Peu d’Espagnols – et parmi eux, plus d’hommes que de femmes – s’établirent dans cette région, où l’aristocratie créole provenait du métissage entre les colonisateurs ibériques et les femmes guaranis. En 1662, la métropole reconnut aux métisses le statut de créoles.

Les colonisateurs reçurent des terres et des natifs. Ceux-ci travaillaient un certain nombre de jours par an pour un encomendero, vivant le reste du temps dans des villages où ils possédaient des chácaras [petits lopins de terre]. D’autres amérindiens connurent des formes d’esclavage. Afin de protéger cette région de la convoitise des Portugais, la couronne espagnole concéda de vastes territoires aux jésuites, qui y fondèrent des villages stables de natifs, connus comme les Trente Peuples guaranis.

Le maté était le principal produit d’exportation du Paraguay. Comme le sucre, le tabac et le bois, il était envoyé à partir d’Assuncion à Buenos Aires, où l’oligarchie commerciale locale monopolisait son achat et sa distribution, après lui avoir imposé de lourds impôts. Le Paraguay subissait la domination politique de la lointaine métropole et la directe opression économique de la voisine capitale du vice-royaume. Surtout après la fin de l’encomienda, en 1791, créoles, métisses et natifs virent leur niveau de vie s’améliorer, grâce à une agriculture e un artisanat de subsistance.

Les petits et moyens propriétaires et locataires [arrendatários], ainsi que les habitants des villages d’Indiens et des anciennes missions jésuites, subissaient la pression des grands éleveurs [estancieros] créoles sur leurs terres, leur bétail, leurs droits de pastage et leur force de travail.

Deux des objectifs de la Révolution de Mai 1810 étaient d’émanciper les régions du bassin du Plata de l’oppression politique et commerciale espagnole et les soumettre au monopole politique et économique de Buenos Aires. Victorieux, les révolutionnaires portenhos s’empressèrent d’envoyer aux provinces des messagers leur proposant d’adhérer à l’Assemblée Révolutionnaire. Dans les provinces de Santa Fé, Corrientes et Assuncion fut envoyé l’autoritaire colonel paraguayen José Espínola y Peña, qui, après avoir été mal accueilli dans sa propre terre, rentra à Buenos Aires proclamant que les forces favorables à Buenos Aires étaient très fortes dans cette province du Paraguay.

Un nouveau maître

L’Assemblée Générale des Voisins se réunit le 24 juillet 1810 à Assuncion, avec des représentants des hommes de bien, à savoir des membres de l’armée, de l’administration publique, du clergé, des professions libérales et des corporations, des commerçants, des propriétaires fonciers, de la capitale et de la province. Cette Assemblée, qui ne comptait aucun représentant des chacareros [petits agriculteurs et éleveurs], des pueblos [villages] de natifs, des petits commerçants, etc., décida de rester fidèle à l’Espagne; d’établir des relations pacifiques et égalitaires avec Buenos Aires; de se prémunir contre la menace portugaise. Les propriétaires créoles s’associèrent aux espagnolistes contre les ambitions de Buenos Aires.

À cette assemblée, s’éleva une voix discordante: celle du docteur José Gaspar Rodriguez de Francia [1766-1840]. Selon cet avocat, fils d’un Portugais émigré, mulâtre, il importait peu de savoir si le roi d’Espagne était Charles IV le lâche, ou Fernand VII le pusillanime, aucun des deux n’étant roi du Paraguay. «Le Paraguay n’est ni patrimoine de l’Espagne ni province de Buenos Aires. Le Paraguay est indépendant et est une République.» Pour lui, il fallait au contraire débattre sur les moyens de défendre et préserver l’indépendance contre l’Espagne, contre Lima, contre Buenos Aires et contre le Brésil. Il fallait débattre sur la meilleure forme de gouvernement à adopter au Paraguay, afin d’y faire naître la «prospérité et le bien-être de tous».

En réponse à la décision d’Asunción, l’Assemblée de Buenos Aires décréta le blocus commercial du Paraguay; ordonna la fin du pouvoir de juridiction de cette province sur les Missions et y envoya une expédition militaire commandée par Manuel Belgrano [1770-1820]. Bien que ne possédant aucune expérience militaire, ce fin politique qu’était Belgrano tenta de présenter cette intervention comme destinée uniquement à libérer la province du joug des Espagnols. Le ressentiment paraguayen était cependant plus fort contre les commerçants de Buenos Aires que contre la métropole espagnole.

