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novembre 2017

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La Brèche

Venezuela. Le «round» gagné par Maduro

Publié par Alencontre le 6 - septembre - 2017

Par Tomas Straka

Un mois après l’élection de l’Assemblée nationale constituante, deux éléments se distinguent dans cette conjoncture critique au Venezuela: la disparition pratique de la Table d’Unité Démocratique (MUD) de la scène politique et le caractère de plus en plus international de la crise. Bien que le premier ne signifie pas que l’alliance des partis d’opposition a cessé d’agir sur d’autres terrains – ou que soit impossible son retour sur la scène politique, ou sa présence dans la rue – la manière dont les juges de la Cour suprême nommés par le Parlement de l’opposition ont dû s’exiler, de même que la procureure Luisa Ortega Díaz et certains des principaux maires de l’opposition, semble avoir donné une marge de manœuvre au gouvernement. En ce moment, Nicolas Maduro contrôle la situation politique et a peut-être marqué un point en sa faveur au cours de ce dernier round. Ce qui conduit au second élément de la situation: sans défis politiques majeurs immédiats pour continuer son projet à l’intérieur du pays, si quelque chose semble le gêner en ce moment c’est la pression extérieure [voir la reprise récente d’initiative de José Luis Zapatero en direction des autorités vénézuéliennes sur la répression, la réception par Emmanuel Macron de Julio Borges, président du Parlement d’opposition, le lundi 4 septembre], avec ses lenteurs et ce qu’elle implique de compromis.

• Ce scénario semblait impossible lorsque, le 16 juillet 2017, l’alliance de l’opposition a réussi à mobiliser sept millions et demi de personnes pour exprimer leur rejet de l’appel à l’Assemblée constituante. Une démonstration de cette ampleur, deux grèves plus ou moins réussies et le soutien de plus de quarante gouvernements dans le monde semblaient donner à la MUD de bons outils pour au moins obtenir une négociation dans de meilleures conditions que celles proposées par Maduro. A cela s’ajoute que, le 30 juillet, la participation électorale à la Constituante [élection de 545 membres pour «perfectionner» la Constitution largement approuvée en 1999 sous Chavez, une constituante qualifiée par Maduro de super-pouvoir] fut beaucoup plus faible qu’envisagé. Selon divers observateurs, entre deux et cinq millions et demi de votant·e·s. Bien que le Conseil national électoral ait annoncé qu’il y avait huit millions [7,7 millions] de personnes ayant participé au scrutin, deux jours plus tard des représentants de Smartmatic, la société responsable de la transmission des votes électroniques, ont signalé l’existence de manipulations.

Cependant, ce qui s’est passé depuis lors a été exactement le contraire de ce à quoi on pouvait s’attendre: l’Assemblée constituante était installée sans une grande résistance dès le 2 août.

Il est trop tôt pour savoir ce qui s’est passé exactement, d’autant plus qu’il s’agit d’un processus – par définition en mouvement – qui peut changer de rythme et de direction à tout moment. Mais deux choses semblent claires: les mobilisations et les pressions internationales ont échoué à briser le bloc du gouvernement. Et l’opposition n’a pas non plus compris ce qu’il faut faire face à cette éventualité.

Des défections telles que celle de Luisa Ortega Díaz ne se sont pas généralisées et, en général, l’opposition «chaviste» (se réclamant de Chavez) n’a pas attiré la faveur de la population chavista qui ne soutient pas Maduro. Elle est actuellement sans leadership visible et la crise socio-économique (rareté des biens et surtout hyperinflation) absorbe les énergies quotidiennes.

• En ce qui concerne le second facteur, sauf indication contraire dans le futur, proche ou lointain, la MUD ne semble rien avoir préparé dans le cas où l’Assemblée constituante, comme ce fut la réalité, serait finalement convoquée. Elle a demandé aux gens de tout faire pour l’éviter, en peignant un «Armageddon» (une catastrophe) si cela n’était pas possible. Le projet de la MUD ne s’est pas concrétisé, l’Assemblée constituante a été élue, et, de façon compréhensible, un découragement s’est produit.

