jeudi
20
septembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Ce 8 mars 2018 [1], Journée internationale des femmes, nous, femmes de la Marche mondiale des femmes, femmes diverses, de tous les peuples, toutes les races, tous les âges, nous nous rassemblons une fois de plus pour réaffirmer que nous poursuivrons notre Marche tant que toutes nous ne serons pas libres de toute oppression patriarcale, capitaliste et coloniale. Le féminisme est notre façon de vivre et les rues sont notre espace pour réclamer nos revendications.

Nous dénonçons le contexte politique mondial, contre lequel nous résistons, marqué par l’aggravation de la crise économique mais aussi sociale, politique, climatique et idéologique, nous dénonçons en définitive l’état de guerre totale qui nous affecte en premier chef, nous les femmes.

Nous dénonçons les arguments économiques et nationalistes qui visent à nous priver de l’exercice des droits et libertés fondamentales et, en conséquence, à bafouer l’autonomie des femmes et des peuples. Nous refusons toutes les politiques des gouvernements de droite, toujours plus radicaux, qui développent la haine, le racisme, la misogynie, l’intolérance et d’autres formes de discrimination. Nous restons fermes dans la lutte contre la criminalisation des mouvements sociaux. La lutte pour nos droits et nos libertés est juste, nous ne sommes donc PAS DES CRIMINELLES! Nous resterons dans les rues solidaires de nos camarades assassinées, pourchassées et privées de leur liberté et de leur latitude d’action politique.

Nous dénonçons et combattons l’avancée de la militarisation du monde, qui est une stratégie de contrôle de la vie des peuples. La militarisation renforce le néocolonialisme, le néopillage et l’appropriation par le capital des ressources naturelles; elle est la base de l’enrichissement de l’industrie d’armement en ces temps de crise. Outre l’état de guerre permanent au Moyen-Orient et en Afrique, nous sommes préoccupées par les mouvements des puissances militarisées du Nord qui font peser une menace de retour à la guerre froide et par l’ingérence continue dans les pays du Sud où elles cherchent à promouvoir le modèle de démocratie néolibérale nordique comme étant l’objectif à atteindre.

Nous dénonçons les accords de libre-échange qui appauvrissent toujours plus les peuples du Sud. L’appropriation, la privatisation et la commercialisation du savoir, de la terre, de l’eau, de la santé, de l’éducation et des autres biens communs aggravent les conditions d’exploitation du travail des pauvres et laissent les générations futures sans perspectives, perpétuant ainsi le cycle de la pauvreté. L’industrie extractive et l’agro-industrie continuent de dégrader notre santé et nos conditions de vie, tandis que les élites politiques accumulent des richesses fondées sur la corruption et l’impunité et construisent des États au service des entreprises multinationales. Nous réaffirmons que nous continuerons à sortir dans la rue pour affronter cette situation, alors que les institutions du droit sont de plus en plus fragiles face au pouvoir du capital et ne fonctionnent pas comme elles le devraient. Les forces du marché minent l’État de droit et l’Etat social.

Nous dénonçons l’assassinat de la planète par l’institutionnalisation d’un universalisme occidental et la recherche effrénée du profit. Le cartel des multinationales sans morale détruit la terre mère qui nous nourrit. Les accords climatiques ont créé de fausses solutions qui reposent sur un marketing linguistique de plus en plus vide de sens et qui perpétuent la violence contre la nature. Nous, les femmes de la Marche mondiale des femmes, femmes des campagnes et des villes, sommes du côté de la vie. Nous donnons nos vies pour défendre la nature dans laquelle nous vivons, dont nous faisons partie et qui nous permet d’être là où nous sommes (l’eau, la terre et les forêts de nos territoires), parce que nous croyons en des modes de vie qui interagissent de façon durable avec les ressources naturelles.