Trois grandes factions

En 1811, quatre grandes factions politico-sociales dominaient au Paraguay. Le parti espagnoliste, formé de fonctionnaires, commerçants et propriétaires fonciers espagnols, s’opposait à l’Assemblée de Mai et défendait la dépendance à l’Espagne. Le groupe porteñista, constitué de commerçants créoles, était favorable à l’Assemblée de Buenos Aires et au maintien du statut de province. Enfin, la faction créole était surtout constituée par les grands planteurs et éleveurs, qui abominaient la domination aussi bien de l’Espagne que de Buenos Aires et se mobilisaient pour l’indépendance ou pour une confédération démocratique avec les ex-provinces du vice-royaume. Ils s’opposaient aux lourds tributs imposés par Buenos Aires, avec laquelle ils craignaient cependant une rupture radicale, dépendant de son port pour leurs exportations, qu’ils espéraient potentialiser.

Quant aux chacareros [petit producteur] leur production se destinait à leur propre consommation et au commerce local. Ils ne devaient ni ne demandaient rien à Buenos Aires. Pour eux, se mêler aux disputes militaires du Plata signifiait surtout l’enrôlement forcé de la force de travail familiale et le paiement d’impôts pour financer la guerre, avec de terribles séquelles pour leurs petites exploitations agricoles. Quant à la libéralisation des importations, elle risquait de signifier la destruction de la production artisanale régionale. La société paysanne paraguayenne avait besoin de terres pour alimenter sa reproduction et son but était de se débarasser des loyers et des impôts payés à l’Etat et aux grands propriétaires, désireux de s’amparer de leurs terres et de leur force de travail. Ces communautés se caractérisaient également par une forte identité guarani, bien que la pratique de cette langue soit également l’apanage des classes dominantes, même d’origine espagnole.

De même qu’à Buenos Aires, au Paraguay, la lutte pour l’indépendance opposa tout d’abord l’oligarchie espagnole aux propriétaires créoles. Une opposition essentiellement politique. Comme en Uruguay, cette opposition initiale se transforma ensuite en un antagonisme de plus en plus social, où s’affrontèrent l’oligarchie créole victorieuse et les classes plébéennes natives.

Néanmoins, le leader que les petits et moyens paysans et les secteurs populaires paraguayens engendrèrent ressemblait peu au caudilho [leader] qu’était le téméraire général uruguayen Jose Artigas. Monsieur le docteur José Gaspar de Francia, avocat et homme de lettres, au physique gracile, mais à la poigne de fer: une sorte de Robespierre guarani, qui, pendant des décennies, imposa une dictature plébéenne en défense de la nouvelle nation en construction. Au cours des années précédentes, il s’était fait remarquer comme avocat, pour avoir défendu, de manière intransigeante et compétente, la cause des chacareros contre les grands propriétaires espagnols et créoles.

6. Buenos Aires contre Asunción

La Junte de Buenos Aires envoya Manuel Belgrano à la tête de l’Exército Libertador afin de soumettre le Paraguay. Belgrano ? fils d’un riche commerçant de blé italien [bel grano] ? avança dans la province paraguayenne comme dans un désert inhospitalier, sans se soucier de ceux qui s’étaient engagés à rallier ses troupes. Il considérait qu’il ne serait reçu comme un conquistador que par la “force des balles” et qu’il finirait par s’imposer aux “sauvages paraguayens”.

Le bilan de cette expédition, qui comptait quelques Paraguayens-nés, fut loin de correspondre aux propos grandiloquents de Belgrano. Après avoir vaincu une fragile résistance, le 19 décembre 1811, lors de la traversée du rio Paraná – précisément, à Paraguarí, à environ 100 kilomètres d’Asunción, la troupe de Belgrano se heurta au gouverneur espagnol Bernardo de Velasco et aux forces paraguayennes.

