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août 2019

A l'encontre

La Brèche

Nicaragua. La crise économique frappe le gros de la population

Publié par Alencontre le 9 - mars - 2019

Le Nicaragua replonge dans la pauvreté extrême

Par notre correspondant au Costa Rica (San José)

1.- Suite à la prolongation de la crise sociopolitique au Nicaragua, Moody’s Investors Service (Moody’s Corporation) a fait passer la notation de crédit (financière) du pays de stable à négative. Cet organisme a donc averti que l’économie, en 2019 restera, en récession, et que les financements extérieurs sont dès lors en danger.

2.- Moody’s prévient que le pays court le risque que les prêts approuvés pour 2019 soient suspendus si la pression internationale augmente. En outre, Moody’s indique que, si la crise sociopolitique se poursuit, à partir de 2020 le pays ne sera plus en mesure de trouver de nouvelles lignes de crédit auprès des institutions multilatérales. Autrement dit, la position d’emprunteur du gouvernement sera encore affaiblie.

3.- Selon Moody’s, les risques de liquidité du Nicaragua augmentent en raison de la baisse des entrées d’investissements directs étrangers (baisse de 26% en 2018), des sorties de dépôts du système bancaire (baisse de 28% jusqu’en décembre 2018), de la diminution des réserves de change et des perspectives de financement réduites des institutions financières multilatérales.

4.- La crise sociopolitique à laquelle le pays est confronté depuis avril 2018, conjuguée à un manque de financement, à la faiblesse des prix internationaux du café et aux coûts de production élevés, ont été les facteurs négatifs qui ont incité les producteurs à anticiper un avenir incertain pour l’industrie nationale du café [avec des effets sur les investissements].

5.- L’illiquidité du secteur du café sera aggravée dans les mois à venir par la réforme fiscale qui impose des taxes sur les machines et les intrants agricoles, ce qui augmentera les coûts de production dans les campagnes, mettant en danger le volume des revenus d’exportation se situant à hauteur de 450 millions de dollars par an et de la perte immédiate de 60’000 emplois directs sur un total de 350’000 générés par ce secteur.

6.- Pour la deuxième année consécutive, la consommation des ménages continuera à se tasser. Cela se traduit dans le pessimisme des hommes d’affaires des 13 branches d’activités économiques recensées face aux attentes qu’ils ont quant à l’évolution de leur chiffre d’affaires en 2019. Les reculs, selon les enquêtes, varient entre 4% et 50%, ce qui implique de licencier ou de suspendre les contrats d’une partie du personnel.

7.- Le régime d’Ortega-Murillo se doit d’obtenir 317 millions de dollars pour couvrir le déficit du budget général du Nicaragua en 2019, un objectif qui est difficile à atteindre avec le paquet de réformes fiscales. Car ce dernier va ruiner de nombreuses entreprises, augmenter le chômage et accélérer la pauvreté [effet sur les impôts indirects liés à la consommation de base].

8.- En 2018, l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) a perdu 157’923 affilié·e·s, le secteur du commerce étant l’activité économique la plus touchée. Selon les objectifs fixés par le gouvernement dans le budget général de la République 2019, on s’attend à une réduction de 65’026 affilié·e·s supplémentaires d’ici à la fin de 2019.

9.- Selon la Banque centrale du Nicaragua, le montant des importations de médicaments a considérablement diminué. Jusqu’en novembre 2018, les importations de médicaments et de produits pharmaceutiques s’élevaient à 337,13 millions de dollars, contre 413,10 millions de dollars pour la même période en 2017. Cela se traduit par l’aggravation de la pénurie de médicaments dans les pharmacies.

10.- Depuis quelques mois, des laboratoires comme Pfizer et Bayer ne distribuent plus de médicaments. En raison de la crise, les banques n’accordent pas de crédits et les laboratoires pharmaceutiques exigent des paiements en espèces des importateurs, des décaissements qu’ils ne sont pas en mesure d’effectuer.

