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Brésil. Les manifestations de la droite et le débat dans la gauche

Publié par Alencontre le 9 - décembre - 2016

brazilPar Esquerda online

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue ce dimanche 4 décembre 2016 pour protester contre le Congrès et en défense de l’opération Lava Jato (contre la corruption liée, entre autres, à Petrobras). La mobilisation a été beaucoup moins importante que celle qui a eu lieu lors de l’impeachment de Dilma, mais elle a été très largement diffusée dans les grands médias, en particulier dans le programme de la chaîne Globo.

La police militaire, qui voit toujours d’un bon œil ces manifestations de la droite, a estimé qu’il y avait quelque 15’000 participants sur l’avenue Paulista à Sao Paulo. Dans d’autres grandes villes comme Rio, Curitiba et Porto Alegre, la mobilisation n’a pas dépassé les 10’000 personnes. Même si elles sont loin d’être insignifiantes, ces protestations dirigées par le mouvement Brasil Libre (MBL), Vem Pra Rua [Descends dans la rue] ou des groupes favorables à la Dictature militaire [référence au passé], n’ont pas réussi à attirer les troupes de la classe moyenne qui tapaient sur les casseroles quelques mois auparavant en faveur de l’impeachment de la présidente Dilma Rousseff.

Cependant, les rassemblements de dimanche affichaient bien une continuité avec le mouvement massif de la droite organisée qui est entré en scène en mars 2015. Avec des banderoles, des T-shirts et des pancartes qui proclamaient un soutien démonstratif au juge Sergio Moro [juge fédéral qui conduit l’enquête sur le «scandale politico-financier» lié à Petrobras et à d’autres grandes sociétés; S. Moro a fait de Lula «sa cible» politique], les manifestants se sont placés du côté du pouvoir judiciaire face au Congrès de voleurs dirigé par Renan Calheiros [président du Sénat et depuis le 1er décembre inculpé pour détournement de fonds] et Rodrigo Maia [président de la Chambre des députés depuis juillet 2016]. Le gouvernement de Michel Temer (PMDB – Parti du mouvement démocratique brésilien), de son côté, est «préservé», ce qui démontre, qu’au moins pour le moment, les dominants ont intérêt à maintenir le président putchiste.

Les protestations réactionnaires et la gauche socialiste

Certains secteurs de la gauche jouent dangereusement avec le soutien à ces manifestations. Ils suggèrent que, malgré le caractère réactionnaire de leurs directions, ces protestations auraient un rôle progressiste.

Nous considérons qu’il s’agit là d’une grave erreur. Les interventions organisées par la droite, avec son programme néolibéral et raciste, sa direction bourgeoise, son idéologie anti-communiste et sa composition sociale – qui repose sur la classe moyenne aisée – sont profondément réactionnaires.

Le MBL et Vem Pra Rua utilisent la bannière du combat contre la corruption – revendication démocratique ayant un fort impact sur la classe moyenne – pour paver le chemin à des sorties politiques réactionnaires.

La gauche socialiste doit effectivement présenter un programme concret contre la corruption, mais à partir d’une perspective anticapitaliste. Nous ne pouvons pas laisser cet agenda aux mains de la droite: nous devons effectivement nous battre pour capter l’écoute de secteurs de la classe moyenne en colère contre la pourriture politique. Nous connaissons aussi le rôle tragique qui a été celui de la direction du PT (Parti des travailleurs), laquelle immergée dans la corruption capitaliste a avili le nom de la gauche dans l’imaginaire populaire, laissant ainsi la place à la croissance d’une nouvelle droite.

Néanmoins nous considérons que la gauche qui se «mélange» avec la droite et l’extrême droite pour contrer ce processus de corruption – en se servant de leurs consignes et de leur langage – et qui attribue de la sorte un signal positif à ces actions est condamnée à l’échec.

Il faut reconnaître qu’il existe un mouvement de masse de la droite, dirigé par la bourgeoisie et composé des secteurs de la classe moyenne aisée qui ont viré à droite. C’est justement ce bloc politico-social qui a soutenu le coup parlementaire. Actuellement il se positionne contre Renan Caldeiros et en faveur de Moro. A l’avenir, il pourrait, selon l’évolution du contexte politique, demander la tête de Temer. Mais même dans ce cas, ce mouvement continuera à avoir un caractère réactionnaire. Il ne sera possible de diviser la classe moyenne en entraînant un de ses secteurs vers un mouvement progressiste que si les travailleurs/travailleuses et les jeunes entrent en action de manière indépendante, en présentant à la nation leur propre programme de sortie de la crise et de développement du pays.

Oui, il est nécessaire d’articuler la lutte contre l’ajustement néolibéral avec l’agenda démocratique de combat anti-capitaliste contre la corruption. Mais il faut avoir le courage de dire aux travailleurs que le principal problème du pays n’est pas la corruption, mais l’exploitation, le chômage et l’ajustement bourgeois. Il faut avoir le courage de dire que l’opération Lava Jato ne mettra pas fin à la corruption. Ce n’est d’ailleurs pas son véritable objectif qui est de générer une sortie régressive de la crise. Il faut avoir le courage de dire que Moro et ses hommes sont soumis aux intérêts impérialistes de pillage du Brésil, les mêmes intérêts qui ménagent le PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne) et piétinent les droits démocratiques fondamentaux en opérant une escalade autoritaire et répressive.

La gauche qui capitule devant l’offensive réactionnaire de l’opération Lava Jato et devant les manifestations de la droite, en semant l’illusion qu’il est possible de vaincre à l’intérieur du camp de l’ennemi lorsque celui-ci a une large popularité dans les masses, désarme l’avant-garde face aux tâches difficiles et complexes actuelles. (Article publié sur le site Esquerdaonline; traduction A l’Encontre)

Postscriptum

Un juge du Tribunal suprême a suspendu temporairement Renan Calheiros (PMDB), le président du Sénat. La semaine passée il avait été poursuivi pour corruption. Le magistrat Marco Aurelio Mello a accepté une demande du parti Rede Sustentabilidad (dont la porte-parole est Marina Silva, l’ancienne ministre de l’Environnement du premier gouvernement Lula) et a argumenté que, puisqu’il avait été poursuivi, Calheiros ne pouvait pas être président du Sénat. En effet, ce poste implique, au cas où Temer perdrait son poste de président, de lui succéder. Le Tribunal suprême a accepté la dénonciation du bureau du procureur qui accuse Calheiros d’avoir reçu des pots-de-vin de l’entreprise de construction Mendes Junior afin de verser une pension à une fille qu’il a eue hors mariage. Calheiros sera remplacé par le vice-président du Sénat, Jorge Viana, du Parti des travailleurs, mais conservera son siège de sénateur. Outre la question de la pension pour sa fille, Calheiros est mis sous enquête dans une douzaine de dossiers, dont la plupart sont liés au réseau de corruption qui a fonctionné pendant plus d’une décennie dans l’entreprise étatique Petrobras.

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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