jeudi
25
avril 2019

A l'encontre

La Brèche

Meeting de masse d’Haddad à Rio de Janeiro

Par rédaction La Diaria

Un nouveau sondage sur les intentions de vote, publié mardi 23 octobre [voir sa reproduction au-dessous de l’article publié sur ce site en date du 24 octobre 2018], a montré une très légère remontée du candidat du Parti des travailleurs (PT) aux élections brésiliennes, Fernando Haddad, tout en réduisant quelque peu le soutien apporté à son rival, le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro (Parti social-libéral).

[Ce dernier refuse tout débat final, à temps égal, avec Haddad au prétexte que sa colostomie – la déviation du côlon à l’abdomen (avec une poche), afin de permettre l’évacuation des selles – effectuer de suite à son agression à coups de poignard, le 6 septembre 2018, pourrait dysfonctionner durant ce débat. Ce qui ne l’empêche pas de faire un très large usage des réseaux sociaux: 1° Facebook pour s’adresser à sa base (8 millions de «followers», qui rejettent les grands médias, sur un ton calomniateur et radical; un des regroupements qui joue un rôle dans la campagne de Bolsonaro se nomme Mouvement Brésil libre (MBL), il a été très actif dans l’organisation des manifestations en 2015-16 pour la destitution de Dilma Rousseff; 2° Twitter pour répondre rapidement, à la Trump, sur des problèmes dits immédiats; 3° WhatsApp, pour toucher un grand nombre de potentiels électeurs et électrices, cela sur un ton un peu plus modéré. Les indications selon lesquelles le groupe industriel au nom de Raposo Fernandes Associados avait acheté des millions d’adresses a contraint Facebook a fermé 43 comptes liés à ce groupe, car cela aboutissait à des spams, soit le renvoi en nombre à d’autres adresses du message reçu. Cette utilisation des réseaux sociaux s’ajoute à la mobilisation des réseaux, des radios et des chaînes de TV contrôlés par les évangéliques: voir à ce sujet les deux entretiens publiés sur ce site en date du 25 octobre 2018; Réd. A l’Encontre]

Le sondage, réalisé par la société Ibope, a révélé qu’au cours de cette semaine [la troisième d’octobre, avec enregistrements et élaboration des intentions de vote du samedi 20 au mercredi 23 octobre], le candidat du Parti social libéral (PSL) est passé de 59% à 57% de soutien, tandis que le soutien à Haddad est passé de 41% à 43%. Ces données ratifient les résultats d’un sondage publié la veille, préparé par l’institut de sondage MDA (pour la Confédération nationale des transports) s, et enregistrant la première légère avancée du candidat du PT en intentions de vote depuis le premier tour de scrutin qui a eu lieu le dimanche 7 octobre [1].

Haddad a célébré ces résultats le soir même à Rio de Janeiro, lors d’un événement appelé «Ato da Virada» (Meeting de fin de campagne), organisé par des universitaires, des intellectuels et des artistes – entre autres les chateurs Caetano Veloso et Chico Buarque – auquel plus de 70’000 personnes ont participé.

«Il commence à reculer, je commence à grimper et l’espoir commence à grandir», a déclaré le candidat du PT, applaudi par des milliers de personnes au pied des Arcs de Lapa [Aqueduc de Carioca] l’ancien aqueduc de Rio de Janeiro et l’un des symboles les plus représentatifs de cette ville, qui est la plus favorable de son adversaire. «Rien ne sort de lui qui ne soit pas le pire chez l’être humain», ajouta Haddad [2], faisant référence à Bolsonaro.

[Il est utile de préciser, pour qui ne connaît pas Rio que l’Arcs de Lapa se trouve quasi devant l’imposant bâtiment de Petrobras qui est un des acteurs économiques essentiels des opérations de corruption, entre autres des membres du PT. Un choix fâcheux de marketing politique que la presse brésilienne n’a pas manqué de souligner.]

Le candidat du PT a réitéré que, s’il devient président, il créera des emplois et renforcera l’éducation par un projet d’«unité fraternelle et nationale. En même temps, il a souligné qu’«il y a beaucoup de haine et de colère dans les rues» et que le Brésil «n’a pas besoin de plus d’armes parce qu’il y en a trop dans la rue. Ce dont elle a besoin, dit-il, c’est de travail et d’éducation».

Plus tard, sur Twitter, Haddad a renforcé son message de confiance en écrivant : «J’ai une annonce à vous faire: dimanche nous allons gagner les élections. Je n’ai aucun doute sur ce que je dis. Depuis hier, j’ai senti un tournant dans l’air.» Dès lors, le candidat du PT a changé son hashtag de campagne lundi: ce n’est plus #VoteHaddad, mais #ViraVoto (retournez votre vote, votez «à l’envers»).

