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Nicaragua. Le «Nica Act» et le cycle politique

Publié par Alencontre le 15 - mars - 2018

Ileana Ros-Lehtinen, un des moteurs pour l’adoption du Nica Act. Originaire de Cuba, réfugiée à Miami où elle a épousé un militaire. Elle est active depuis quelques décennies dans la sphère institutionnelle des Etats-Unis

Par Oscar René Vargas

En 2017, les Etats-Unis ont réduit l’aide au Nicaragua de 10 millions de dollars à 200 000 dollars par an. Puis, ils ont suspendu le TPS [Temporary Protected Status for Nicaraguan Immigrants, qui assurait aux «immigrants» nicaraguayens sans papiers aux Etats-Unis le non-renvoi, vu la situation du pays] pour les Nicaraguayens et approuvé le «Nica Act» [Nicaraguan Investment Conditionality Act, qui s’oppose à des prêts des institutions financières internationales étant donné «le manque de transparence»] en octobre 2017 à la Chambre des représentants. Ils ont appliqué le Global Magnitsky Act [sanctions à l’encontre de personnes accusées de corruption ou d’atteintes aux droits de l’homme] au président du Conseil électoral suprême et, enfin, en décembre, sera présenté le «Nica Act» au Sénat des Etats-Unis.

Sisyphe, roi de Corinthe, en pénitence pour ses crimes, fut condamné à habiter dans un monde clos [le Tartare] et à traîner un rocher au sommet d’une montagne, avec le facteur aggravant supplémentaire que le rocher objet de son expiation redescendait à chaque fois de la colline avant qu’il n’atteigne le sommet.

Le mythe de Sisyphe illustre l’irrationalité de la politique traditionnelle nicaraguayenne, qui à chaque fois se doit de hisser, sans succès, le même «rocher» qui retombe sur elle. De même, les crises politiques récurrentes du Nicaragua, bien qu’elles soient d’origine humaine, semblent attester que le désir des dirigeants de se perpétuer au pouvoir souffre de la même eschatologie du syndrome de Sisyphe.

Quand tout semble indiquer que la volonté d’éliminer les gouvernements autoritaires et/ou les dictatures est déjà une réalité politique, le désir des politiciens traditionnels [allusion, entre autres, à Daniel Ortega et à son épouse Rosario Murillo] de rester indéfiniment au pouvoir explose, se répand et provoque à nouveau des cataclysmes politiques dans la société nicaraguayenne.

Les crises politiques récurrentes tendent à suivre les phases d’un processus démocratique naissant: élections, espoirs de dépassement du cycle autoritaire et/ou dictatorial, arrivée au pouvoir d’un politicien messianique; contrepartie nécessaire à la reprise du cheminement vers l’apogée du cycle autoritaire et, finalement, vers une nouvelle chute, comme celle de Sisyphe.

Le «Nica Act» est un projet de loi par lequel les Etats-Unis s’opposent à ce que les institutions financières internationales prêtent au gouvernement nicaraguayen et exigent que le gouvernement Ortega prenne des mesures pour garantir la transparence électorale, lutter contre la corruption et le respect des droits de l’homme afin d’avoir accès à l’accord des Etats-Unis dans les instances financières internationales.

Dans la nouvelle version du «Nica Act», le projet de loi prévoit non seulement des changements et des réformes politiques internes, mais aussi des exigences telles que la protection des peuples autochtones [qui se distribuent, au nombre de sept, entre le centre et le nord du pays et sur la côte caraïbe] et la nécessité que soit clarifié pour le Département d’Etat des Etats-Unis le degré de coopération des gouvernements russe et vénézuélien avec le gouvernement nicaraguayen, ses forces armées et son personnel de sécurité, c’est-à-dire l’armée et la police. Cela n’était pas le cas dans la version précédente.

L’adoption possible du «Nica Act» implique: 1° Le Nicaragua devient un élément qui met en danger la sécurité nationale des Etats-Unis. Ces derniers analyseront les relations avec la Russie et le Venezuela. L’histoire des années 1980 se répète. 2° La corruption est mentionnée comme un problème concernant le gouvernement, mais aussi les entreprises privées, de sorte que le lobbying promu par les grandes entreprises ne fonctionne plus. Le partenariat entre le gouvernement Ortega et le grand capital prendra fin lorsque les intérêts du secteur privé seront différents de ceux du gouvernement. Le secteur privé mesure les rendements en termes de profits. 3° L’exclusion de l’OEA (Organisation des Etats américains) en tant qu’intermédiaire. Il appartiendra au département d’Etat d’évaluer le comportement du gouvernement.

Pour le gouvernement Ortega-Murillo, il est temps de démanteler le système autoritaire et d’initier une restauration démocratique. Il est temps de fixer un calendrier, des échéances, des dates concrètes pour éviter les effets négatifs du «Nica Act».

Il va sans dire que l’analogie avec le mythe de Sisyphe est une métaphore pure. La crise politique imminente n’était pas inévitable. Bien qu’elle soit le fruit de la culture des politiciens traditionnels qui sont à l’œuvre depuis plusieurs décennies au sein du système politique nicaraguayen. La mémoire de la classe politique traditionnelle est très courte! (Article envoyé par l’auteur le 13 mars 2018, traduction A l’Encontre)

Oscar René Vargas est l’auteur de très nombreux ouvrages sur le Nicaragua et l’Amérique centrale. Il a connu l’exil en Suisse où il a fait une partie de ses études et a adhéré au courant marxiste révolutionnaire, puis il travailla comme chercheur au Mexique avant de retourner au Nicaragua.

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