11.- La diminution des importations de médicaments est visible dans les services de santé de l’INSS et du ministère de la Santé, où les citoyens doivent se contenter de consultations et obtiennent rarement des médicaments adéquats. En d’autres termes, il existe des restrictions sur les médicaments qui sont importants pour des soins adéquats.

12.- Avec les réformes fiscales, approuvées par le gouvernement, les conséquences seront le départ des laboratoires étrangers du pays. Dès lors, de nombreux médicaments disparaîtront du marché nicaraguayen. Avec ces réformes, la population verra son pouvoir d’achat abaissé et ne pourra plus acheter des médicaments certifiés du type Pfizer et Bayer.

13.- En outre, avec l’approbation de la réforme fiscale, l’impact sera plus fort parce que la consommation générale se contractera davantage et donc les perspectives de baisse seront plus grandes, ce qui accentuera la récession économique que vit le pays. Si la consommation diminue, le produit intérieur brut (PIB) diminuera également.

14.- FUNIDES (Fundación Nicaragüense para el Desarrollo Económico y Social) a indiqué qu’en 2019, le tassement prévu du PIB sera de l’ordre de 7,3 % à 10,9 %, en raison de l’ensemble des sanctions que le gouvernement américain a approuvées en décembre 2018 contre le régime Ortega-Murillo, ainsi que des politiques économiques erronées que la dictature Ortega-Murillo encourage, au prétexte d’atténuer l’écroulement financier, ce qui, en fait, aggravera la récession économique.

15.- En d’autres termes, l’économie continue de décliner, affectant le crédit, le système financier et, dans la foulée, l’ensemble du fonctionnement de l’économie. Cet effet cumulatif a déjà été souligné précédemment. A cela s’ajoute la forte contraction du tourisme, qui est une source importante de ressources. La répression et les mises en garde [par exemple, les autorités helvétiques indiquent: «Au Nicaragua, les voyageurs doivent se montrer très vigilants quant à leur sécurité personnelle. La situation politique et sociale est extrêmement tendue.»] de nombreux pays ont un effet dissuasif pour les touristes.

16.- L’économie nicaraguayenne est très vulnérable parce que nous dépendons de ressources extérieures. La seule ressource qui croît à partir des revenus extérieurs est les transferts de fonds, mais les dons, les prêts, les investissements directs étrangers, les exportations vont se contracter en 2019.

17.- Le rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID), qui est le bras financier de l’OEA (Organisation des Etats américains), indique que jusqu’en 2017, la BID a été l’une des principales sources de financement du pays. Cependant, en 2018, cette dernière n’a pas approuvé de nouveaux prêts au régime Ortega-Murillo.

18.- Entre 2014 et 2017, le Nicaragua a obtenu des prêts pour un montant de 1035,6 millions de dollars, soit en moyenne 258,9 millions de dollars de nouvelles ressources approuvées chaque année. En 2018, la BID n’a versé que 99,5 millions de dollars au Nicaragua, soit une baisse significative par rapport aux années précédentes.

19.- Les recettes destinées à soutenir les dépenses publiques sont menacées par la crise économique, qui se traduit par la paralysie quasi totale des investissements étrangers et locaux.

20.- La situation s’est compliquée par le fait que les décaissements des institutions financières internationales ont été considérablement resserrés.

21.- Pour remédier à cette situation, le régime a mis en œuvre un train de mesures fiscales (réforme fiscale) qui visent à lever quelque 317 millions de dollars, en plus de contracter un prêt de 100 millions de dollars auprès d’une institution financière taïwanaise.

22.- Au Nicaragua, 89% du revenu des ménages est utilisé pour subvenir aux besoins de la famille; la consommation diminue conjointement à la diminution du revenu. Chômage et inflation conjuguent leurs effets d’érosion. Les personnes ne peuvent plus avoir accès aux produits élémentaires pour la vie d’un ménage. A cela s’ajoute la contraction des dépenses publiques.

