lundi
8
décembre 2019

A l'encontre

La Brèche

Tereza Christina, présidente de la Fraction ruraliste (FPA), aux côtés de Jair Bolsonaro

Par Bruno Stankevicius Bassi

Alors qu’il a joué le rôle d’arbitre du pouvoir sous les deux derniers gouvernements, le Front parlementaire de l’agrobusiness (FPA) devra se réinventer s’il veut maintenir son statut de groupe parlementaire le plus puissant de la Chambre, après qu’il a obtenu son plus mauvais résultat électoral depuis sa fondation officielle en 2002.

Sur les 233 députés du Front élus en 2014, 81,1% (189) se sont représentés à l’élection. Mais parmi eux, seuls 98 ont réussi à maintenir leur siège à la Chambre, ce qui équivaut à 51,8% des candidats ruralistes [la droite dure des grands propriétaires et l’agro-business]. Ce chiffre est inférieur aux 117 députés qui composaient le FPA en 2005, lorsque le groupe avait mis en place une structure propre et qu’il s’était affirmé comme étant la composante la plus organisée du groupe parlementaire des ruralistes (qui inclut aussi d’autres fronts sectoriels).

Au cours de la dernière législature, le FPA a endossé la responsabilité de plus de la moitié des votes qui par deux fois ont freiné l’avancée des dénonciations de corruption contre le président Michel Temer (PMDB de São Paulo), en plus du fait qu’il avait également réuni 49,6% des votes ayant permis de renverser la présidente Dilma Rousseff (PT-Minais Gerais) en août 2016.

Mais malgré le revers subi lors des élections du 8 octobre 2018 – qui n’a fait que suivre une tendance générale de «rénovation» au Congrès (rénovation qui est considérée comme étant la plus importante des 20 dernières années) – les ruralistes maintiennent leur force. En contrôlant 19% des votes dans la nouvelle composition de la Chambre, le Front parlementaire de l’agrobusiness assure Jair Bolsonaro (PSL) de son soutien dans la bataille présidentielle face à Fernando Haddad (28 octobre). Annoncé le 2 octobre dernier, l’accord a bénéficié de l’engagement direct de la présidente du FPA, la députée fédérale Tereza Cristina (DEM-MS), réélue pour un second mandat.

Les ruralistes perdent des sièges dans tous les Etats

L’ascension d’élus liés au «bolsonarisme» et à la bancada da bala [la fraction parlementaire favorable à la libéralisation de la vente armes et à la peine de mort], 52 députés élus pour le seul Parti social-libéral (PSL) a réduit l’espace parlementaire pour les candidats ruralistes. Dans l’Etat du Mato Grosso, sur les 5 députés liés au FPA qui se sont présentés pour leur réélection, seul Carlos Bezerra (PMDB) a eu du succès. Il sera accompagné par José Medeiros (Podemos du Mato Grosso) qui a quitté le Sénat pour retourner à la Chambre des députés.

Resteront cependant à l’extérieur des leaders importants du secteur ruraliste, comme l’ex-président du FPA Nilson Leitão (PSDB-Mato Grosso) ou Adilton Sachetti (Parti Républicain Brésilien, droite, Mato Grosso) pressenti par le ministre de l’Agriculture Blairo Maggi [ministre depuis 2016 et poursuivi dans des affaires de corruption liées à la firme d’infrastructures Obderecht] pour être son successeur. Les deux ont perdu la bataille pour le Sénat. Comme à la Chambre, le nombre de représentants du FPA au Sénat a subi une chute. Avec 23 sénateurs faisant actuellement partie du FPA, la nouvelle législature n’en comptera que 14 au début du nouveau mandat.

Dans l’Etat de Paraná, sur les 17 ruralistes qui se sont portés candidats, seuls deux ont été réélus à la Chambre.

