dimanche
19
août 2018

A l'encontre

La Brèche

Par Baudoin Loos

Un déluge de feu. Jour et nuit. L’enfer sur terre. Le calvaire des habitants de la zone rebelle dite «la Ghouta» (l’oasis) orientale située à un jet de pierre de Damas continue. Le chiffre des mille morts en trois semaines n’est plus loin. Le cessez-le-feu exigé à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies il y a une dizaine de jours n’aura jamais été qu’un vœu pieux.

Il fait déjà partie de ces gesticulations diplomatiques qui jettent pour longtemps le discrédit le plus total sur l’institution aux ambitions mondiales. L’ambassadeur français auprès de l’instance suprême de l’ONU, François Delattre, ne s’y est pas trompé et a lancé un avertissement solennel qui en fit frissonner plus d’un:

«Prenons garde que la tragédie syrienne ne soit pas aussi le tombeau des Nations unies!» 

Sur le terrain, donc, le régime poursuit sans relâche son offensive aérienne et terrestre. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les forces fidèles à Bachar al-Assad ont reconquis plus de la moitié de l’enclave rebelle de 100 km². Ces mêmes forces, qui avaient déjà conquis la partie surtout agricole la plus à l’est, auraient réussi depuis ces mercredi et jeudi à scinder le territoire en deux, forçant des milliers de personnes à fuir leur avancée pour se réfugier vers des localités encore aux mains des groupes rebelles.

Dans au moins deux agglomérations de la Ghouta, Saqba et Hammouriyé, des personnes, une soixantaine selon l’OSDH, ont souffert jeudi de difficultés respiratoires. Il s’agirait d’un nouvel usage de gaz de chlore par le régime. L’UOSSM (l’Union des organisations de secours et soins médicaux, une organisation humanitaire médicale française et internationale) en parle dans son dernier communiqué:  «Les victimes présentent des symptômes correspondant à l’inhalation de chlore, notamment: respiration sifflante accompagnée de toux, dyspnée et érythème conjonctival. Les vêtements des victimes ont une forte odeur de chlore. Des témoins confirment également la présence d’une forte odeur de chlore aux alentours de Kafr Batna.» 

Le travail des volontaires secouristes ne connaît aucun répit. Dans un décor d’apocalypse, ils tentent de se mouvoir dans des rues défoncées et encombrées de débris pour porter assistance aux civils réfugiés dans les caves et pris au piège des bâtiments effondrés sous les bombes.

Quant aux convois d’aide humanitaire censés partir de Damas, à moins de deux kilomètres, ils ne peuvent accéder à la zone sinistrée. Celui qui s’y était risqué ce lundi 5 mars avait dû écourter son séjour alors que les bombes continuaient à pleuvoir. Il avait déjà été «allégé» avant de partir par les agents du régime qui en avaient retiré toutes sortes de matériel médical. Ce jeudi, un convoi de nourriture a encore été ajourné. «Aujourd’hui, l’ONU et ses partenaires n’ont pas pu retourner à Douma (…) car le mouvement du convoi n’a pas été autorisé par les autorités syriennes pour des raisons de sécurité», a indiqué Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), à Genève.

A Bruxelles, Médecins sans frontières tente aussi d’alerter la communauté internationale:  «Les structures médicales soutenues par MSF ont dénombré en moyenne 344 personnes et 71 tués chaque jour sur une période de deux semaines. Des chiffres éloquents qui ne reflètent qu’en partie l’horreur de la situation. Nos collègues médicaux sur place font de plus en plus part de leur désespoir.» 

Sur le site www.syriemdl.net, une habitante de la Ghouta, Nivine Hotary, a réussi à placer un message ce 8 mars. Il ne demande pas de commentaire. «C’est probablement la dernière chose que je posterai (sur ma page), écrit-elle…  Notre situation catastrophique est désormais plus que connue pour tout le monde. On a tout dit. Un régime qui assassine son propre peuple avec le soutien et l’approbation internationale. Hier était une nuit indescriptible: chlore, bombes à fragmentation, barils et roquettes, ils ont tout essayé pour nous enterrer vivants. Que dire de plus? On n’a plus de mots. Toute personne silencieuse qui ne dit rien, n’a pas de conscience et elle est dénuée d’humanité.» (Publié dans Le Soir, en date du 9 mars 2017)

***

PS. Selon les plus récentes informations, les hélicoptères du régime de Bachar déverses des milliers tracts sur la Ghouta orientale «invitant» la population à quitter les lieux, «sous bonne garde», afin d’opérer un vaste transfert démographique» et une nouvelle «concentration de réfugié·e·s». Voir photo ci-contre. Nous publierons sous peu une étude sur les transferts de population organisés par le régime. (Rédaction A l’Encontre)

 

 

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