dimanche
18
novembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Le général Hugo Torres Jimenez

Communiqué n° 7. Association collective des retraités des forces armées nationales et internationales nicaraguayennes (AIFARNIN)

L’AIFARNIN fait savoir au peuple du Nicaragua et à nos frères en retraite des forces armées ce qui suit:

• Le 2 septembre sera célébré le jour de la création de l’armée nationale du Nicaragua [1], dont l’origine réside dans l’Armée populaire sandiniste, fondée par des jeunes issus des tranchées de la lutte contre la dictature somoziste, soutenus par un peuple héroïque et combatif.

• En raison de la position adoptée par l’actuelle armée, qui se trouve sous les ordres de l’actuel chef, le général Julio César Avilés, ont été trahies les valeurs authentiques héritées des centaines de combattants qui ont sacrifié leur jeunesse à la consolidation d’une armée du peuple. Ces combattants ont vu tomber de remarquables camarades lors de la défense du peuple du Nicaragua [contre la Contra].

Le silence face aux tueries [2] conduites par le gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo fait de cette armée une complice de ceux qui répriment et un membre à part entière des groupes criminels de paramilitaires, qu’elle soutient au plan logistique par sa mobilisation et ses armements. S’abritant du prétexte d’une subordination constitutionnelle, l’armée actuelle commandée par le général Avilez déploie toute sa solidarité envers un régime qui assassine sans pitié des enfants, des jeunes, des anciens, sans considération pour leur genre.

Pour cette raison, nous décidons:

1° De refuser toute invitation et participation à une commémoration à laquelle seront présents les responsables des crimes, des tortures, des persécutions et des assassinats du peuple du Nicaragua.

2° D’exiger la libération de nos camarades fondateurs de l’Armée populaire sandiniste qui ont été arrêtés et emprisonnés [3] d’une manière infâme, arbitraire et illégale pour le seul fait de ne pas partager les choix et les actions criminelles menées contre le peuple nicaraguayen.

3° Que soit mis un terme à la répression, aux persécutions, aux emprisonnements et aux harcèlements criminelnos camarades qui ont vécu dans leur chair la politique terroriste du régime Ortega-Murillo. Parmi eux, on peut nommer: le général Hugo Torres Jimenez [4], le colonel Carlos Brenes Sánchez, le colonel Juan José Zelaya, le major Tomas Ramon Maldonado Perez, le major Roberto Sancan, le capitaine José Jaime Lopez, le capitaine Fernando Brenes Sanchez, le capitaine Jose Cubillo, le capitaine Julio Cesar Rodriguez Chávez, le premier lieutenant Carlos Valle, le premier lieutenant Manuel Sobalvarro Bravo, le lieutenant Juan Carlos Baquedano Rizo, le lieutenant Marco Eli Acevedo, le lieutenant Rogelio Martin Gámez Pineda.

4° De dénoncer les officiers à la retraite qui, dans un passé récent, ont rendu publiques les revendications pour les droits des retraités de l’armée et qui font désormais partie de la machine de répression et de mort, organisée par les terribles paramilitaires. Nous visons en particulier le général Glauco Robelo, le commandant Raul Venerio, le général Juan Estrada Garcia, le général Alvaro Baltodano Cantarero, le lieutenant-colonel Sabino Aguilar, le lieutenant-colonel Carlos Soza Fonseca, le major José Dolores Talavera (nom de guerre: Pedron), le major Santana Plata, le major Donald Mendoza (Cara de piña), le major Abraham Lopez, le capitaine Alberto Espinoza (Beto bajito), le capitaine Alvaro José Gonzales Cerrato (Antolin), le premier lieutenant Anibal Calero, le lieutenant Ramon Antonio Betancur, entre autres.

5° De manifester notre engagement ferme en solidaritéavec les familles de nos camarades arrêtés et emprisonnés ainsi qu’aux familles nicaraguayennes qui, aujourd’hui, pleurent ceux et celles qu’elles ont perdus.

