Brésil. Le fils de Bolsonaro accusé de corruption, de blanchiment d’argent et de détournement de fonds

Par Felipe Betim

Le sénateur [depuis le 1er février 2019] Flávio Bolsonaro [1], le fils aîné du président, a été officiellement inculpé par le ministère public de Rio de Janeiro pour des délits de détournement de fonds publics, de blanchiment d’argent, d’appartenance à une organisation criminelle et de malversation. L’accusation, attendue depuis des mois, a été présentée ce matin [4 novembre] alors que la moitié du monde attendait le dépouillement des élections américaines.

Flavio Bolsonaro Jr. est considéré comme le chef d’un système de corruption qui a détourné une partie des salaires – payés avec l’argent public – de 23 anciens membres de son cabinet alors qu’il était député [de l’Assemblée de l’Etat de Rio de Janeiro], entre 2002 et 2018. Seize autres personnes ont été accusées des mêmes crimes, dont Fabrício Queiroz [un ami de Jair Bolsonaro], ancien membre de la police militaire. Il a servi d’assistant parlementaire pendant des années et est considéré comme le gestionnaire du système de détournement. Les autres étaient également des conseillers du cabinet. Tous deux réfutent ces accusations.

Les accusations de corruption portées contre le fils aîné de Bolsonaro représentent le talon d’Achille du président, qui est arrivé au pouvoir avec un discours de lutte acharnée contre la corruption. Jair Bolsonaro est un féroce protecteur des trois fils qui l’ont accompagné en politique durant des années, un sénateur, un membre du Congrès et un conseiller municipal de Rio de Janeiro qui fait maintenant campagne pour sa réélection. La Cour suprême examine si le zèle du président est allé trop loin, allant même jusqu’à une ingérence politique dans les affaires de la police fédérale afin d’éviter des enquêtes contre sa progéniture.

Flávio Bolsonaro a déclaré dans un communiqué que l’accusation du ministère public «ne va pas au-delà d’une chronique macabre mal mise en forme». Son père est resté silencieux.

L’enquête qui a débuté à la mi-2018 – après que le Conseil de contrôle des activités financières (Coaf) a identifié des mouvements inhabituels dans les comptes de Queiroz – a conclu que Flavio Bolsonaro Jr. avait détourné au moins 2,7 millions de reais (0,5 million de dollars) d’employés qui, pour la plupart, ne travaillaient pas dans son cabinet et n’avaient même pas pointé à l’Assemblée de Rio.

Un peu plus de deux millions de reais provenaient de centaines de transferts bancaires et de rentrées d’argent liquide effectués par au moins 13 autres conseillers fantômes avec lesquels l’ex-flic Queiroz était lié, voisin ou ami. Selon l’enquête, l’argent a ensuite été versé à Flávio Bolsonaro ou utilisé pour payer ses dépenses personnelles. Toujours en espèces. Le ministère public de Rio a identifié plus de 100 reçus pour l’école de ses filles et l’assurance maladie payée en espèces, en plus d’un revenu équivalent à 25 000 reais (4400 dollars) sur le compte bancaire de la femme de Flávio Bolsonaro.

L’accusation prétend que le sénateur Flávio Bolsonaro a également utilisé des transactions immobilières de la chocolaterie dans laquelle il avait une participation afin de blanchir l’argent. L’enquête met également en évidence le lien entre Fabrício Queiroz et la famille Bolsonaro et Adriano Nóbrega, un ancien de la police militaire, devenu criminel, qui est soupçonné d’être impliqué dans le meurtre de la conseillère de Rio, Marielle Franco [assassinée le 14 mars 2018, elle était membre du PSOL]. Adriano Nóbrega, qui a échappé à la justice, a été tué lors d’une opération de police en février. L’ex-femme et la mère d’Adriano Nóbrega ont également travaillé dans le cabinet de Flávio Bolsonaro.

Les autorités ont toujours sur leur écran radar les 27 chèques que Queiroz a remis à l’épouse du président Bolsonaro, Michelle, pour un montant d’environ 16 000 dollars. Au total, le montant que Fabrício Queiroz a transféré aux proches du président peut atteindre près de 80 000 dollars. En outre, selon le quotidien Estado de S. Paulo, le conseiller Carlos Bolsonaro, le deuxième fils du président, a acheté, en espèces, un appartement, à l’âge de 20 ans, comme l’indiquent les documents. Quant au quotidien O Globo, il a identifié que le membre du Congrès Eduardo Bolsonaro, son troisième fils, a utilisé 26 000 dollars en espèces pour payer une partie de deux appartements à Rio de Janeiro, en 2011 et en 2016. Bien qu’il ne soit pas illégal, l’achat de biens de grande valeur en espèces soulève des soupçons de blanchiment d’argent. (Article publié dans El Pais, le 4 novembre 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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[1] Flávio et Carlos Bolsonaro ont, depuis début 2020, adhéré au Parti républicain (PRB) qui est considéré comme une émanation politique de l’Eglise universelle du royaume de Dieu qui organise environ 7 millions de personnes au Brésil. Visuellement, elle est connue grâce à sa méga-église de Rio de Janeiro. (Réd.)

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