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Brésil. Le rugissement venu de la rue

Publié par Alencontre le 15 - juillet - 2013

imagesPar Ernesto Herrera

Des millions de personnes ont protesté dans la rue. Cela dans plus de 400 villes du pays. Les mobilisations de juin marquent un tournant qui peut être d’une durée prolongée. Ce sont les premières grandes manifestations depuis 1992 quand le président Fernando Collor de Melo fut destitué pour corruption.

Deux décennies plus tard, les choses sont très différentes. Le Parti des travailleurs (PT) n’est pas dans l’opposition: aujourd’hui, il préside – depuis 2003 – une coalition gouvernementale avec des partis historiques de la bourgeoisie. Alors que la Centrale unique des travailleurs (CUT) a abandonné l’étendard du «syndicalisme de classe». Actuellement, la CUT, entre autres par le biais de l’administration des fonds de pension, est une alliée du capital financier et des transnationales brésiliennes.

La même année où Lula est arrivé au gouvernement, plus de 40’000 jeunes sont descendus dans les rues de Salvador (Etat de Bahia) contre l’augmentation du prix des transports urbains. Cette mobilisation de dix jours est connue sous le nom de «Revolta do Buzu» (cela fait référence aux autobus). L’année suivante, en 2004, une autre mobilisation massive s’est développée à Florianopolis (Etat de Santa Catarina). Ce fut une lutte contre les prix élevés des transports. Elle avait comme nom la révolte des «Catracas» (tourniquets, barrière tournante pour l’entrée dans le métro).

Durant le Forum social mondial de Porto Alegre (2005) fut créé le Mouvement pour le transport gratuit (MPL). Ce mouvement était formé de petits groupes d’autonomistes qui rejetaient les organisations politiques hiérarchiques et centralisées dépendant de l’Etat et du gouvernement, organisations hégémonisant le terrain populaire. Presque simultanément au MPL se créaient le Mouvement des travailleurs sans toit (MPST) [1] et le Mouvement des travailleurs sans emploi (MTD). L’organisation des luttes sociales commençait à déborder les barrières du syndicalisme traditionnel. Au cours de diverses luttes ponctuelles, ces «nouveaux mouvements» convergeaient avec les luttes du Mouvement des travailleurs ruraux (MTR).

Lors des manifestations de juin 2013, le petit MPL (quelque 50 militant·e·s à São Paulo) a agi comme un détonateur. Son mot d’ordre «Tarifa Zero» (transports publics gratuits) est entré en syntonie avec l’indignation de millions de personnes qui souffraient de l’augmentation du coût de la vie et des conditions déplorables des transports publics. La répression brutale de la Police militaire à São Paulo et Rio de Janeiro n’a fait que mettre de l’huile sur le feu: ce qui commença avec une revendication portant sur les transports publics s’est converti en un rugissement populaire qui s’est étendu à tout le pays. La «plateforme» de revendications s’est élargie: santé, éducation, bataille contre la corruption institutionnelle, etc.

attachmentDans quelques Etats, le prix des transports fut diminué (il repassa de 3,40 reais à 3 reais, soit d’environ 1,45 à 1,28 franc). Voilà une première «concession» aux manifestants. Puis il y eut seulement des promesses: 1° une «réforme politique» qui est déjà morte (le gouvernement de Dilma Rousseff dépend des alliances avec les partis de droite traditionnelle dans le Congrès, partis qui ont rejeté la proposition); 2° une loi anti-corruption; le pouvoir judiciaire dit lui-même qu’elle est inapplicable; 3° enfin, Dilma Rousseff a promis de distribuer un certain pourcentage des dividendes de Petrobras pour les «investir» dans «les politiques sociales», précisant que ce ne sera le cas que lorsque le résultat financier de Petrobras le permettra, alors que ce géant doit effectuer des investissements importants pour la recherche pétrolière en eau très profonde (pré-sal).

Le 11 juillet, toutes les confédérations syndicales sont «entrées en scène». Les huit centrales syndicales existantes ont convoqué un «jour national de lutte». L’adhésion des travailleurs et travailleuses fut importante dans les centres industriels, dans les banques, dans les entreprises publiques et dans les transports [2]. Des milliers de personnes ont participé à des manifestations dans les grandes villes. Une autre journée de lutte a été convoquée pour le mois d’août; cette fois, elle a pour intitulé: «Le jour de la paralysie» [des villes]. Les centrales syndicales alliées au gouvernement, avant tout les deux principales, la CUT et la Force syndicale, se sont refusées à caractériser cette journée comme un moment de grève générale. En réalité, elles espèrent qu’avec ces mobilisations la pression sociale diminuera et qu’il n’y aura pas d’avancée en direction d’un affrontement social et populaire avec le gouvernement. Seule Conlutas-Centrale syndicale et populaire (CSP) propose d’organiser, véritablement, un jour de grève générale qui s’articule avec des marches et des mouvements de protestation à l’échelle du Brésil.

En moins d’une semaine, Dilma Rousseff a perdu 20% dans les enquêtes d’opinion. Sa réélection en 2014 n’apparaît, désormais, plus certaine. Les partis bourgeois historiques de la coalition gouvernementale font déjà leurs comptes, ils additionnent et soustraient; ils n’écartent pas la possibilité de présenter leur propre candidat à l’élection présidentielle.

L’hégémonie «pétiste» (du PT) s’est affaiblie. D’autant plus que les principaux dirigeants du PT commencent à négocier l’unique proposition, selon eux, qui permettrait au gouvernement de sortir de la crise et d’assurer un troisième mandat présidentiel au PT. Un mot d’ordre se trouve dans la bouche de quasi tous les cadres du PT: «Que Lula revienne»! (15 juillet 2013)

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[1] En 2011, ce mouvement a organisé une résistance et opposition contre l’expulsion des travailleurs sans toit qui occupaient des terrains et des maisons, travailleurs et travailleuses qui luttaient contre les effets de la spéculation immobilière dans le quartier Pinheirinos, dans la périphérie de São Paulo. Les plans dits de modernisation urbaine étaient liés à des opérations immobilières en relation avec l’organisation des Jeux olympiques de 2016.

[2] Dans des villes comme São Paulo, Belo Horizonte, Rio de Janeiro, la paralysie de la ville fut importante, bien que de manière inégale selon les différents quartiers de ces mégalopoles. A Porto Alegre, il y a eu une vraie grève générale. Dans cette même ville, une manifestation a été organisée par Conlutas, PSOL, PSTU et autres organisations sociales: elle a réuni 3000 personnes. D’autre part, la CUT et Force syndicale, syndicats liés au gouvernement de Dilma Rousseff, ont organisé une marche avec moins de 2000 personnes. Toutefois, le mot d’ordre de ce syndicalisme officiel était d’appuyer la «réforme politique» proposée par Dilma Rousseff, proposition que le législatif a déjà rejetée.

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