mardi
31
mars 2020

A l'encontre

La Brèche

Par Diane Taylor

Les œuvres de bienfaisance expriment leur inquiétude: près d’un million de migrants sans papiers vivraient au Royaume Uni ignorés des autorités. Ils ne courraient pas seulement le risque de contracter le Covid-19 mais d’être affamés en raison de la crise qu’a provoquée la pandémie.

Personne ne connait le nombre exact des migrants présents actuellement au Royaume-Uni, le ministère de l’Intérieur ne dispose pas de dossiers à jour concernant leur résidence.

Il s’agit notamment de requérants d’asile dont le ministère de l’Intérieur a rejeté les demandes craignant de retourner dans leurs pays d’origine et de travailleurs/travailleuses temporaires aux visas échus.

Selon un rapport de novembre 2019 du Pew Research Center (centre de recherche états-unien financé par le Pew Charitable Trusts, siège social à Washington), entre 800’000 à 1,2 million de migrants séjourneraient actuellement au Royaume-Uni.

Les requérants d’asile dont le dossier est en cours d’examen bénéficient d’un maigre subside du ministère de l’Intérieur – 37,5 livres par semaine (42,80 CHF) – pour l’achat de nourriture et d’autres produits de première nécessité et ils ne sont pas libres de choisir leur logement.

Mais, la grande majorité de ceux dont le dossier a été rejeté se voit refuser tout soutien.

Ils n’ont pas le droit de travailler et dépendent pour survivre du réseau des œuvres de bienfaisance qui leur assure des repas chauds dans leurs centres de jour, des colis de nourriture, des vêtements de seconde main et des bons de supermarchés. Mais en raison de la pandémie, ces organismes ont fermé leurs centres de jour.

Mohamet, 30 ans, Erythréen, s’est vu rejeter sa demande d’asile et pourtant le ministère de l’Intérieur ne peut le renvoyer dans son pays. Résidant à Londres il expose «son désespoir et sa lutte pour la survie» pendant l’épidémie. «Tous les lieux où nous obtenions de l’aide ont fermé. Un ami m’a donné un vélo parce que je ne peux acheter de ticket de bus. Je roule au hasard à la recherche d’une nourriture que je ne trouve pas. Je pense que je survivrai si je peux manger un repas par jour, mais à ce jour je n’ai pas trouvé grand-chose à manger. Je n’ai pas peur du coronavirus, et de tout ce qu’il pourrait m’amener, j’ai peur de mourir de faim.»

John, trentenaire, Camerounais, sa demande d’asile a été rejetée. Il vit à Manchester. Selon lui le virus a provoqué une forte panique parmi les migrants. «Tous les organismes de bienfaisance et les églises où je me rendais auparavant pour obtenir de la nourriture et d’autres soutiens ont fermé. Je dormais dans les stations de métro Victoria ou Piccadilly, mais RAPAR (Refugee and Asylum Seeker Participatory Action Research), dont je suis membre, m’a trouvé un logement temporaire. Je ne peux pas retourner dans mon pays parce que les militaires y tuent des gens. Nous sommes tous dans un état de traumatisme.»

La doctoresse Rhetta Moran, présidente du conseil d’administration de RAPAR, s’est adressée au gouvernement pour qu’il aide les sans-papiers, les personnes déplacées et les indigents – les personnes les plus vulnérables au Covid-19 – à avoir un logement sûr sans crainte d’être enfermés.

Le service de soutien aux migrants de Haringey (arrondissement du Grand Londres) a mis en place un fonds d’urgence pour ses migrants sans abri et sans ressources qu’il soutenait auparavant avec des bons de nourriture, des colis alimentaires et des vêtements. Il fournissait également des repas dans ses centres d’accueil, qui ne fonctionnent plus durant la pandémie.

Des pétitions de dizaines d’ONG circulent en ce moment. Elles appellent le gouvernement à soutenir les migrants indigents. The Public Interest Law Centre (Centre législatif pour le bien public), Project 17, Migrants’ Rights Network (Réseau pour les droits des migrant·e·s) et d’autres organismes ont rendu publique une lettre ouverte aux municipalités les invitant à mettre en place des groupes de travail sur les sans-abri Covid-19 pour prendre en charge ces personnes.

Nous ne savons pas à cette heure si l’initiative que le gouvernement doit annoncer lundi 23 mars pour héberger des sans-abri dans des hôtels vides inclura les migrants démunis ou se limitera aux SDF britanniques, lesquels à la différence des migrants ont accès à ce jour au logement et à d’autres subsides.

Un porte-parole du gouvernement a déclaré: «Personne ne devrait se retrouver affamé dans cette crise – et de nombreux organismes de bienfaisance seront soutenus par les mesures que le gouvernement a décrites pour conserver leur emploi aux personnes concernées. Nous comprenons que c’est une période difficile et nous examinons continuellement la situation pour examiner ce qui peut être fait de plus pour les migrant·e·s dont le coronavirus a affecté les conditions de vie au Royaume-Uni.» (Article publié sur le site du Guardian, le 23 mars 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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Coronavirus. «On doit s’attendre à l’ouragan»

L’émission «Arrêt sur images» de Daniel Schneidermann – une émission à laquelle le site alencontre.org pense qu’il est opportun de s’abonner – a été mise gratuitement, ce 14 mars 2020, sur Youtube «en raison de son utilité sociale». Deux médecins «qui parlent vrai» interviennent. François Salachas, le neurologue qui avait interpellé Emmanuel Macron lors d'une visite à la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il souligna alors l’urgence liée à la pandémie et un fait d’évidence: la mise à niveau de l'hôpital nécessitera de gros moyens humains et financiers. Et Philippe Devos, intensiviste au CHC de Liège, président de l'Association belge de syndicats de médecins (Abysm). A voir, à partager: utile pour comprendre et réfléchir. (Rédaction A l’Encontre)

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