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29
mars 2017

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La Brèche

Equateur. Réduction de la journée de travail ou du salaire?

Publié par Alencontre le 20 - mars - 2016
Rafael Correa, en novembre 2015, affirme qu'il gagnera l'élection de 2017, mais que l'opposition seta majoriaire dans l'Assemblée

Rafael Correa, en novembre 2015, affirme qu’il gagnera l’élection de 2017, mais que l’opposition seraa majoritaire dans l’Assemblée

Par Tomas Rodriguez Leon

«La production capitaliste n’est pas simplement la production de marchandises: elle est essentiellement la production de plus-value.» Karl Marx

La politique du gouvernement en ce qui concerne le travail était déjà régressive. Maintenant, elle devient franchement néolibérale et répond aux critères du capitalisme dit sauvage.

La bourgeoisie oligarchique complote avec la bourgeoisie bureaucratique contre les intérêts et les droits de la classe laborieuse pour aboutir à une indiscutable précarisation du travail et à l’élimination de la syndicalisation et de la contestation.

On cherche à faire que les travailleurs ne puissent plus être des acteurs d’un conflit social en excluant les syndicats des formes de contrat collectif. Et l’on individualise et fragmente les rapports sociaux de production à la convenance des entrepreneurs [face «aux entrepris», les salarié·e·s]. Le modèle d’accumulation «sale» [fondé, entre autres, sur l’exploitation pétrolière et l’extraction de minerais portant atteinte aux réserves «naturelles» et à des populations indigènes] est entré en crise. Et le politique, en la matière, s’oriente désormais sans ambages vers la droite. [Le président Rafael Correa Delgado a été élu en 2006, réélu en 2009 et à nouveau en 2013.]

La crise budgétaire actuelle, qui n’affecte pas la classe capitaliste, frappe l’assistance sociale – qui peut être, par ailleurs, assimilée à une aumône – alors que le gouvernement, incompétent, tente d’en refiler à la classe travailleuse la responsabilité ou la gestion de ses conséquences.

Les coupables de la débâcle utilisent la pression de celle-ci contre les innocents qui n’y sont pourtant pour rien. C’est la répétition de la vieille recette bourgeoise: pour faire ce ragoût on tire encore du sang prolétarien en obligeant les travailleurs à faire des sacrifices pour surmonter les épisodes de récession. «On» mélange encore la plus-value absolue avec la plus-value relative (diminution du prix des biens et services nécessaires à la reproduction de la force de travail, ce qui «répond» à la compression des salaires]. C’est la même cuisine et les mêmes ingrédients, seul le chef de cuisine change. Ce dernier est issu de l’académie belge et états-unienne [Rafael Correa a fait ses études, après l’étape de l’Université de Guyaquil, à Louvain La Neuve, Belgique, et à l’Université de l’Illinois, Etats-Unis].

La plus-value absolue obtenue par une intensification de la journée de travail se traduit en heures supplémentaires qui font que dans la pratique les travailleurs doivent faire 48 heures hebdomadaires pour que leur salaire suffise à les nourrir. Actuellement, la réduction de la journée de travail consiste en réalité en une réduction du salaire, une intensification des journées et la suppression de droits sociaux et syndicaux. Il est déjà possible, par des moyens techniques, d’incorporer la plus-value relative. C’est ainsi que l’on optimise la crise en fonction des profits capitalistes, en favorisant la surexploitation, tout en déconstruisant les droits d’association et de recours.

Le système de contrats dans le secteur public est pervers: seuls 20% sont des travailleurs fixes, les 80% restants risquent à tout moment de devenir chômeurs et chômeuses, sans recours ni à des indemnisations et ayant juste le droit de manger. à tour de rôle, tous les deux ans [turnover des précaires]. C’est cette situation qu’offre le régime à ses patrons capitalistes en mettant en évidence ce destin et dessein manifestes: les travailleurs formés fixes et ayant des droits limités deviennent une minorité, en voie d’extinction.

L’égalité du travail est un mythe, le travail temporaire, le chômage forcé s’alimente de licenciements unilatéraux, d’évaluations punitives, d’avis conformes et d’instructions administratives. Ce qui constitue un contexte suscitant peur et désespoir.