6° D’exprimer au peuple du Nicaragua que sa lutte est nôtre et qu’ensemble nous parviendrons à mettre en déroute un régime «génocidaire» comme nous l’avons fait il y a 39 ans et comme nous l’avons défendu lorsque nous avons participé à la création de l’Armée populaire sandiniste le 2 septembre 1979.

7° De féliciter nos frères et sœurs fondateurs de l’Armée populaire sandinistre qui, aujourd’hui, dans leurs tranchées respectives résistent à l’offensive de répression menée par les traîtres envers le peuple du Nicaragua.

Association collective des retraités des forces armées nationales
et internationales nicaraguayennes (AIFARNIN), 31 août 2018

Communiqué reçu par la rédaction de A l’Encontre, traduction A l’Encontre

_____

[1] Le 28 août, Rosario Murillo a annoncé la tenue de l’acte commémoratif du 2 septembre. Le 2 septembre 1979, l’Armée populaire sandiniste a occupé la place de la Garde nationale de la dictature de Somoza. En 1995, sous la présidence de Violeta Chamorro, elle a été transformée en Armée nationale du Nicaragua. Lors de son discours, en présence de Daniel Ortega et Rosario Murillo, le général Julio Cesar Avilés a souligné que l’armée «a protégé 200 objectifs stratégiques vitaux pour le fonctionnement du pays. Cela afin d’éviter que soit affectée la distribution d’énergie, d’eau potable et le fonctionnement des communications, depuis le 20 avril».Autrement dit, deux jours après le début de la rébellion citoyenne pacifique. De facto, son discours validait la narration officielle du gouvernement Ortega-Murillo selon laquelle il faisait face à «une tentative de coup d’Etat». Avilés, pour la première fois, affirma publiquement que «l’armée fut déterminante pour rétablir la paix et mettre fin à la spirale de violence».

Murillo, Ortega et Avilés le 2 septembre 2018

Le déploiement du drapeau du FSLN, à l’occasion d’une telle manifestation, avait pour fonction de traduire la subordination au gouvernement Ortega-Murillo de l’armée. Cette «commémoration» servit aussi à accorder de nouveaux grades à 223 officiers.

Selon Elvira Cuadra, analyste des questions de sécurité, l’involution de la position de l’armée peut être mesurée par le simple fait qu’elle a complètement tourné le dos à une de ses tâches primordiales, désarmer les paramilitaires. Et cela pour trois raisons : les exigences constitutionnelles, le principe d’agir face aux violations des droits humains et, enfin, la «façon dont elle va passer à l’histoire» comparativement à l’Armée populaire sandiniste. (Réd. A l’Encontre)

[2] Selon le dernier rapport, datant du 5 septembre, de l’ANPDH, Association nicaraguayenne pour les droits de l’Homme,le bilan de la répression du gouvernement Ortega-Murillo s’élève à 481 morts, 3962 blessés, dont 96 à vie, 1225 disparus. (Réd. A l’Encontre)

[3] Dans un entretien accordé à l’agence de presse espagnole EFE le 4 septembre, Daniel Ortega nie l’existence de paramilitaires et affirme: «Nous ne détenons pas de prisonniers politiques, ceux qui ont été arrêtés l’ont été pour des crimes commis contre le peuple.»(Réd. A l’Encontre)

[4] Hugo Torres Jimenez, suite à la célébration du 2 septembre, a déclaré que, dans le discours tenu à cette occasion par le général Avilés, «ressortait une position et aseptisée du chef de l’armée qui n’a pas sa place dans la situation présente… C’est un discours qui ignore la réalité du pays… [Torres mentionne le nombre de morts, d’emprisonnés, etc.] un discours qui est en dehors de toute rationalité parce qu’il apparaît comme un discours à propos d’un autre pays et non pas du Nicaragua actuel». (Réd.A l’Encontre)

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