La bataille de Paraguarí vit s’affronter six mille soldats paraguayens contre seulement deux mille porteños. Cependant, les premiers étaient des combattants sans expérience et mal armés, alors que les seconds étaient d’habiles soldats, possédant de bonnes armes et encadrés par des officiers aguerris. Au début des combats, les troupes paraguayennes furent dispersées et le gouverneur Velasco prit la fuite incontinenti, se réfugiant à Asunción. L’annexion de la province paraguayenne à Buenos Aires semblait devoir se décider sans trop de difficultés.

Ce furent les officiers et combattants créoles du Paraguay qui sauvèrent la bataille, après des combats qui ne furent pas particulièrement violents, puisqu’y perdirent la vie moins de trente soldats, juntistas et paraguayens. Belgrano recula vers le rio Tacuarí, où, après un nouveau et rapide combat, il capitula. Au moment d’abandonner la province, il proclama les avantages d’une union à Buenos Aires et d’un régime de libre-commerce. Les batailles vaincues, qui auraient dû cautionner le pouvoir espagnol au Paraguay, représentèrent surtout un succès pour les forces et les chefs créoles. Elles discréditaient les Espagnols, mais affligeaient aussi les petits et moyens agriculteurs qui durent en supporter les coûts, matériels et humains.

C’est ceux qui n’ont rien qui paient

La population paysanne fut mobilisée en grand nombre et ses animaux et biens furent réquisitionnés, sans rémunération ou indemnisation. Et cela ne fit que renforcer la conviction des petits et moyens propriétaires et du menu peuple que l’indépendance et la paix étaient importantes. Après s’être relevé tant bien que mal de sa honteuse desertion, le gouverneur Velasco dissolva l’armée, réquisitionna les armes de la province, concentra les forces militaires à Asunción contre une possible réaction de Buenos Aires et surtout contre de possibles soulèvements autonomistes paraguayens.

Les principaux chefs patriotes étaient le capitaine Pedro Juan Caballero, descendant d’une illustre famille créole, le capitaine espagnol Juan Valeriano Zeballos et le docteur José Gaspar de Francia, chef du parti jacobin. Il semble que lors des discussions au sujet de l’orientation à prendre face à l’offensive de Buenos Aires, l’avocat du peuple Francia ait présenté deux armes: l’une pour combattre l’Espagne, l’autre pour lutter contre Buenos Aires. Sans oublier le danger portugais, auquel venaient de s’ajouter les revendications carlotistes.

Après la victoire sur Buenos Aires, l’alliance des royalistes et des Espagnols fut dissoute, de même que celle qui s’était établie entre les patriotes et les créoles paraguayens. Pendant que de petites conspirations favorables à Buenos Aires étaient réprimées dans toute la province, les principaux militaires créoles – dont la plupart étaient de grands propriétaires – décidèrent que le soulèvement aurait lieu le 25 mai. Conscients de leur fragilité, les patriotes embriguèrent dans le soulèvement des chacareros, des petits commerçants et jusqu’à des ouvriers agricoles. Le docteur Francia participa activement à toute la conspiration.

Des envoyés du sud du Brésil

L’arrivée à Asunción, en provenance du Rio Grande do Sul, du lieutenant luso-brésilien José de Abreu Mena Barreto [1770-1827], futur baron de Cerro Largo, envoyé par Diogo de Souza [1755-1829], à l’époque capitaine général du Rio Grande do Sul, afin d’établir secrètement une alliance militaire avec le gouverneur Velasco contre les patriotes paraguayens, accéléra l’éclosion du mouvement, qui initia le 14 mai. La princesse impériale Charlotte Joaquine, épouse de l’empereur dom João VI, soeur de Fernand VII, projetait de régner sur le Plata, profitant de la vacance du trône espagnol.

L’esprit de révolte arriva jusqu’aux casernes et aux forts militaires. Le dénouement du soulèvement fut inattendu: le gouverneur Velasco n’essaya pas d’y opposer une résistance armée, mais il refusa tout simplement d’abandonner le gouvernement. Les patriotes consentirent à ce qu’il reste à son poste, mais exigèrent qu’il soit secondé par deux délégués, le capitaine espagnol Juan Valeriano Zaballos, patriote, et le docteur Francia, dirigeant de l’aile intransigeante et plébéienne de la lutte pour l’indépendance. Le pouvoir des patriotes s’affirmait de plus en plus, alors que celui de la métropole s’affaiblissait inexorablement.