Nous dénonçons un marché qui exploite et précarise les conditions de travail des femmes: longues journées de travail, bas salaires et exposition à toutes sortes de risques; nous dénonçons la précarité du travail domestique et des soins. Un travail qui est la base même de la vie humaine, qui nourrit, harmonise, enseigne, protège. Un travail invisible et sous-évalué! Nous remettons en question la division sexuelle du travail qui surestime le travail socialement conçu pour les hommes en se fondant sur le déni de la valeur du travail attribué aux femmes. Comment le monde peut-il considérer comme inférieur l’accomplissement des tâches les plus fondamentales de l’existence humaine, telles que l’acte de cuisiner qui nous nourrit ou celui de nettoyer le lieu où nous vivons et dormons? Le travail des femmes est la base de la vie et constitue donc une importante contribution économique. Nous exigeons la reconnaissance de la valeur du travail domestique, car les contributions économiques vont bien au-delà de ce qui peut être monétisé.

Nous dénonçons l’industrie de l’aide internationale et les programmes de développement, en particulier ceux qui se concentrent sur les questions de genre, car ce sont les agents de la promotion des programmes néolibéraux et impérialistes, qui perpétuent la discrimination, la racialisation et l’exploitation des femmes des pays du Sud.

Nous dénonçons et continuerons toujours à dénoncer toutes les formes de violence parce que nous n’oublions pas la violence machiste à laquelle nous sommes confrontées chaque jour dans les espaces publics et privés. Nous le crions haut et fort. Ça suffit! Assez d’abus, de viols, de mariages forcés et de féminicides qui ne se produisent pas seulement dans les pays d’Asie et d’Afrique, mais sont le quotidien de la vie des femmes de toutes les classes et du monde entier. Nos corps et nos vies nous appartiennent et ce droit n’est pas négociable.

Nous célébrons, soutenons et participons aux initiatives qui visent à mettre fin au silence, comme les récents mouvements de dénonciation et d’occupation de l’espace public: Marcha das Mulheres, Time’s up, #metoo, Ni una a menos!, Vivas nos queremos! et la grève internationale des femmes, ainsi qu’à des initiatives qui renforcent les luttes permanentes et incontournables que nous tissons contre l’oppression du système patriarcal, capitaliste et colonialiste.

Nous célébrons les luttes et les résistances des femmes qui travaillent au niveau local, forgent de nouveaux discours et réécrivent l’histoire des populations marginalisées, mettant en lumière la diversité et le multiculturalisme des peuples, la solidarité comme stratégie de subversion du système actuel et comme stratégie d’humanisation et contribuant ainsi à la transformation des sociétés pour les rendre plus justes et égalitaires.

C’est pour tout cela et plus encore que nous, les femmes de la Marche mondiale des femmes, mouvement permanent d’action, nous marcherons ce 8 mars.

Nous allons mener des actions dans le monde entier pendant les 24 heures du 24 avril 2018 pour réaffirmer que “Rana Plaza est partout”; nous dénoncerons l’industrie textile, les multinationales et toutes les formes d’exploitation du travail des femmes.

Nous irons vers la XIème rencontre internationale qui se tiendra du 22 au 28 octobre, au Pays Basque, et où nous construirons collectivement des utopies et des alternatives, pour marcher vers un Monde de justice, de liberté et de paix!

Nous continuons à transformer notre douleur en force!
Nous continuons à faire confiance à la solidarité et au travail collectif!
Nous sommes toujours en marche, nous les femmes… Toujours!

La Marche mondiale des femmes est un mouvement mondial d’actions féministes rassemblant des groupes et des organisations de la base oeuvrant pour éliminer les causes qui sont à l’origine de la pauvreté et de la violence envers les femmes. Nous luttons contre toutes les formes d’inégalités et de discriminations vécues par les femmes. View all posts by Marcha Mundial de las Mujeres / Marche Mondiale des Femmes/ World March of women

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[1] Nous renvoyons aussi à trois articles publiés ces derniers jours sur le site A l’Encontre: le 4 mars 2018 «Retour sur le Mouvement de libération des femmes» par Judith Green; le 3 mars 2018 «Notre féminisme doit être anticapitaliste» par Celeste Murillo et Andrea D’Altri; le 27 février 2018, «Un combat juste et nécessaire sur le hidjab» par Yassamine Mather.

 

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Nicaragua: «100 jours de lutte pour la liberté», conférence de presse du 25 juillet

Voir la traduction française de cette conférence de presse publiée sur le site A l'Encontre le 26 juillet 2018

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Nicaragua: paysans assassinés par les paramilitaires d'Ortega

Voir l'appel de solidarité internationale publié sur le site A l'Encontre le 18 juillet 2018

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