mardi
7
avril 2020

A l'encontre

La Brèche

Par Mustapha Benfodil

Alger, 25 février 2020. 53e mardi des étudiants. Dans la ferveur des célébrations de l’An I du hirak, et en droite ligne des manifestations de cette semaine, en l’occurrence celles du vendredi 21 et du samedi 22 février, c’est au tour des hirakistes des campus de célébrer le premier anniversaire du mouvement de contestation étudiant.

Celui-ci avait été étrenné, rappelle-t-on, le mardi 26 février 2019. Ainsi, à un jour près, ce 53e mardi tombe très bien pour cette halte symbolique. Cela se traduit explicitement sur nombre de pancartes brandies lors de la marche d’hier. «Et une année du hirak étudiant s’écoule», écrit sobrement un jeune homme.

Une étudiante brandit cette pancarte: «Longue vie à toi mon cher hirak». Une autre fait ce serment: «Pour toi mon Algérie, je vais aller jusqu’au bout. Le combat continue. Algérie libre et démocratique».

Une jeune manifestante se fend, pour sa part, de cette formule pétillante: «La lutte ne nous coûtera pas plus que ce que nous a coûté notre silence». Une étudiante en médecine émet, de son côté, ce message: «A chaque génération sa révolution. Etudiants résistants, régime refusant».

En réponse à ceux qui estiment que «le hirak a échoué» après une année de contestation massive, une jeune protestataire arbore cet écriteau: «Les moudjahidine devaient arrêter la Révolution en 1955 parce qu’ils devaient apporter du nouveau après un an de lutte».

Toujours dans l’esprit de la célébration du premier anniversaire du hirak, on pouvait également lire: «22 février 2019-22 février 2020. Yetnahaw ga3!» (Qu’ils dégagent tous), «On arrive pas à pas», «Le régime n’a pas changé, le hirak n’a pas changé, l’Algérie ne changera pas si le régime ne change pas». Une dame prévient: «On ne vous laissera pas voler notre révolution cette fois. Une année de lutte et ça continue. Changer le système, pas les hommes».

Le déroulement de la manif’ s’est fait comme tous les mardis: massés à la place des Martyrs à partir de 10h, les marcheurs ont entamé leur action en scandant l’hymne national. 10h54. Le cortège s’ébranle aux cris de «Dawla madania, machi askaria!» (Etat civil, pas militaire).

La procession traverse la rue Bab Azzoune en martelant: «Had el hirak wadjeb watani!» (Le hirak est un devoir national), «Madjinache nehtaflou, djina bach tarahlou ya îssaba!» (On n’est pas venus faire la fête mais pour vous chasser, gangs)…

A un moment, plusieurs manifestants sur la rue Ali Boumendjel commencent à brandir des cartons rouges assortis d’un dessin représentant une bougie et une rose, et comportant ce message: «Notre bébé a un an. Trouh el îssaba. Yetnahaw ga3!» (La mafia partira. Qu’ils dégagent tous)

«Ce n’est pas un hirak, c’est une révolution!»

La marche se poursuit via la rue Larbi Ben M’hidi aux cris de: «Qolna el îssaba t’roh, ya ehnaya ya entouma!» (On a dit la bande doit partir, c’est nous ou bien vous). Un groupe de citoyens scande: «Siyada chaâbiya, marhala intiqaliya!» (Souveraineté populaire, période transitoire). Une banderole fait son apparition chemin faisant, avec ces mots: «Nous ne sommes pas éternels. Il y aura une génération après nous qui portera le flambeau de la révolution. Pas de normalisation avec le système». Une manifestante défile avec cette feuille de papier: «Un régime qui a fait que le plus grand rêve des Algériens soit de partir, le peuple le rejette et exige un changement radical». Un jeune assène de son côté: «L’Algérie a besoin de profs, pas de flics».

Dans la foule, plusieurs portraits à l’effigie des détenus du hirak sont hissés: Karim Tabbou, Abdelwahab Fersaoui ou encore Fodil Boumala, dont le vibrant plaidoyer est sur toutes les lèvres. Un jeune manifestant le cite justement sur son carton: «Comme vous l’a dit Boumala: c’est vous les prisonniers de votre système».

On pouvait voir, en outre, le portrait de Yasmine Si Hadj Mohand, arrêtée vendredi dernier. «Apparemment, ce qui lui est reproché est une pancarte avec la photo de Amir DZ. Dans ce cas, il faut embarquer tous ces jeunes qui clament le nom de Amir DZ [blogueur ayant dénoncé des abus du pouvoir]», fait remarquer un cadre. De fait, les manifestants répètent à plusieurs reprises: «Winek winek ya adala, Amir DZ dayer hala!» (Justice, où es-tu? Amir DZ fait un tabac).

Le cortège continue vers Pasteur, traverse la rue Sergent Addoun, le boulevard Amirouche, la Place Audin, et s’immobilise à hauteur du lycée Barberousse.

Avant d’inviter la foule à entonner Qassaman [hymne national], Abdennour, l’un des principaux animateurs de la manif’, lâche: «Je n’appelle pas ça hirak, je l’appelle révolution pacifique. Ce bébé a un an. On va l’aider à grandir. On a des objectifs à court, moyen et long termes. Notre objectif suprême est la libération de l’Algérie.» Et de marteler: «On ne doit pas oublier nos frères qui sont en prison. Après un an de hirak, la répression, les arrestations n’ont pas cessé. On doit poursuivre le combat en faisant preuve de solidarité, d’unité et de pacifisme.

Il faut parler à son voisin, son cousin, son collègue de travail… pour lui faire prendre conscience de la nécessité de ce mouvement. Le hirak vit en nous et nous vivons en lui. Ce n’est pas juste les rendez-vous du mardi et du vendredi. Nous ne lâcherons rien jusqu’à la libération de notre pays!» (Article publié dans El Watan, le 26 février 2020)

 

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