Ni lors de la conférence de presse donnée le 30 juillet, ni lors de l’assemblée au cours de laquelle ont été présentés des dirigeants de l’opposition et des dissidents chavistas, le 5 août, furent faites des déclarations qui auraient indiqué une orientation claire à suivre. Au contraire, l’annonce qu’ils participeraient aux élections municipales en décembre 2017 confondrait davantage ses partisans: après avoir déclaré illégaux le gouvernement et la Commission électorale, et après avoir proclamé que ce qui s’est passé le 30 juillet relevait de la fraude électorale, participer aux élections [municipales et régionales] – organisées par ces mêmes autorités gouvernementales et électorales – a été considéré, au moins, comme une reconnaissance tacite des deux, et de fait comme une capitulation. La décision appuyée sur des arguments aussi «puissants» que de ne pas laisser libres tous les espaces politiques nécessitait au moins d’être traitée autrement au plan politique.

Enfin, l’émergence d’un mouvement d’insurrection armé, dont les débuts ont été l’assaut spectaculaire sur Fort Paramacay à Valencia [capitale de l’Etat de Carabobo qui concentre les plus grandes usines du Venezuela], l’un des plus puissants au Venezuela, également le 5 août, semblait également perdre son sens avec la capture rapide de ses animateurs. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucune autre action similaire.

Sur cette toile de fond, la «théorie léniniste», toujours utile pour un type de prise de pouvoir, nous explique bien pourquoi Maduro est encore dans le palais de Miraflores: il n’y a pas de conditions objectives pour le sortir de là – car il peut toujours contrôler la situation – et pas plus de conditions subjectives, parce que ceux qui le veulent ne semblent pas savoir comment le faire; ou, s’ils ont un plan plus clair, ils n’ont pas la capacité d’atteindre leur objectif.

Ainsi, la principale réalisation des manifestations a été la délégitimation internationale du gouvernement. Les résultats des sanctions sont souvent observés à long terme, et parfois ils ne sont jamais vus. Si Maduro parvient à contrôler le pays pendant un temps relativement long, il est très probable que, finalement, les autres gouvernements qui continuent à le reconnaître comme président (ils ne reconnaissent pas la récente Constituante) finiront par s’entendre avec lui.

• Bien sûr, Maduro ne dispose pas d’une «assurance vie nucléaire», comme Kim Jong-un. Et, en termes économiques, le Venezuela est beaucoup plus faible que l’Iran. En ce sens, les sanctions imposées par les Etats-Unis ont visé, de manière chirurgicale, les élites du gouvernement – avec des pénalités contre divers fonctionnaires concernant leurs biens et la possibilité de faire des affaires avec les Etats-Unis – ou attaqué les finances de l’Etat vénézuélien en l’empêchant d’être présent sur le marché américain ou que Citgo – la société pétrolière (Citgo Petroleum Corporation), de statut américain mais détenue par PDVSA, achète la plus grande partie du pétrole vénézuélien et le distribue, raffiné sous diverses formes (essence, lubrifiants) aux Etats-Unis – puisse rapatrier les capitaux qu’elle détient aux Etats-Unis.

Donald Trump a déclaré qu’il n’excluait pas une «option militaire» pour le Venezuela. Cette option a été, de suite, déclarée comme nulle et non avenue et critiquée par les pays du sous-continent. Beaucoup ne l’envisagent pas comme probable. Toutefois, le voyage de Mike Pence (le vice-président) en Amérique du Sud, qui avait pour but essentiel de parler du Venezuela, montre que si Washington ne se concentre pas sur une telle mesure de type militaire, la Maison Blanche prendra néanmoins des mesures supplémentaires contre le gouvernement Maduro.

Nicolas Maduro, lui, voulait profiter de la déclaration de Trump pour éveiller une vague nationaliste. Jusqu’à présent, cela a eu peu de résultats. Les problèmes économiques et l’impopularité du président le placent très loin du statut de Fidel Castro, lors des années soixante [pour rappel, l’attaque militaire contre le nouveau pouvoir cubain, connue comme «le débarquement de la baie des Cochons» en avril 1961, a été défaite en deux jours].
Sous la pression internationale, sans soutien populaire large et sans ressources économiques, Maduro a néanmoins réussi à maintenir compact le bloc gouvernemental. Par contre, l’opposition est hésitante, flottante et ses partisans sont abattus. Dans ce round, Nicolas Maduro a marqué des points. Pour la suite, tout dépendra de la durée de l’affrontement ou que l’un des participants gagne par un knock-out auquel chaque camp rêve depuis des années. (Article publié dans la revue Nueva Sociedad, septembre 2017; traduction par A l’Encontre)

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