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A l'encontre

La Brèche

Cuba. L’ancienne gauche internationale et la nouvelle droite cubaine

Publié par Alencontre le 16 - octobre - 2013
«Le luxe pointe son nez à Cuba» (AFP, 21 mars 2013)

«Le luxe pointe son nez à Cuba» (AFP, 21 mars 2013)

Par Pedro Campos

Le processus révolutionnaire cubain a toujours compté sur la solidarité de la gauche internationale dans sa lutte contre les menaces d’agression impérialiste et le blocus criminel. Ceux qui à Cuba continuent de lutter pour l’avancement du socialisme, pour une société sans exploiteurs ni exploités, doivent continuer à compter sur cet appui.

Une partie toutefois de cette gauche internationale–  la «Vieille gauche» qui n’a pas réussi à s’adapter au rythme des temps nouveaux – semble n’avoir pas pris conscience que ce processus a subi un essoufflement économique et politique, non à cause du blocus ni des menaces impérialistes, mais en conséquence de la résistance à la démocratisation de la politique et à la socialisation de l’économie du gouvernement-parti-Etat.

Ce sont ceux qui ne voient pas, ne veulent pas voir ou ceux que cela arrange de ne pas voir qu’il y a à Cuba un mouvement mené par la même direction dite historique qui est depuis plus d’un demi-siècle au pouvoir et qui continue à essayer de perpétuer le modèle politique raté qu’a été le modèle russe néostalinien, mais avec de légères réformes de type pro-capitaliste.

Ces réformes [voir à ce sujet l’article de Leonardo Padura publié sur ce site en date 30 janvier 2013] sont censées créer les conditions qui permettent à l’élite bureaucratique et à ses descendants de se transformer en patrons des grandes entreprises rentables (tourisme, biotechnologie, commerce) sur la base d’un nouvel engagement avec le nouveau capitalisme national naissant (le petit comme le moyen) et le grand capital international. Quelque chose de semblable à ce qui s’est passé en Russie.

En langage clair, c’est par leur lien étroit avec le pouvoir et au moyen de l’exploitation salariale des travailleurs et travailleuses ainsi par leurs actuelles initiatives et leur conjuration avec le capitalisme privé national naissant et le grand capital étranger que ceux qui détiennent le pouvoir politique à Cuba ont peu à peu évolué en une Nouvelle droite.

Cette élite est cependant composée de personnes différentes de celles de la Droite traditionnelle installée principalement à Miami (Etats-Unis), même si les objectifs des uns et des autres sont très semblables. On ouvre grand la porte du pays au pouvoir du capital privé national et international et on a recours aux mêmes moyens et méthodes: réduction de l’argent consacré au capital variable (travail), fermeture d’entreprises, réduction du personnel et des salaires, limitation des droits des travailleurs en faveur de leurs employeurs et autres mesures bien exposées dans les réformes dites «d’actualisation du socialisme».

Il y a deux pôles capitalistes qui luttent pour le pouvoir à Cuba. Entre les vieux capitalistes et ceux qui aspirent nouvellement à le devenir en agissant et en vivant, de fait, comme des bourgeois. Entre ceux qui ont été expropriés et ceux qui les ont expropriés on vit en cercle fermé et on ne cherche pas à donner de moyens de production aux travailleurs.

Et là, au milieu, il y a une grande masse qui ne veut ni revenir à l’époque honteuse où elle était sous le contrôle de la Droite traditionnelle, ni être maintenant exploitée par cette Nouvelle droite qui ose se déclarer héritière unique de la Révolution que nous avons été toutes et tous à faire.

Quant à l’attitude de cette partie ancienne de la gauche internationale, elle peut être motivée par son affinité idéologique avec le néo-stalinisme, par son désir de continuer à recevoir les faveurs du gouvernement cubain, par un manque d’information ou simplement par une conception erronée de la solidarité révolutionnaire.

Pour toutes ces raisons, elle n’a pas compris qu’une grande partie de l’opposition rencontrée par le gouvernement de Cuba n’était pas générée par l’impérialisme ni par la droite de Miami (ce que le gouvernement cubain, ses médias et ses porte-parole internationaux aiment à faire entendre), mais par sa propre action économique et politique. Par sa manière abusive d’exploiter les travailleurs cubains comme les membres de professions issues d’une formation universitaire, par les limitations de la liberté individuelle, par son modèle antidémocratique de gouvernement, par le manque de liberté d’expression et d’association et par ses actions inutilement violentes contre les opinions différentes, que celles-ci viennent de la droite, du centre ou de la gauche.

