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décembre 2018

A l'encontre

La Brèche

Retour sur le Mouvement de libération des femmes

Publié par Alencontre le 4 - mars - 2018

Par Judith Green

Dans une société sexiste, le sexisme imprègne toutes les facettes de la vie. Dans les années 1960, le Mouvement de libération des femmes été l’occasion d’une immense libération de la parole des femmes sur les réalités de leur vie, sur leurs rapports entre elles et avec le monde, dans un effort pour se changer elles-mêmes et pour changer le monde. Lors d’une série de conférences organisées entre 1970 à 1978, nous, les femmes du Royaume-Uni avons développé sept revendications à partir de ce grand catalogue d’injustices.

Le premier de ces rassemblements a eu lieu du 27 février au 1er mars 1970, il y a exactement quarante-huit ans. Ce qui devait à l’origine être une conférence sur l’histoire des femmes a été transformé par les femmes d’Oxford en un événement centré sur les préoccupations contemporaines urgentes des femmes.

Alors qu’on attendait 300 femmes, ce sont 600 femmes qui sont arrivées. Elles ont abordé ensemble les questions à partir desquelles ont été développées les quatre premières revendications des Conférences nationales du Mouvement de libération des femmes.

Les voici:

  1. Egalité salariale
  2. Egalité des chances en matière d’éducation et d’emploi
  3. Contraception et doit à l’avortement gratuits, sur demande
  4. Garderies gratuites ouvertes 24 heures sur 24

Les priorités

Même si elles ont été acceptées par l’ensemble du Mouvement de libération des femmes, et approuvées à la conférence de Skegness en 1971, l’importance accordée à ces quatre premières revendications reflète les priorités du Comité national de coordination des femmes qui ont été votées lors de cette première conférence où prédominaient les groupes de gauche.

Prises dans leur ensemble, ces priorités ont comme objectif de décharger les femmes du fardeau de la maternité et de leur permettre de participer pleinement à l’économie en supprimant les obstacles qu’elles rencontrent dans ce domaine. Ainsi libérées, les femmes seraient à égalité avec les hommes dans la lutte. Les hommes – en tant que groupe – n’étaient pas pris en compte dans ces revendications. Les demandes s’adressaient plutôt aux législateurs, aux employeurs, aux services de santé et au secteur public.

Ces revendications étaient issues de la lutte pour l’adoption de la loi sur l’avortement (1967) et de la grève des travailleuses pour l’égalité salariale à l’usine Ford de Dagenham (1968). Elles ont ensuite été présentes dans l’effort pour mettre en œuvre la législation sur l’égalité sous la forme du Equal Pay Act pour l’égalité salariale (1970) ainsi que dans la Sex Discrimination Act (loi sur la discrimination sexuelle) (1975).

Le Comité national de coordination des femmes a été dissous après la conférence de Skegness.

Deux nouvelles revendications ont été ajoutées aux quatre premières lors de la Conférence d’Edimbourg en 1974:

  1. Indépendance juridique et financière pour toutes les femmes
  2. Droit à une sexualité auto-définie. Fin de la discrimination à l’égard des lesbiennes.

Même si elles ne nommaient pas explicitement les hommes, ces derniers y sont plus «présents» dans ces deux revendications que dans les quatre premières. En effet, l’indépendance juridique et financière par rapport aux hommes et le droit pour les femmes à une sexualité auto-définie plutôt que d’être définies par un «autre» (homme) sont au moins implicites.

La septième et dernière revendication a été ajoutée lors de la Conférence de Birmingham en 1978:

  1. Liberté de toutes les femmes, quel que soit leur état matrimonial, par rapport à l’intimidation, la menace, le recours à la violence ou à la coercition sexuelle; élimination des lois, des préjugés et des institutions qui perpétuent la domination masculine et l’agression envers les femmes.

Alors que les quatre premières revendications avaient été spécifiques et mettaient l’accent sur l’égalité économique et les droits en matière de procréation, la septième revendication englobait – dans la phrase «des lois, préjugés et institutions qui perpétuent la domination masculine» – l’ensemble du système social de suprématie ou de patriarcat masculin.