Dans une autre série de tweets, il visait directement Bolsonaro. «Il n’est pas capable d’affronter un débat. Il est au Congrès depuis 28 ans et vomit de la haine. Je lui souhaite beaucoup de santé parce que, comme il n’a rien appris depuis 30 ans, laissez-le vivre 30 ans de plus pour qu’il puisse apprendre», écrit Haddad.

Le petiste s’est rendu à Rio avec l’objectif de prendre des votes de Bolsonaro sur son propre territoire. En plus de diriger la foule, Haddad a visité Maré, l’un des plus grands complexes de bidonvilles de Rio, et a rencontré des groupes catholiques et juifs [Ils sont outrés, à juste titre par les rapports établis entre Bolsonaro et des dirigeants néonazis, ce que le quotidien israélien Haaretz a mis en relief hier, dans un article du 25 octobre 2018. L’article insistait sur les liens entre Bolsonaro et le «professeur» Marco Antonio membre de l’organisation «Démocratie nationale» (DAP) et qui s’est fait remarquer dans une intervention sur les «droits humains» à Rio, par ses propos qui ne manquait d’une certaine louange à l’égard d’Hitler – Réd. A l’Encontre]

Hier, Haddad est retourné à São Paulo, la plus grande ville du pays et dont il était maire, pour célébrer un nouvel «Ato da Virada» (meeting de fin de campagne). Haddad prévoit de poursuivre ces grands rassemblements et ces réunions de campagne jusqu’à dimanche 28 octobre. Une série de visites de bureaux de vote dans les Etats de Minas Gerais, Pernambuco et Bahia, tous situés au nord de São Paulo, ont été inscrites à son programme.

Avec l’esprit tourné vers l’avenir

Alors que Haddad profite de chaque minute pour interagir avec les gens et aller chercher des votes, Bolsonaro se concentre sur la façon dont son gouvernement éventuel sera formé. La semaine dernière, le candidat d’extrême droite est resté à l’écart des événements publics, arguant qu’il devait prendre soin de lui-même pour guérir les blessures causées par les coups de couteau qu’il a reçus le 6 septembre. Il s’est consacré à recevoir des parlementaires, des hommes d’affaires, des maires et dirigeants qui peuvent lui garantir une bonne «gouvernance» s’il gagne les élections. Sa campagne, cependant, maintient l’intensité dans les réseaux sociaux. Mais la position favorable généralisée qui lui est attribuée par les sondages lui permet de prendre certaines «libertés».

Haddad lui-même a reconnu hier la différence de priorités. «Nous travaillerons jusqu’à samedi pour éviter le pire. Bolsonaro est arrogant. Il prépare déjà la transition avec [l’actuel président brésilien Michel] Temer, mais ce sont les gens qui décident dimanche», a-t-il déclaré sur Twitter.

Plusieurs réunions qui ont eu lieu mardi à la résidence de Bolsonaro ont montré clairement que l’extrême droite pense déjà à son gouvernement. La première était celle qu’il a entretenue avec le président de la Chambre des députés, Rodrigo Maia [il est l’objet d’une poursuite judiciaire pour fait de corruption avec la firme de construction Odebrecht, membre des DEM-«Democratas»], qui s’est rendu sur place pour demander son appui afin de rester en fonction et, en réponse, il a reçu des demandes de vote sur une série de projets de loi.

Ce jour-là, Jair Bolsonaro a également rencontré des maires de différentes régions et des membres du Front parlementaire de la Chambre des représentants pour la sécurité publique – également connu sous le nom de «fraction parlementaire des balles» [favorable à l’armement des gens et au droit de tuer «pour se «défendre»] – qui exigent des mesures sévères contre la criminalité, notamment l’armement des civils et le renforcement de la police.

Le porte-parole de ce groupe, le député Alberto Fraga [DEM : il a été favorable au classement des poursuites pour corruption contre Temer et a attaqué violemment Marielle Franco, assassinée en mars 2018] a déclaré à la presse que le candidat s’était engagé à présenter dès ses premiers jours de mandat un projet visant à assouplir le Statut du désarmement actuel.

A cela s’ajoutent les informations publiées par différents médias sur des conseillers proches de Temer qui étaient en contact avec Bolsonaro afin de discuter de la transition éventuelle et de la possibilité que certains membres du gouvernement actuel restent en fonction. D’autre part, le président du Parti social libéral, Gustavo Bebianno, a reconnu que son candidat devait se rendre à Brasilia la semaine prochaine pour discuter de la transition et que, dans les 48 heures suivant l’annonce officielle du résultat des élections, il nommera les 52 dirigeants qui le représenteront dans ce processus.