Et bien sûr que la Droite traditionnelle, appuyée par l’impérialisme, profite médiatiquement de toutes les erreurs et violations des droits des citoyens que la Nouvelle droite commet. Mais ce n’est pas parce que la Droite traditionnelle et l’impérialisme utilisent ces éléments dans leurs campagnes contre le gouvernement maintenant contrôlé par la Nouvelle droite cubaine que ces choses cessent de constituer des violations contre les droits des Cubains.

Je ne demande pas que ce secteur de la gauche internationale suspende sa solidarité avec le processus révolutionnaire cubain, lequel va bien au-delà des gouvernants actuels qui se sont convertis en Nouvelle droite. Nous qui luttons pour le socialisme avons besoin que cette solidarité se renforce.

Pedros Campos

Pedro Campos

Mais cette gauche internationale, si elle est cela en réalité, devrait réviser son point de vue biaisé sur la situation des droits de l’Homme à Cuba et rediriger son appui en direction de la critique que porte la gauche socialiste et démocratique cubaine à l’égard de la droitisation économique et politique de l’actuel gouvernement. Cette gauche devrait affirmer également son soutien à la réalisation de véritables changements profonds en faveur de la socialisation et de la démocratisation et dénoncer la répression exercée par le pouvoir de l’Etat contre la pensée politique différente.

Si tel n’est le cas, cette solidarité continuera à se faire avec un Etat toujours plus éloigné des idéaux libertaires et démocratiques qui ont inspiré le triomphe révolutionnaire de 1959 et qui sont aujourd’hui très éloignés des vrais intérêts du peuple cubain dans son ensemble.

Et où se trouverait alors la solidarité avec le peuple cubain, avec ses travailleurs, avec les réprimés, ceux qui ne sont ni le gouvernement, ni le parti, ni l’Etat ?

Chacun est libre de penser et d’agir comme il le juge bon, mais personne qui se considère de gauche n’a le droit de ne pas reconnaître les violations commises contre les citoyens et citoyennes par les gouvernants, même si ceux-ci s’autoproclament révolutionnaires, socialistes ou de gauche, alors qu’en réalité ils mènent des politiques de droite. Et on a encore moins le droit d’essayer de disqualifier ceux qui critiquent ces agissements.

Si un quelconque doute subsiste, que l’on regarde l’actuel avant-projet du Code du travail qui essaie d’être imposé aux travailleurs grâce à la CTC [Central de Trabajadores de Cuba] officielle, qui n’a bien sûr rien à voir avec celle de Lazare, Jésus et Aracelio, des ouvriers, des noirs et des communistes, véritables défenseurs des intérêts des travailleurs contre le capital avant le triomphe de 1959. C’est une démonstration claire de la défense des droits des employeurs (ou, pour être plus clair, des exploiteurs d’Etat ou privés du travail salarié), au mépris des droits des ouvriers et sans même une seule allusion au fait que ce sont les travailleurs qui – formellement – administrent, possèdent ou dirigent leurs centres de production ou les services.

La Droite traditionnelle et la Nouvelle droite représentent à Cuba le passé, les temps de la Guerre froide, la confrontation entre les deux grandes puissances, les Etats-Unis et l’URSS. Le futur ne leur appartient pas. Des nouvelles vagues de jeunes et de vieux lutteurs pour le socialisme, pour la démocratisation du système, pour la libération des forces productives, pour la liberté individuelle, pour la libre expression et le droit d’association sont en train de s’opposer à cette Nouvelle droite qui, de même que la Droite traditionnelle, risquent par leurs politiques de mettre Cuba au bord de l’annexion réelle ou virtuelle par le voisin du Nord.

Les Droits de l’Homme sont ce qu’ils sont. Ils ne sont ni de droite ni de gauche et leur violation doit être condamnée par la gauche quel que soit le lieu de violation. Ou alors va-t-on tomber dans les mêmes politiques du deux poids deux mesures que l’on critique dans l’impérialisme? (Traduction de A l’Encontre, article publié dans le Havana Times, Cuba, le 2 octobre 2013 )

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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