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Brésil. Les derniers instants

Publié par Alencontre le 31 - août - 2016

Dilma-RousseffPar Henrique Carneiro

Après des mois, la mise en accusation (pour destitution: impeachment) prend fin. Dilma Rousseff, dans son discours devant le Sénat, a réfuté d’un point de vue juridique l’absence totale de légitimité des allégations portant sur un «maquillage» des comptes du budget [avant l’élection pour son deuxième mandat].

Cependant, en affirmant qu’elle n’a pas été complice du pire de la politique au Brésil, elle n’a pas dit la vérité. Ce sont ses propres anciens alliés qui vont maintenant voter pour mettre fin à son mandat, parmi lesquels se trouvent d’anciens ministres.

Oui, elle s’allia avec le pire de la politique au Brésil, de Paulo Maluf [leader du Parti progressiste, héritier de l’ARENA, le parti du «pouvoir» durant la Junte militaire et impliqué dans diverses affaires de corruption] à Fernando Collor de Melo [président de 1990 à 1992 et destitué pour corruption en septembre 1992], en passant par les partis physiologiques [au Brésil, l’expression renvoie aux partis qui se structurent et vivent de l’argent public provenant de leurs charges] et les partis fondamentalistes évangéliques, et surtout avec le PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), son partenaire de longue date.

Pourquoi ne pouvait-elle pas faire une autocritique portant sur ces alliances? Parce que ces alliances continuent!

Même face à l’impeachment, le Parti des Travailleurs (PT) perpétue son alliance avec les partis comploteurs! Dilma Rousseff ne s’est pas enrichie personnellement, ce qui la distingue réellement de la vénalité explicite de la plupart de ceux qui la condamnent.

Mais elle n’a pas rompu ses alliances avec le pire de la politique brésilienne, avec les plus effrontés des corrompus, avec les oligarques les plus anciens, avec le système politique auquel elle s’est adaptée.

La chose la plus triste est que le rôle majeur du PT consista à neutraliser la mobilisation populaire, et à réduire le mouvement social à la fonction d’une simple base électorale.

Allié à la bourgeoisie et à ses représentants, le PT a de même rempli son rôle visant: à abaisser les attentes populaires, à promouvoir les profits des secteurs les plus prédateurs de l’agrobusiness, des mines et du capital financier; à forger une législation répressive. Aujourd’hui, au moment où le PT a perdu son utilité en tant que partenaire du grand capital, il n’existe quasiment pas de mouvement de mobilisation pour sa défense.

Le gouvernement est tombé sous les coups d’une «révolution de palais», conçue par ses propres alliés et, pourtant, il continue lors des prochaines élections municipales à maintenir des alliances avec ces mêmes partis physiologiques et perfides, comme l’alliance de Fernando Haddad [PT, maire de São Paulo] à São Paulo avec le PR (Parti de la République) de Magno Malta [pasteur évangélique, sénateur] et Tiririca [selon son nom d’humoriste et député de l’Etat de São Paulo].

Il n’y a aucun moyen de défendre le PT qui perpétue les mêmes stratégies, physiologiques et conciliantes, ce qui le conduit à l’effondrement.

L’espoir est maintenant que le mouvement «Dehors Temer» [l’ex-vice-président, président par intérim, et devant occuper le poste de Dilma Rousseff] augmente et que lors des prochaines élections (municipales), le vote pour le PSOL (Parti du socialisme et de la liberté), pour le PSTU (Parti socialiste unifié des travailleurs) et pour le PCB (Parti communiste brésilien) indique une voie afin de surmonter les illusions dans le PT. (Article publié sur le site Correio da Cidadania, le 29 août 2016; traduction A l’Encontre)

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Henrique Carneiro est militant et professeur à l’USP (Université de São Paulo). Article publié sur Blog de Convergence socialiste et repris par Correio da Cidadania.

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Les lecteurs et lectrices pourront trouver en cliquant sur ce lien le discours de Dilma Rousseff (en brésilien) fait devant le Sénat: «Je crains la mort de la démocratie»
http://www.pt.org.br/em-discurso-no-senado-dilma-diz-temer-a-morte-da-democracia/

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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