vendredi
6
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Manifestation à Marabá dans l’ Etat du Para

Par Emily Dulce

Ce mardi 13 août 2019, tout au long de la journée, des Brésiliens et Brésiliennes sont descendus dans la rue pour la défense de l’éducation publique et contre la réforme du système des retraites. Des milliers d’étudiant·e·s, d’enseignant·e·s, de syndicalistes, de travailleurs/travailleuses et de militant·e·s de mouvements populaires ont dénoncé les contre-réformes du gouvernement de Jair Bolsonaro (Parti social libéral). Le troisième «tsunami de l’éducation» a provoqué des mobilisations dans 25 Etats brésiliens, en plus du District fédéral (Brasilia). Selon le décompte de la Confédération nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE), il y a eu des manifestations dans plus de 207 municipalités brésiliennes.

Comme lors des manifestations massives précédentes, les 15 et 30 mai, le rejet des coupes budgétaires du ministère de l’Education et celui de la contre-réforme du système des retraites se poursuivent. La nouveauté de cette journée est la protestation contre le projet «Future-se» [en portugais], qui prévoit la création d’un fonds de R$ 102’000 millions [27 milliards de dollars] pour attirer des investissements privés dans les établissements d’enseignement supérieur du pays.

Les recteurs, les anciens ministres de l’Education et d’autres spécialistes affirment que le projet de loi menace l’autonomie budgétaire des universités ainsi que la gratuité de l’enseignement supérieur public.

A Salvador (Bahia), le «Tsunami de l’éducation» a rassemblé quelque 35’000 étudiants, enseignants, fonctionnaires et membres de la société civile dans la rue contre le démantèlement de l’éducation et pour la défense des pensions. Toujours dans la région du Nord-Est, à João Pessoa, capitale de Paraíba, l’Association brésilienne des juristes pour la démocratie a participé aux manifestations avec 15’000 étudiants et professeurs. A Alagoas, la manifestation a eu lieu dans la capitale de l’Etat, Maceió, où plus de 12’000 personnes sont descendues dans la rue.

A Brasilia (District fédéral), capitale du pays, la manifestation s’est déroulée en même temps que la première marche des femmes indigènes, avec un rassemblement devant le Congrès national.

A Curitiba, capitale du Paraná, 10’000 personnes sont descendues dans la rue pour défendre l’éducation. A Porto Alegre, il y avait 30’000 manifestant·e·s. La carte ci-dessous montre toutes les municipalités brésiliennes où des manifestations ont eu lieu le 13 août.

 

 

La journée de mobilisations a été organisée par l’Union Nationale des Etudiants (UNE), qui a déjà exprimé sa position contre le programme. Selon l’UNE, ce programme a pour objectif la privatisation et doit être combattu.

Au-delà des manifestations de rue d’aujourd’hui, qui ont rassemblé étudiants, professeurs et fonctionnaires, l’Union nationale des étudiants a annoncé qu’elle chercherait à élargir son soutien populaire, parlementaire et académique pour présenter au Congrès national un projet de loi visant à garantir les investissements dans l’éducation malgré le gel des dépenses publiques et à annuler les réductions budgétaires des universités publiques et instituts fédéraux.

Catia Barbosa, professeur à l’Université Fédérale de Fluminense (UFF), a participé à la manifestation de Rio de Janeiro et a dénoncé l’absence de dialogue de la part du ministère de l’Education pendant l’élaboration du «Future-se»: «Le projet est sorti de la pénombre. En quelques mois seulement, après que le nouveau ministre s’est installé au gouvernement [Abraham Weintraub a remplacé Ricardo Vélez Rodriguez, «licencié» par Bolsonaro en avril 2019], il lance déjà une proposition comme celle-ci, complètement immature et sans discussion avec la communauté scientifique, un projet qui tue la science brésilienne, l’enseignement supérieur et l’espoir de nombreux jeunes de pouvoir compléter une éducation publique au Brésil», a-t-elle déclaré dans un entretien avec Brasil de Fato.

A São Paulo, environ 100’000 personnes ont participé à la manifestation. La police militaire a mis en place un cordon de police et a forcé les manifestants à arrêter la marche à plusieurs reprises. Larissa Carvalho Mendes, étudiante en construction civile à l’Ecole de technologie de São Paulo (Fatec-SP), était présente et a indiqué l’importance de l’université publique dans sa vie et dans celle de ses amis. «Ce sont vraiment des personnes qui doivent avoir un emploi pour pouvoir suivre même l’université publique. Nous savons que les coûts ne sont pas, même actuellement, très abordables. Au sein de la Fatec, nous n’avons pas tant de politiques d’inclusion sociale, nous n’avons pas de réfectoires, d’aide au séjour. C’est pourquoi nous venons aussi à réclamer tout cela. S’il est déjà difficile aujourd’hui de rester dans d’une université d’Etat, avec des frais de scolarité imposés par le privé, ce sera impossible», a-t-elle expliqué. (Article publié dans Brasil de Fato le soir du 13 août, dans une version résumée, en langue espagnole; traduction rédaction A l’Encontre)

 

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A la veille des grèves et mobilisations en France, dont le «début» est annoncé pour le 5 décembre, il nous paraît fort utile de tracer les lignes de force traçant la situation du syndicalisme français. Les travaux de Sophie Béroud sont présentés au début de cette vidéo. Nous citerons ici deux ouvrages auxquels a participé Sophie Béroud: «Sociologie politique du syndicalisme», Armand Colin, 2018, et «Quand le travail se précarise, quelles résistances collectives?», La Dispute, 2009.

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