samedi
21
octobre 2017

A l'encontre

La Brèche

Par Railidia Carvalho

Une enquête rendue publique le 23 février 2017 par l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) constate que les femmes et les Noirs sont les plus affectés par l’augmentation du taux de chômage, et ces chiffres concernent aussi bien des personnes sans-emploi que celles en sous-emploi contraint ou souhaitant travailler et ne trouvant pas un emploi. Parmi les personnes qui se désignent comme Noires, le pourcentage est de 14.4% alors que ce pourcentage est de 9.5% parmi celles qui se désignent comme Blanches. Parmi les femmes il est de 13.8% alors qu’il est de 10.7% chez les hommes.

Les résultats de l’IBGE font partie de l’Enquête nationale permanente sur un échantillon de ménages (Pesquisa Nacional por Amostra de Domicílios – PNDA) et présentent les données du quatrième trimestre de 2016. Pendant cette période, le taux de chômage enregistré a été de 22.2%, ce qui révèle une tendance à la hausse par rapport au troisième trimestre 2016: il se situait à hauteur de 21.2%. Au cours du quatrième trimestre 2015, le taux de chômage enregistré était de 17.3%.

Genre

Lucia Rincon, présidente de l’Union brésilienne des femmes (UBM) a affirmé: «Nous avons quotidiennement dénoncé le fait que les conséquences du coup [constitutionnel monté par Temer contre la présidence de Dilma Rousseff] au Brésil frappent le peuple brésilien et en particulier les femmes. Historiquement, partout où prédominent l’exploitation capitaliste et l’oppression patriarcale, les femmes sont traitées comme des citoyennes de deuxième catégorie.»

L’enquête a révélé que les préjudices subis par les femmes par rapport aux hommes pour ce qui a trait au taux d’emploi ont des caractéristiques analogues dans les cinq régions brésiliennes [Centre-Ouest, Nordeste, Norte, Sud-est et Sud]. Les femmes constituent également la majorité (50.3%) des personnes au chômage ou à la recherche d’un emploi.

Lucia Rincon a ajouté : «Le coup au Brésil et les mesures prises par le gouvernement Temer [entré en fonction en septembre 2016] montrent une fois de plus, et de manière encore plus aiguë la situation des femmes. L’indice de l’IBGE est une donnée de plus qui met en lumière cette situation des femmes au Brésil.»

Cette dernière explique que le capital exerce une pression qui pèse sur le travail et sur la force de travail. La dirigeante féministe a encore souligné: «Les mesures politiques du gouvernement ont exproprié nos richesses et sont en train de provoquer un affaiblissement des droits, ce qui indique au peuple la nécessité de se réaffirmer dans la lutte pour empêcher et bloquer cette saignée.»

Exclusion et précarité

L’aggravation du chômage accentue également l’exclusion imposée à la population noire et contribue à accroître ses «handicaps» historiques [l’esclavage n’a été aboli au Brésil qu’en 1888]. Rosa Anacleto, présidente de l’Unegro (Union des Noirs pour l’égalité) de São Paulo, explique: «Lorsqu’il y a un contexte comme celui, actuel, du chômage en hausse, les premiers à être licenciés sont les travailleurs et travailleuses noirs. Nous subissons toujours des préjudices liés au racisme, qui est structurel et institutionnel.»

Le chômage frappe d’abord les Noirs et les femmes noires et ensuite les autres travailleurs. Cela pousse les Noirs vers le marché du travail informel. Rosa Anacleto a encore expliqué que la PEC 55 [amendement constitutionnel qui bloque les dépenses sociales durant deux décennies] et la contre-réforme de l’enseignement secondaire fragilisent encore plus les politiques qui seraient favorables à cette partie de la population. C’est ainsi qu’ils sont très désavantagés dans la recherche d’emploi par rapport à ceux qui se déclarent Blancs, par exemple. [Selon l’IBGE, il y a au Brésil 47,7% de Blancs, 43,1% de métis, 7,6% de Noirs et environ 2 % d’Asiatiques et d’Amérindiens. Toutefois, dans les enquêtes par questionnaires de l’IBGE, «l’auto-déclaration» des nuances de couleur de la peau donne lieu à une classification, une taxinomie des ménages qui reflète les caractéristiques racistes historiques de cette société et les «négociations» imposées qui en découlent: pour la «peau blanche» cela va de “bem branca” (“bien blanche”) à “branca suja” (“blanc sale”), en passant par “branca queimada” (“blanc brûlé”), “branca avermelahada” (“blanc rougi”) ou “branquiça” (“blanc essentiel”); pour la «peau blanche ou métisse” sont mentionnés, pour faire exemple: “cor de cafe » (“couleur de café”), “tostada” (“grillée”), “bugrezinha” (“un peu bien foncée”), “meio preta” (“moitié noire”), “parda escura” (“gris sombre”), “queimada de praia” (“brûlé de plage”).]

La PNDA a montré que le revenu de ceux qui s’auto-déclarent Noirs est de R$ 1461 (470 CHF), alors que celui de ceux qui se disent Blancs est estimé à R$ 2’660 (856 CHF). Le revenu moyen dans le pays se situe à R$ 2043 (658 CHF), ce qui place revenu moyen des Noirs au-dessous de cette moyenne.

La PEC 55, qui gèle donc sur 20 ans les investissements dans la santé et l’éducation, a été approuvée en décembre 2016. Des économistes comme Laura Carvalho, professeure de la faculté d’Economie, Administration et Comptabilité de l’Université de São Paulo, contestent ces mesures, appliquées par l’équipe de Temer, qui estime qu’elles sont indispensables pour redémarrer la croissance et combattre le chômage.

Dans un article du quotidien Folha de Sao Paolo (23 février 2017), Laura Carvalho titre: «Le gouvernement mise sur de faux piliers pour la croissance». A son avis «il faudrait s’appuyer sur d’authentiques piliers, tels que les investissements publics dans l’infrastructure physique et sociale, une réforme fiscale progressiste et une politique industrielle stratégique». (Article publié sur le site brésilien Themis, en date du 2 mars 2017; traduction A l’Encontre)

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Railidia Carvalho est journaliste auprès du site Themis. Genero, Justicia, Direitos Humanos.

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