Le 17 mai, le nouveau gouvernement reconnaissait formellement – sans que cela porte à conséquence – la légitimité du roi Fernand VII, emprisonné en France; proclamait la défense de l’autonomie du Paraguay face, bien sûr, à l’Espagne et à Buenos Aires; déclarait sa volonté de se fédérer avec les autres provinces de l’ex-vice-royaume du rio de la Plata, à parité de droits, ce qui constituait également une déclaration purement rhétorique étant donné les intentions de Buenos Aires dont tous étaient conscients. Le lieutenant brésilien José de Abreu Mena Barreto fut renvoyé au Rio Grande, accompagné du souhait que puissent s’établir des relations amicales entre les deux gouvernements, paraguayen et brésilien.

Le danger venant du Rio Grande

Lors de l’invasion commandée par Belgrano, Velasco avait sollicité l’appui du gouverneur de la capitainerie brésilienne du Rio Grande. En février 1811, Diego de Souza avait posté mille cinq cents hommes fortement armés à la frontière sud, sous le commandement du gouverneur du Paraguay. Des troupes portugaises étaient également cantonnées au Forte Novo de Coimbra, sur la rive gauche du rio Paraguay, au Mato Grosso, dans le cas d’une éventuelle invasion du Paraguay par le nord. L’emprisonnement de Velasco et d’autres espagnolistes et porteñistas conspirateurs eut lieu après la découverte d’une lettre qu’il avait envoyée à Montevideo, proposant aux Portugais une alliance contre les patriotes paraguayens. Les liens du nouveau gouvernement paraguayen avec l’Espagne étaient désormais irrémédiablement rompus.

Au Congrès Général du 17 juin 1811, à Asunción, pratiquement tous les députés (plus de 250) étaient paraguayens, en général de grands propriétaires fonciers. Les chacareros e les pueblos indigènes ne furent pas directement représentés. Le congrès approuva “la Constitution provisoire de la Province du Paraguay”; il désigna une junte gouvernementale, composée de quatre ministres sous la présidence du lieutenant-colonel Fulgencio Yegros, grand estanciero originaire d’une des plus vieilles familles créoles. Le seul membre du congrès qui ne possédait aucune identification avec les grands propriétaires créoles était le docteur Francia.

Le congrès proposa une fédération à parité de droit avec les autres provinces. Il abolit le monopole d’Etat sur la vente du tabac, déclara la liberté de commerce dans la province et remplaça le service militaire gratuit et universel par une armée permanente et rémunérée. Une fois au pouvoir, l’aristocratie créole se prépara à étendre son hégémonie sur toute la région, élargir ses propriétés et tenter d’établir un accord avec l’oligarchie commerciale de Buenos Aires, de qui elle dépendait pour développer ses affaires.

Dès le début du nouveau gouvernement, une évidente friction s’instaura entre le docteur José Gaspar de Francia et les autres membres. Francia, légitime représentant des défenseurs de l’indépendance totale et des secteurs les plus pauvres de la société, s’appuya de manière décisive sur le cabildo d’Asunción dans sa dispute contre le gouvernement récemment intronisé. La dissension les propriétaires créoles et Francia se dénouerait en faveur de ce dernier, grâce au soutien dont il bénéficiait des petits et moyens propriétaires et des peuples indigènes.

Contrairement au reste de l’Amérique Latine, au Paraguay, la crise du régime colonial donna lieu à la constitution d’un Etat soucieux de son indépendance politique, sociale et économique, spécialement cautionné par les petits et moyens paysans propriétaires et locataires. Un Etat ayant mis sur pied un modèle de développement national autonome, anti-libéral et anti-libre-échangiste, auquel seule l’association militaire entre l’Argentine libérale de Buenos Aires et l’Empire du Brésil esclavagiste parvint à mettre fin, à travers une guerre qui dura 6 ans (de 1864 et 1870), la plus destructrice que l’Amérique du Sud ait jamais connu jusqu’à ce jour. (Traduction de Florence Carboni que l’éditeur du site A l’Econtre remercie particulièrement)

* Programa de Pós-Graduação em História, UPF, RS, Brésil, maestri@via-rs.net

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