Une poignée de soutien

La plupart des partis politiques brésiliens se sont déclarés «neutres» au second tour des élections, y compris certains des plus traditionnels du pays, tels que le Mouvement démocratique brésilien (MDB), dirigé par le Président Temer, et le Parti social-démocrate brésilien (PSDB), dirigé par l’ancien Président Fernando Henrique Cardoso.

Pour leur part, les dirigeants de divers partis ont déclaré leur soutien personnel à Haddad. L’une d’entre elles était Marina Silva, du parti Rede Sustentabilidade, qui a été l’une des grandes perdantes du premier tour, avec 1% des voix. L’ancienne candidate a déclaré lundi qu’elle donnerait son «vote critique» à Haddad et ferait de «l’opposition démocratique», parce que cette candidate «ne prêche pas pour l’extinction des droits des Indiens, la discrimination contre les minorités, la répression des mouvements» ou «l’humiliation encore plus grande des femmes, des noirs et des pauvres», a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Marina Silva a apporté son soutien au candidat du PT bien que son propre parti se soit déclaré «neutre» pour le scrutin, bien qu’il ait recommandé à ses militants de «ne pas voter pour Bolsonaro» en raison de la menace que sa candidature implique «contre la démocratie, l’environnement, les droits civils et le respect pour la diversité». La dirigeante a déclaré que son vote était «critique» parce que, à son avis, le PT a manqué d’autocritique en n’assumant pas «les graves dommages causés par la pratique d’une politique prédatrice, soutenue par le manque d’éthique et par la corruption» révélés par l’affaire de corruption liée à Petrobras.

Luciana Genro, ancienne candidate à la présidentielle et députée actuelle du Parti socialiste et de la liberté (Psol), a également exprimé son soutien à Haddad dans une vidéo qu’elle a publiée sur Twitter ce mardi 23 octobre. Son organisation politique avait déjà déclaré son soutien au candidat du PT, mais cette annonce était originale car elle visait directement l’électorat bolsonarien. «Je suis ici pour vous parler, vous n’êtes pas, personnellement, un fasciste, vous n’êtes pas un défenseur de la dictature, vous n’êtes pas un défenseur d’un régime totalitaire, mais vous pensez voter pour Bolsonaro», dit la dirigeante dans la vidéo. Luciana Genro précise qu’elle n’appartient pas au PT et que, en fait, elle a été expulsée de ce parti en 2003 pour ne pas coïncider avec l’«orientation politique» suivie par le PT. Mais que ce ne sont pas des moments où importe est le «jugement sur le PT», mais une «décision» de soutenir «la mise en place d’une dictature, d’un régime totalitaire, de répression qui persécute ceux qui ne pensent pas comme le gouvernement».

Enfin, et à la surprise de beaucoup, deux rivaux historiques du PT ont déclaré hier leur soutien à Haddad, non pas parce qu’ils sont en accord avec son parti mais parce qu’ils considèrent Bolsonaro bien pire. Il s’agit des anciens gouverneurs de São Paulo, Alberto Goldman (PSDB) et de Pernambuco, Jarbas Vasconcelos (MDB), deux leaders de l’opposition sous les gouvernements PT.

Ces deux partisans ont été annoncés leur position peu de temps après que l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva eut demandé dans une lettre écrite en prison la création d’un «Front démocratique» pour soutenir Haddad et freiner ainsi «l’aventure fasciste» qui allait représenter l’arrivée de l’extrême droite à la présidence. En outre, Lula considérait que le PT «a fait ce qui était le mieux pour le Brésil» et «a contredit les intérêts des puissants à l’intérieur et à l’extérieur du pays». C’est pourquoi, dit-il, certains «tentent de détruire» son image et de «réécrire l’histoire» ainsi que d’«effacer la mémoire du peuple». Finalement, il a dit: «Ils ne vont pas s’en sortir.» (Publié le 25 octobre; traduit par A l’Encontre)

___

[1] Le dernier résultat du sondage de Datfolha indique l’évolution suivante (par votes «validos» sont définies les intentions de vote, à l’exclusion ds votes nuls, blancs et les «pas encore décidés». (Réd. A l’Encontre)

[2] Lors du grand meeting de Rio, Fernando Haddad a toutefois exprimé un certain réalisme: «Nous avons des millions de voix à réunir. Je ne suis pas pessimiste; je suis réaliste. Parler bien du PT à des membres ou des sympathisants du PT est facile. Ce qui tue les gens est le fanatisme et l’aveuglement. Nous devons savoir ce que veut le peuple. Et si nous ne le savons pas, il faut s’adresser à la base.» Ce qui dénote la distance entre les sommets du PT et les secteurs populaires, ce que soulignait dans son entretien Lamia Oualalou pour ce qui a trait à l’influence des évangéliques et à leur aptitude d’occuper un «terrain populaire» délaissé par le PT. (Réd. A l’Encontre)

 

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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