jeudi
20
juillet 2017

A l'encontre

La Brèche

F3957BD303BA8C26AF5DE27013CA6FFAPar Thanassis Kourkoulas

Un fait significatif : le 21 mars, journée internationale contre le racisme, des milliers de manifestants antiracistes et antifascistes ont participé à des manifestations, des rassemblements et des actions à travers la Grèce. En même temps, les militants d’Aube dorée n’étaient pas plus que 300 ou 400 réunis devant leurs locaux, face à la station de métro «Larissa», à Athènes. Cette contre-démonstration était présentée comme une manifestation contre le «racisme» (présumé) «contre les Grecs».

Innocentes colombes

Bien que les gangs nazis continuent à agir dans diverses régions du pays (par exemple l’attaque de militants d’Aube dorée contre un médecin grec et des immigrants à Chania, en Crête), leur discours public change de ton pour adopter celui de sermons de l’Eglise orthodoxe. A la mi-mars, Panagiotaros (un député d’Aube dorée, avocat lors du procès à venir), dans une émission en direct sur NERIT (New Greek Radio, Internet et TV, qui a remplacé l’ERT supprimée par Samaras en juin 2013), a qualifié les Roms de «sauterelles qui attaquent et ravagent tout», de même que les «immigrants illégaux». Il a souligné que «si Aube dorée était en charge des affaires, toutes les mosquées seraient des tas de gravier en lieu et place d’édifices consacrés à la prière».

A l’opposé, le 21 mars, les porte-parole d’Aube dorée ont tenté d’arrondir les angles racistes de leurs discours. Sur le site officiel d’Aube dorée, ils ont nié la paternité de tracts signés qui appelaient – quelques jours auparavant – à des manifestations haineuses dans les rues d’Athènes avec le slogan: «Dehors immigré·e·s clandestins».

La raison de cette inflexion rhétorique est simple: avant le procès, le loup prend les habits d’une brebis qu’il portera aussi longtemps que nécessaire à l’intérieur de la salle d’audience; cela afin d’affaiblir ceux qui s’opposent frontalement à l’AD. Ils espèrent, une fois de plus, un traitement favorable de la part de la justice qui permettra aux dirigeants d’AD de s’en sortir sans problème. Pour les mêmes raisons, Illias Kassidiaris, le chef des groupes de choc, lors du procès durant lequel il a été acquitté pour l’attaque conduite en 2007 à l’Université de Zografou (dans la banlieue est d’Athènes), avait exprimé sa sympathie pour la victime, en niant toute implication et en affirmant renoncer à la violence.

Procès dans la prison de Korydallos

Dans le même temps, la petite salle d’audience de la prison de Korydallos (district régional du Pirée), avec ses 150 places, se prépare à accueillir un procès historique: 69 fascistes accusés, 150 avocats des fascistes et 145 témoins convoqués par l’accusation. Avec l’ensemble des témoins et des avocats, le nombre de 500 sera atteint.  La tenue de ce procès dans ce lieu constitue un changement complet des règles de la procédure qui assure l’accès libre et public à une telle audience. Pour les journalistes, la proposition consiste à assister au procès dans une autre pièce adjacente où le procès sera retransmis par un système de circuit vidéo fermé.

Se répètent ainsi les dispositions scandaleuses en faveur d’AD que nous avons vues lors de précédentes affaires avec les néonazis (par exemple Kasidiaris, Kostantinos Barmparousis en 2014, etc.). Ce sera un autre procès fasciste qui se tiendra dans un environnement où les insultes et les menaces contre les témoins et les victimes seront à l’ordre du jour.

Le mouvement antifasciste et la gauche ont le devoir de ne pas permettre la répétition d’une telle parodie. Déjà des groupes de cette région d’Athènes,  après l’initiative de la municipalité de Korydallos, exigent le transfert du procès dans un autre lieu, d’autant plus que 11 écoles se trouvent dans la proximité de la prison.

Les avocats ont également demandé le transfert du procès dans la grande salle du Palais de Justice d’Athènes où s’est tenu le procès de Periandros (de son vrai nom Antonis Androutsopoulos, ex-dirigeant d’AD) pour l’attaque meurtrière contre l’étudiant Dimitri Koussouris.

Dans une question récente posée par le député SYRIZA Vassiliki Katrivanou au ministre de la Justice Nikos Paraskevopoulos, ce dernier a répondu que «le procès débutera normalement à Korydallos, car une autre solution n’est pas faisable à ce stade». Il a toutefois promis que «le lieu où se tient du procès sera réexaminé si des problèmes se posent au début de la procédure».

Rendre public ce procès

Dans ces circonstances, la présence massive des antifascistes dans et hors du tribunal acquiert une valeur particulière. Lorsque le procès commencera finalement, le 20 avril, la Coordination antifasciste d’Athènes-Le Pirée appelle à une manifestation antifasciste demandant la condamnation des dirigeants d’AD pour leurs actes.

Dans le même temps, un Observatoire sera mis en place pour suivre le procès. Il a été créé par l’Union grecque des droits de l’homme, par le syndicat des journalistes d’Athènes (ESIEA) et par la Coordination antifasciste. Son but: assurer la couverture complète et publique du procès et les conditions de son déroulement.

La gauche doit soutenir ces initiatives et en même temps déclarer de la manière la plus claire la condamnation – enfin – des nazis que réclame la grande majorité, en demandant justice pour les centaines de victimes (Grecs et migrante·e·s) d’Aube dorée. (Traduction Antonis Martalis; édition A l’Encontre; publié dans le quizomadaire de DEA, La Gauche ouvrière)

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