Sortent aussi Alfredo Kaefer (Parti républicain qui est un paravent de l’Eglise universelle-Paraná) et l’ex-ministre de la Justice, Osmar Serraglio (PMDB-Paraná). Un autre Etat qui perd de la force est celui de Rio de Janeiro. Foyer des «ruralistes sans terre» [absentéistes et actifs dans le commerce de l’agro-business], l’Etat de Rio n’a vu que trois membres du FPA être réélus et est passé de la 5e à la 12e position parmi les Etats comptant le plus de membres du FPA. Alors qu’avec ses 32 députés il formait le plus grand groupe ruraliste du Congrès, l’Etat de Minas Gerais en a perdu plus de la moitié. Sur les 26 députés qui se sont présentés à la réélection, seuls 14 ont eu du succès, chiffre qui maintient toutefois encore l’Etat de Minas Gerais (MG) en tête du classement.

Sont restés sur le carreau des noms importants comme Carlos Melles (DEM-Democratas-MG), le principal représentant du lobby du café et un autre ex-président du FPA, Marcos Montes (PSD-Parti social-démocrate, MG), qui a quitté la Chambre pour briguer le poste de vice-gouverneur sur la liste d’Antonio Anastasia (PSDB).

Celui qui gagne de la force dans l’actuelle configuration, c’est l’Etat de Rio Grande do Sul, qui devient le second plus grand groupe parlementaire du FPA. Avec les Etats de Goiás, Maranhão et Alagoas, il a obtenu les plus hauts taux de députés reconduits dans leur mandat. Sur les 14 candidats du Rio Grande do Sul qui se sont présentés aux élections ce 7 octobre, 10 resteront à Brasilia [la capitale administrative dans laquelle réside l’appareil présidentiel, les deux chambres, etc.] en 2019. Parmi eux, il y a y compris des représentants de l’aile la plus virulente du groupe ruraliste, tels que Alceu Moreira (PMDB-Rio Grande do SUL-RS), Jerônimo Goergen [Parti progressiste, le parti qui est le plus impliqué proportionnellement dans les affaires de corruption, RS] ou Covatti Filho (Parti Progressiste – RS). Promu au rang de sénateur, Luiz Carlos Heinze (PP-RS), il prend du galon en étant promu au rang de sénateur.

L’ascension des députés du Rio Grande do Sul se fait en parallèle avec la chute de ceux de l’Etat de São Paulo, qui n’ont pas l’habitude de faire partie du FPA. Réélu pour un nouveau mandat, Arnaldo Jardim (PPS-Parti populaire socialiste, issu d’une rupture du PC- São Paulo) va continuer à présider le Front parlementaire pour la valorisation du secteur «sucro-énergétique» [essence faite à partir du sucre de canne]. Sur les 70 parlementaires paulistes qui commenceront leur mandat en 2019, dix font partie de la bancada da cana [le lobby parlementaire de la canne à sucre], y compris Eduardo Bolsonaro (PSL-SP – fils de Jaïr Bolsonaro) qui est le député fédéral le mieux élu du pays. Parmi les adhérents au FPA, seuls neuf ont été élus. (Article publié par l’observatoire de l’agrobusiness Olho nos Ruralistas, en date 9 octobre 2018; traduction A l’Encontre)

***

Voici comment se profile la fraction des «ruralistes» par Etat, avec une comparaison entre 2014 et 2018. Il faut avoir à l’esprit que ces fractions parlementaires, de type transversal, organisées selon des intérêts sectoriels, constituent des forces souvent décisives, selon les lois et décrets adoptés et expliquent aussi le passage d’un parti à l’autre des élus durant les quatre ans d’un mandat! (Réd. A l’Encontre)

  • Minais Gerais: 32 en 2014; 14 en 2018.
  • Rio Grande do Sul: 16 en 2014; 10 en 2018.
  • São Paulo: 18 en 2014; 9 en 2018.
  • Paraná:21 en 2014; 8 en 2018.
  • Bahia: 13 en 2014; 7 en 2018.
  • Giás: 11 en 2014 ; 5 en 2018.
  • Pará:10 en 2014; 5 en 2018.
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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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