mercredi
23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, donne une déclaration à la presse

Par Le Desk et l’Agence marocaine
de presse

Le chef du gouvernement marocain Saâdedine El Otmani [membre du Parti de la justice et du développement – PJD – ayant initié son mandat le 5 avril 2017, dans le cadre d’un accord avec quatre autres partis trouvé le 25 mars 2017] a insisté, mercredi soir 28 juin, sur «la nécessité de respecter la loi dans le traitement des protestations à Al Hoceima et d’enquêter sur tout abus», se disant confiant en la justice pour «donner corps aux orientations royales relatives au respect des garanties du procès équitable, enquêter sur toute torture présumée et pour mener l’expertise médicale nécessaire conformément aux règles juridiques universellement reconnues».

Vœu pieu doublé d’un aveu de faiblesse, dans une déclaration à la presse, le chef du gouvernement a exprimé «son regret et sa tristesse suite aux événements douloureux, survenus lundi dernier à Al Hoceima et qui ont fait plusieurs blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre».

«Une quarantaine de personnes âgées, d’adolescents et enfants mineurs ont été hospitalisés aux urgences après avoir inhalé du gaz lacrymogène lors des violents affrontements du lundi 26 juin entre la police anti-émeutes et les manifestants du Hirak à Al Hoceima et Imzouren, selon plusieurs témoignages cités par des sources médicales à la presse. Par ailleurs, si aucun décompte précis du nombre de blessés n’a pu être fait compte tenu de la réticence des manifestants à se présenter dans les centres de soin, celui des forces de l’ordre a été réévalué à la hausse de 39 à 80 cas répertoriés.» (Réd. et presse)

El Otmani a ainsi jugé nécessaire de «mutualiser les efforts pour asseoir un climat positif à Al Hoceima, exhortant la population locale à coopérer afin d’instaurer le calme et la paix, indispensables à l’aboutissement des projets de développement».

Le chef du gouvernement s’est dit «attristé» par les «douloureux événements» survenus le jour de l’Aïd à Al Hoceima [voir le dossier publié sur ce site en date du 28 juin 2017]. Il a annoncé une série de «mesures urgentes» confiée à ses ministres, alors qu’une bronca au sein de son parti, le PJD, atteste des tensions politiques subies par un exécutif conspué de toutes parts

El Otmani a ainsi jugé nécessaire de «mutualiser les efforts pour asseoir un climat positif à Al Hoceima, exhortant la population locale à coopérer afin d’instaurer le calme et la paix, indispensables à l’aboutissement des projets de développement».

Concernant les décisions que le roi Mohammed VI a prises, lors du dernier conseil de ministres [1], au sujet des projets prévus dans la province d’Al Hoceima, El Otmani a affirmé que le gouvernement «est mobilisé pour concrétiser ces décisions et mener à bien le suivi de leur exécution».

«Le gouvernement a beaucoup d’estime pour l’intérêt tout particulier que SM le Roi Mohammed VI porte à cette province, ainsi que la détermination du Souverain à veiller à ce que tous les engagements pris soient honorés, avec toute la fermeté requise et en mettant en pratique les règles de reddition des comptes contre tout manquement, nonchalance ou dysfonctionnement», a-t-il ajouté, rappelant l’appel du souverain à éviter «la politisation des projets de développement ou leur exploitation à des fins étroites».

Une série de mesures urgentes

Le chef du gouvernement a prévu une série de mesures d’urgence, dont la convocation d’une réunion des partis de la majorité mardi, pour examiner les revendications exprimées à Al Hoceima ainsi que les projets y dédiés ainsi que la tenue, mercredi, d’une réunion interministérielle regroupant les départements concernés par le programme Al-Hoceima, Manarat Al moutawassit pour «doper l’effort consenti sur le terrain, rattraper tout retard accusé et respecter les délais impartis pour la livraison des projets».

Le gouvernement, a dit Otmani, «se référera également aux instructions royales pour la réalisation des projets prévus dans l’ensemble des régions du Maroc, comme il fera tout le nécessaire pour régler les problématiques liées au financement, à l’assiette foncière, à la coordination entre les départements et au suivi».

Il a, de même, indiqué avoir demandé aux membres du gouvernement d’élaborer un rapport détaillé sur l’état d’avancement de ces projets et sur les contraintes rencontrées. Il les a également appelé «à asseoir une communication active et de proximité avec l’ensemble des acteurs concernés par ces projets aux niveaux local et régional, et à impliquer les instances élues et la société civile dans le suivi et l’évaluation des projets en question».

L’intervention d’El Otmani au sortir d’une réunion interministérielle dédiée au suivi de l’avancement des projets en retard à Al Hoceima et dont le roi Mohammed VI avait exprimé sa profonde déception intervient alors qu’au sein du PJD, parti qui dirige la coalition gouvernementale, des voix s’élèvent évoquant même un retrait nécessaire du gouvernement face à la gestion ultra-sécuritaire de la crise. Des présidents de commune d’Al Hoceima ont emboîté le pas de ce qui ressemble à une bronca anti-gouvernementale en décidant de démissionner de leur poste. Un mouvement commencé par cinq présidents [2] et qui, selon les sources du Desk, pourrait s’étendre à d’autres. [Sur facebook, imad sitou, le 28 juin 2017, annonçait – avec document à l’appui – «cinq présidents de communes ont démissionné»] (Article publié sur Le Desk en date du 29 juin 2017, titre de la rédaction A l’Encontre)

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[1] «Le roi Mohammed VI a présidé, dimanche 25 juin, au Palais Royal à Casablanca, un Conseil des ministres. Selon un communiqué lu par le porte-parole du Palais Royal, Abdelhak Lamrini, «le roi a fait part au gouvernement et aux ministres concernés par le programme Al-Hoceima Manarat Al Moutawassit, en particulier, de sa déception, son mécontentement et sa préoccupation au sujet de la non-réalisation dans les délais impartis des projets prévus dans le cadre de ce grand projet de développement dont la signature s’est déroulée sous la présidence effective du Souverain en octobre 2015 à Tétouan».