La flexibilisation actuelle du travail dépasse de loin les aspects négatifs de la tertiarisation (sous-traitance) qui était déjà en vigueur. Les travailleurs pouvaient encore connaître une relative stabilité et un salaire égal. Les droits d’organisation et de syndicalisation avaient été réduits, mais cela n’avait jamais atteint le stade actuel, où, avec l’externalisation des services, l’Etat devenu le premier acteur de la sous-traitance.

logo-montecristi-vive1Du temps du mouvement Montecristi [mouvement revendicatif de la région de Montecristi dont Alberto Acosta a été l’un des animateurs] existait l’espoir de mettre fin à la tertiarisation, et on ne pouvait pas imaginer que l’Etat deviendrait le nouveau «tertiarisateur» et le grand précarisateur de la stabilité relative du salariat, avec tous les éléments fascistoïdes d’un modèle autoritaire qui ne sait, ni ne peut ni ne veut dialoguer.

Les points qui démontrent que la politique du «marché du travail» du gouvernement est régressive sont nombreux, notamment: les attaques contre les revenus des travailleurs (sans toucher aux profits des capitalistes) ; la terreur sur les lieux de travail, qui a limité les contrats collectifs, les avancées dans le domaine des droits sociaux et les possibilités d’accès à l’organisation syndicale; le chantage pour l’obtention d’un emploi; la Ley Organica du Service public, qui a impliqué des licenciements massifs; le Décret 813 qui a établi les Renoncements obligatoires volontaires [renoncement à un emploi contre une indemnisation, ce qui concerne en particulier les fonctionnaires].

En même temps, les mécanismes d’évaluation des travailleurs, surtout qualifiés (médecins ou enseignants), sont dépourvus de fondements techniques, dépendent de l’arbitraire des autorités politiques et sont fondés sur des entretiens subjectifs ou des évaluations individuelles dirigées. Elles visent à disqualifier et à évincer des salarié·e·s, donc à supprimer des postes. Les personnages médiocres et opportunistes qui gouvernent cette machine infernale sont les mêmes qui sont largement responsables de la crise et qui sont suspectés de corruption.

Alors qu’en Europe des syndicats luttent encore pour la réduction de la journée de travail et qu’il serait raisonnable de travailler moins pour que tous puissent travailler, c’est la tromperie qui modèle ladite «révolution citoyenne» et qui s’impose dans le débat.

Le FUT (Front unitaire des travailleurs) est peut-être en train de tomber dans le piège. Le FUT devait se battre pour la réduction de la journée de travail à six heures, sans diminution du salaire. Il se devrait d’agir davantage dans le sens d’une solidarité de classe, en incorporant plus de gens de l’armée industrielle de réserve (chômeurs et chômeuses). Le FUT devrait démontrer que la seule solution valable pour surmonter la crise est la répartition de la production entre un plus grand nombre de travailleurs ayant des droits égaux, plutôt que de réduire le salaire-travail pour «sauver» des emplois, ce qui correspond non seulement à un modèle dépassé et qui sert à masquer le démantèlement des droits ainsi que l’accroissement la production de plus-value et de son appropriation.

La voracité bureaucratique inefficiente et la voracité capitaliste efficiente ne permettent pas une sortie à la crise, et les travailleurs doivent agir sans reculer. C’est le gouvernement qui recule et se trouve sur un toboggan.

La mobilisation est indispensable et doit se poursuivre, mais il faut en outre impulser l’organisation avec une plateforme plurielle pour reconstruire la démocratie en partant de la démocratie sur le lieu de travail et sur le plan social. On doit répondre à une de culture d’enfermement avec davantage de démocratie dans les organisations et, pour ce qui est du cadre de nos activités, on ne doit plus se sentir épié par le pouvoir, mais, au contraire, surveiller le pouvoir dans tous ses aspects.

Il y a une chose que le régime ne propose pas et que la bourgeoisie industrielle ne demande pas. Il serait possible et souhaitable de réduire la journée de travail, et comprimer le salaire des hauts fonctionnaires, ceux qui défilent par milliers comme une caste de grands patrons ignominieux.

Ils sont inutiles, ils embarrassent, ils sont autoritaires et ne donnent aucun conseil, ils retardent les processus et les services qui ne sont déjà plus de libre accès, mais de libre recyclage. On peut s’en passer, il faut les licencier volontairement-obligatoirement (selon le Décret 813) et avec une indemnisation de dignité (avec des réductions pour inefficacité).

Autrement dit, il s’agit, avec les forces des travailleurs et travailleuses, de briser les lois des exploiteurs. (Article publié sur le site La Línea de Fuego, Quito, le 1er mars 2016, traduction A l’Encontre)

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