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Brésil. Bolsonaro veut exploiter la réserve de Raposa Serra do Sol

Publié par Alencontre le 18 - décembre - 2018

Par AFP

Le président élu du Brésil, Jair Bolsonaro, cherchera à exploiter les ressources naturelles d’une gigantesque réserve indigène dans l’Amazone, à la frontière du Venezuela et de la Guyane, a-t-il assuré lundi 17 décembre.

Lors d’une cérémonie d’inauguration à Rio, il a évoqué le potentiel de la réserve Raposa Serra do Sol, dans l’État de Roraima (nord). «C’est la région la plus riche du monde. Il y a moyen d’exploiter de manière rationnelle. Et du côté des indigènes, de leur verser des redevances et de les intégrer à la société», a déclaré M. Bolsonaro.

La Raposa Serra do Sol, délimitée en 2005, s’étend sur 17 000 km², sur lesquels vivent quelque 17 000 autochtones. Elle renferme d’importants gisements de minerais comme le niobium, un métal léger utilisé dans la sidérurgie et l’aéronautique, et la deuxième plus grande réserve d’uranium au monde. Cette zone abrite également d’abondantes réserves d’or, d’étain, de cuivre et de diamants.

Réserves «surdimensionnées»

Pendant sa campagne et peu après avoir gagné l’élection présidentielle en octobre dernier, l’ancien militaire avait déclaré qu’il reverrait la carte des réserves indigènes, les jugeant «surdimensionnées». «L’indigène ne peut pas rester confiné dans une zone délimitée comme s’il s’agissait d’un animal dans un zoo», estimait M. Bolsonaro dans un entretien il y a quelques mois. Ces personnes sont des «êtres humains comme nous, qui veulent évoluer, avoir l’électricité, un médecin, un dentiste, internet, jouer au football».

Le président élu, qui a remis en question la participation de son pays à l’accord de Paris sur le changement climatique, a également évoqué la possibilité de reprendre les études pour la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie. Selon les experts, une telle initiative bouleverserait l’écosystème du fleuve Amazone et de ses affluents, et forcerait le déplacement des populations. (AFP, 18 décembre 2018)

 

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Au Brésil, des Indiens prennent les armes pour sauver l’Amazonie

Par Agnès Gautheron

«Si je devais assumer [la présidence], l’Indien n’aura plus un centimètre de terre», promettait Jair Bolsonaro le 2 février 2018. L’élection, de plus en plus probable, de celui qu’on a surnommé le «Trump tropical» à la tête du Brésil a de quoi faire trembler la population indigène. S’il l’emporte dimanche 28 octobre, la forêt amazonienne sera plus que jamais menacée, et ses habitants avec.

Photo de Tommaso Protti

Car le candidat d’extrême droite, qui envisage de quitter l’accord de Paris sur le climat, a également promis de placer le ministère de l’environnement sous la tutelle de celui de l’agriculture, et évoqué la suppression de la Funai, cet établissement public censé protéger les droits des Indiens. Ouvrant davantage le poumon de la planète à l’agrobusiness.

Dans l’Etat du Maranhão, les Guajajara n’attendent plus rien du gouvernement depuis longtemps. Las de voir leurs terres rongées par des coupes illégales, ils ont formé des milices, surnommées les «gardiens de la forêt», qui débusquent et chassent les bûcherons. Des patrouilles qu’a suivies le photographe italien Tommaso Protti, installé depuis quatre ans au Brésil.

«Selon les spécialistes de l’environnement, la prise de pouvoir des tribus autochtones est le moyen à la fois le plus efficace et le moins coûteux pour préserver leurs terres, souligne-t-il. On voit sur des images satellites que les lieux protégés par les Indiens eux-mêmes sont ceux où la déforestation recule.» Cette série s’inscrit dans un travail plus vaste baptisé Terra Vermelha, dans lequel le photographe s’attache à décrire «les crises sociales et humanitaires qui accompagnent la destruction de la forêt amazonienne». « Selon les scientifiques, l’Amazonie va bientôt atteindre un point de non-retour, alerte Tommaso Protti. Si on la rogne davantage, elle ne pourra plus se régénérer.» (Article publié dans Le Monde en date du 27 octobre 2018)

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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