«Le Roi Mohammed VI tance le gouvernement au sujet d’Al Hoceima» (Médias24, dimanche 25 juin)

Il a donné «ses instructions aux ministres de l’Intérieur et des Finances afin que l’inspection générale de l’administration territoriale au ministère de l’intérieur et l’Inspection générale des Finances mènent les enquêtes et les investigations nécessaires sur la non-réalisation des projets programmés, déterminer les responsabilités et soumettre un rapport en la matière dans les plus brefs délais».

Mohammed VI «a décidé de ne pas autoriser les ministres concernés à bénéficier du congé annuel, et ce afin d’assurer le suivi des travaux des projets en question».

Il a également «rappelé, une nouvelle fois, les instructions qu’Il avait données aux responsables et aux gouvernements précédents de ne présenter devant Sa Majesté que les projets et les conventions qui répondent à tous les critères de réalisation, que ce soit pour ce qui est du règlement de l’assiette foncière, du financement, ou de la réalisation des études, afin que le lancement effectif des travaux se fasse dans un délai raisonnable».

Le roi a aussi «mis l’accent sur la nécessité d’éviter la politisation des projets sociaux et de développement réalisés ou leur exploitation à des fins étroites».

D’autre part, et «dans le cadre du renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire», le roi a donné ses instructions au gouvernement «en vue d’accélérer la présentation devant le Parlement du projet de loi relatif aux attributions de la présidence du Ministère public et de ses statuts, en vue de son adoption lors de l’actuelle législature».

Mohammed VI a également ordonné la tenue des cérémonies de passation de pouvoirs après l’adoption de ladite Loi, et ce avant le mois d’octobre prochain, et de trouver un siège adéquat à cette institution judiciaire importante.» [Réd. A l’Encontre, avec Le Desk]

 

[2] Le mouvement qui a commencé dans le Rif illustre une crise sociale et politique d’ampleur et exacerbe les affrontements – qui s’expriment ouvertement depuis des mois – entre les diverses organisations et forces politiques «officielles» dans le pays. Tout cela ressort bien dans la déclaration du président de la Commune d’Al Hoceima qui multiplie les attaques contre le gouvernement à majorité PJD et répète que l’arbitre royal – auquel tous se doivent de faire référence pour des raisons diverses et opposées – s’impose et impose un ordre. Dès lors, la «politisation au sommet» éclate, malgré la volonté du pouvoir royal de la contenir et de réduire «la question» du Rif à un problème régional, de développement, accompagné d’une dimension identitaire à laquelle seules de très vagues allusions se réfèrent. La position du PJD (gouvernemental), formation politique islamisante et bien structurée, peut très probablement, dans la situation présente, subir des contrecoups en provenance non seulement de fractions économiques dominantes intriquées au Makhzen, mais aussi d’une radicalisation de sa propre base.

Dr Mohamed Boudra

Ainsi, le Siteinfo, en date du 28 juin 2017, écrit: «Le président de la municipalité d’Al Hoceima, le Dr Mohamed Boudra, s’est abstenu de s’exprimer et de donner son point de vue publiquement sur ce qui se passe dans la région depuis des mois. Il vient de rompre ce silence en publiant sur sa page Facebook un post qui en dit long sur son amertume et son état d’esprit. C’est la mort dans l’âme qu’il prend la parole au nom de la population, qui l’a depuis toujours plébiscité, pour dénoncer ceux qui usent de la violence [attaque contre les manifestants qui sont «manipulés»], et s’acharnent à détruire la ville et utilisent des enfants comme matière combustible pour attiser le feu. «A tous ceux-là, nous disons Basta», clame-t-il.

Et Boudra d’ajouter: «Quel tort a donc commis Al Hoceima pour que vous la mettiez au cœur de vos luttes intestines et de vos basses manœuvres? Voulez-vous torpiller la réconciliation avec le Rif? Voulez-vous vous repositionner sur l’échiquier [politique]? Servez-vous un agenda de milieux à l’étranger?» Le président Boudra [Mohamed Boudra, fin 2016, a été élu Président de l’Association des Présidents des Conseil communaux] a averti la population pour qu’elle ne se fasse pas leurrer par des slogans trompeurs et par ceux qui versent des larmes de crocodile en feignant exprimer la solidarité envers les Rifains, utilisant bassement sa précarité et sa pauvreté pour lui faire miroiter des mirages.

«Le seul vrai allié des Rifains est le Roi Mohammed VI et nul autre que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur». «Seul le Roi apporte son soutien à la région, et c’est ce qui a attisé les rancœurs de certaines personnes de mauvaise foi», a-t-il ajouté. «Mes propos peuvent ne pas plaire à certains, mais c’est la conclusion que je fais après 25 ans de militantisme et d’activité politique», conclut-il.» (Rédaction A l’Encontre)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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