mercredi
13
décembre 2017

A l'encontre

La Brèche

fastfoodstrike_zachroberts2_otu_imgPar Michelle Chen

A la fin de 2012, un groupe de salarié·e·s des fast-foods new-yorkais a décidé de faire une grève d’un jour, sans savoir que ce geste allait susciter un mouvement qui, aujourd’hui, se développe autour du monde. Cette coalition nouvelle entre salariés des fast-foods, syndicats et organisations de citoyens s’est depuis lors affirmée sur la scène internationale. Et sa bataille pour une augmentation des salaires et le respect des droits syndicaux se poursuit sous le hashtag #fastfoodglobal [site: http://fastfoodglobal.org].

Le 15 mai 2014, le courant international du mouvement a organisé dans une trentaine de pays et dans 150 villes des Etats-Unis une série de grèves, de manifestations et de flash mob pour réclamer un salaire minimum de 15 dollars de l’heure [1].

L’affirmation inattendue du mouvement Fast food forward semble, à première vue, être le produit d’une campagne effectuée à partir des réseaux sociaux plus que d’une révolte organisée des travailleurs et travailleuses. Mais, durant les derniers mois, les salariés de New York ont recruté des collègues de travail et ont coordonné la campagne avec le syndicat Service employees international, afin d’affirmer la dimension mondialisée du mouvement, ce qui constitue une grande victoire.

Naquasia LeGrand, qui travaille comme caissière pour 8 dollars de l’heure dans un Kentucky Fried Chicken de Brooklyn, est étonnée des progrès du mouvement depuis le lancement de la campagne en 2012. Elle affirme : «J’ai participé à la première grève. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Je n’aurais jamais osé dire que cela deviendrait une action internationale.»

Lors de la conférence internationale des salariés des fast-foods et conjointement des organisations de travailleurs – qui s’est tenue à New York le 7 mai 2014 –, Naquasia LeGrand a découvert la similitude des difficultés rencontrées par les salarié·e·s des Etats-Unis et celles auxquelles font face leurs collègues de Thaïlande. Dans ce pays, les conditions de travail sont encore plus dures et le salaire est inférieur. Quelques différences entre les salariés de différents pays suscitent néanmoins une perspective. Les salariés danois de McDonald’s, par exemple, gagnent plus de 20 dollars de l’heure et disposent d’une convention collective depuis des années. Selon Naquasia LeGrand, les bas salaires et les conditions de travail humiliantes des fast-foods démontrent que les grandes entreprises «ne veulent pas que les travailleurs et travailleuses s’unissent et qu’ils disposent d’un pouvoir et d’une voix parce que les patrons savent que nous sommes bien plus nombreux qu’eux».

L’avantage numérique des travailleurs et travailleuses est apparu avec force le 15 mai quand des milliers d’activistes et de salarié·e·s des fast-foods se sont réunis dans le square Herald de Manhattan, en ayant des trompettes [similaires à celles des supporters de football des stades d’Afrique : les vuvuzele] et des pancartes rouges sur lesquelles étaient inscrits l’hastag #fastfoodglobal et des mots d’ordre revendicatifs en anglais et en espagnol. Les mêmes slogans ont été scandés lors des manifestations aux Etats-Unis, de Chicago à San Diego, ou dans la capitale de Salvador ainsi qu’à Bogotá.

Pour des raisons de fuseau horaire, les premières manifestations ont eu lieu à Auckland, en Nouvelle-Zélande, où les salariés des fast-foods ont demandé une augmentation de salaire. Taylor McLoon, un représentant du syndicat néo-zélandais Unite, a expliqué que les travailleuses et travailleurs néo-zélandais – protégés par un «contrat collectif assez exceptionnel» – ont voulu «exprimé leur solidarité avec les salariés des fast-foods états-uniens et du reste du monde». A Tokyo, les manifestants ont défilé dans le quartier commercial du Shibuya. A São Paulo et à Séoul, les travailleurs et les syndicats ont manifesté contre la précarité des contrats, les bas salaires et les traitements illégaux. Dans le centre de Londres, les manifestant·e·s se sont réunis pour dénoncer les contrats «à zéro heure», c’est-à-dire qui n’assurent même pas un minimum d’heures de travail et laissent les personnes dans l’attente d’être appelées pour un emploi de quelques heures, durant quelques jours, ou encore durant quelques semaines. (Article publié par l’hebdomadaire The Nation, traduction A l’Encontre)

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[1] Ce type d’initiative manifeste une compréhension et une intelligence des rapports de force et des processus d’accumulation d’expériences pour faire aboutir une revendication de salaire minimum. Voilà un des laboratoires qui devraient être «inspectés» par les sommets syndicaux helvétiques qui ont produit affiches, tracts et déclarations pour la votation du 18 mai 2014. (Réd. A l’Encontre)

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