La domination des hommes sur les femmes et le rôle de la violence pour le maintien de cette situation ont ainsi été cités directement pour la première fois, non sans provoquer quelques controverses.

Les féministes socialistes et les partisans non alignés l’ont emporté en faisant annuler le préambule proposé, qui affirmait que «la violence des hommes contre les femmes est l’expression de la suprématie masculine et du contrôle politique des femmes».

Les socialistes et les radicales

Les conférences du Mouvement de libération des femmes ont parfois été décrites comme des circonstances qui ont donné lieu à de douloureux schismes et rancœurs entre les deux ailes de féministes engagées: les socialistes et les radicales.

Chacune des parties a sévèrement critiqué l’autre. L’ombre portée par ces désaccords a été longue, les reproches et la litanie de mauvais comportements catalogués ont été fréquents. Je n’ai aucune intention de m’y lancer dans ce court article.

En tant que féministe socialiste du XXIe siècle, je suis aussi frustrée par le fait que ma tradition se montrait inadéquate pour théoriser et combattre la violence masculine à laquelle s’adressaient mes sœurs radicales dans les années 1970.

Pas une seule des revendications du Mouvement de libération des femmes n’a été dûment satisfaite, qu’il s’agisse des droits économiques ou reproductifs, de la libération sexuelle des femmes ou de la fin de la violence endémique des hommes contre les femmes et les jeunes filles.

Il y a quelques lacunes importantes dans les revendications, notamment en ce qui concerne le travail domestique non rémunéré des femmes, les stéréotypes et la socialisation sexistes, ou le domaine de la représentation, à la fois politique et dans l’imagerie médiatique. Actuellement les féministes de la tradition socialiste reconnaissent que l’inégalité entre les femmes et les hommes est à la fois une cause et une conséquence de la violence masculine et qu’il est essentiel de nommer la violence masculine pour y mettre fin.

Bien qu’il existe un courant du féminisme qui estime qu’il est plus important d’être inclusif que de protéger les droits des femmes, il n’a jamais été aussi urgent qu’un Mouvement de libération des femmes s’attelle à cette tâche [de la violence masculine et d’aborder cette question].

La nécessité de reconstruire un mouvement centré sur les femmes est reconnue à la fois par les socialistes et par les féministes radicales, deux courants qui ont beaucoup en commun.

Le voyage a été long depuis les jours enivrants de la deuxième vague des Conférences du Mouvement de libération des femmes. Ce qu’aucune des participantes n’aurait pu prévoir, c’est la nécessité de préciser que le sexe existe et qu’il a une signification sociale à cause du sexisme.

Nous pourrions proposer une nouvelle revendication, à laquelle on pourrait peut-être attribuer le chiffre zéro. Pour faire court: «Reconnaître le sexe et le sexisme». (Cet article a été publié par SocialistFeminist.network; traduction A l’Encontre)

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Le travail dans les entrepôts à l’heure de «l’économie numérique»

Entre votre livraison à domicile d’une commande passé à Amazon et les profits nets de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, il y a un «problème». Le tout «fonctionne» sur la base d’une plate-forme qui organise une très nombreuse main-d’œuvre. «Elle» – ses fonctions sont conçues par la direction du groupe – intensifie et contrôle au plus près du travail des salarié·e·s; «elle» contribue à rendre les emplois plus précaires et instables.

Au cours de cette session du séminaire consacré au capitalisme, à Toronto (Canada), Alessandro Delfanti discute des changements à l’œuvre dans l’organisation du travail, de la composition de la classe salariée et de l'évolution des rapports de travail résultant des relations entre le capitalisme et la technologie. Il le fait sur la base d'une étude récente d’un entrepôt d’Amazon en Italie.

Alessandro Delfanti enseigne à l'Institut de Communication, Culture, Information et technologie à l'Université de Toronto. Il fut l'un des principaux membres fondateurs du réseau Log Out! Réseau de résistance des travailleurs et travailleuses à l'intérieur et contre l’économie des plates-formes. Son intervention est en langue anglaise. (Réd. A l’Encontre)

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