23.- Selon la Banque centrale du Nicaragua, le coût du «panier de base pour un ménage», à la fin de janvier de 2019, était de 13’500 cordobas [soit 415 CHF]. Le panier de base au Nicaragua est divisé en trois catégories: 23 produits alimentaires de base, des produits ménagers et, enfin, des vêtements pour adultes et enfants. Au total, 53 produits sont enregistrés dans le calcul de l’évolution du coût du panier de base.

Dans le cadre de la réforme fiscale, 70 % des produits du panier familial de base verront leur prix augmenter de plus de 50%. Le prix du panier de base passera de 13’000 à 17’000 córdobas [522 CHF], soit une augmentation de 29% du coût pour les consommatrices et consommateurs.

25.- Le 29 janvier 2019, le Département du Trésor américain a annoncé que les sanctions contre la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA, interdisent également aux entités américaines toute opération avec ALBANISA «ou toute entité dans laquelle ALBANISA (Alba Petróleos de Nicaragua, S.A. dont le capital est détenu à 51% par le Venezuela) détient directement ou indirectement 50% ou plus de ses actions».

26.- Le 8 février 2019, la sous-secrétaire d’État américaine aux affaires de l’hémisphère occidental, Kimberly Breier, a annoncé que les sanctions américaines contre Petróleos de Venezuela (PDVSA) et Alba de Nicaragua (ALBANISA) ont été étendues à Banco Corporativo SA (BANCORP), créée en 2014 pour gérer, hors contrôle public, les millions de fonds de coopération du Venezuela reçus par le régime Ortega-Murillo.

27.- Les sanctions imposées par les États-Unis à Alba de Nicaragua SA (ALBANISA) et à sa Banco Corporativo SA (BANCORP) atteignent le conglomérat d’entreprises constitué ou acquis avec des fonds de coopération vénézuéliens entre 2007 et 2018. Le risque est grand que les sanctions nord-américaines prolongent leurs effets dans ce montage politico-économique.

28.- ALBANISA a été constituée par l’entreprise publique nicaraguayenne PETRONIC, qui détient 49% des actions et les 51% restants sont détenus par l’entreprise publique Petróleos de Venezuela SA (PDVSA).

29.- Avec l’argent de l’accord pétrolier vénézuélien, le régime Ortega-Murillo a créé un conglomérat d’au moins dix entreprises liées aux secteurs de l’hôtellerie, des communications, de l’énergie, des transports, de la construction, des finances, de l’élevage, des importations, des exportations agricoles et de la distribution.

30.- Le secteur de la distribution automobile est dans une situation très grave, à tel point que les entreprises de vente survivent grâce à leurs ateliers de réparations et d’entretien. Au cours des deux premiers mois de 2019, les ventes de nouvelles voitures ont chuté de 90%.

31.- Compte tenu de la durée de la crise sociopolitique, de la fuite constante des dépôts dans les banques qui a atteint 1,553 milliard de dollars en 2018, de la détérioration de la qualité du portefeuille de crédit (le risque est passé de 3,33% en avril à 9,22% en décembre 2018) et de la réduction de la disponibilité, la Banque nationale a fermé 57 agences dans différentes municipalités et villes entre avril 2018 et février 2019. Elle a licencié plus de 1400 employés, traduisant un sérieux recul dans un pays avec une faible bancarisation et un accès limité au crédit.

32.- Les bénéfices bancaires jusqu’en décembre 2018 ont baissé en moyenne de 29% par rapport à ceux accumulés en 2017. En décembre 2018, les bénéfices bancaires ont totalisé 2 millions de dollars, contre 14 millions de dollars en mars 2018.

33.- La Commission de surveillance des banques et des autres institutions financières (SIBOIF-Superintendencia de Bancos y Otras Instituciones Financieras) a révoqué le pouvoir d’émettre des titres sur la Bourse du Nicaragua (BVN) aux institutions de capital financier et de crédit. Ces deux institutions financières faisaient des affaires sur le marché boursier et avaient des problèmes de liquidité pour faire face à leurs obligations envers les investisseurs ou les détenteurs de titres. (Article rédigé le 5 mars 2019, San José/Costa Rica; traduction A l’Encontre)

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