vendredi
22
septembre 2017

A l'encontre

La Brèche

infanciahoy.com_7791_1822011_deluruEntretien avec Daniel Sayagués, défenseur de l’Office des mineurs, conduit par Eduardo Barrenche

Le défenseur de l’Office des mineurs considère que l’INAU [Instituto del Niño y Adolescente del Uruguay – Institut de l’Enfant et de l’Adolescent] n’est pas à même de gérer l’augmentation des internements qui sera entraînée par la loi qui établit des peines minimales d’une année pour des adolescents commettant des crimes jugés graves. Il a déclaré que l’INAU devait faire appel au système de semi-liberté pour faire baisser la surpopulation dans les foyers. Il a ajouté que les travaux en vue de créer de nouveaux foyers «ont pris du retard», voire «n’ont jamais commencé» et que par conséquent l’entassement que connaissent déjà les centres de Colonia Berro et de Montevideo allait perdurer, cela après 8 années de gouvernement dit progressiste du Frente Amplio, de Tabaré Vasquez (éiu en 2005), puis de Pepe Mujica (élu en 2009).

 Il y a quelques jours, vous avez visité le Foyer SER de la Colonia Berro. Qu’avez-vous constaté là-bas?

J’ai pu observer les conditions dans lesquelles sont logés les adolescents. Dans certains centres elles sont très mauvaises, dans d’autres elles sont juste mauvaises. Mais de manière générale il n’y a pas de conditions dignes. Si je devais faire une évaluation, je dirais que 80% des jeunes purgeant une peine de privation de liberté dans l’INAU vivent dans des conditions qui ne sont pas dignes. Un petit 20% vit dans des conditions acceptables, mais rien de merveilleux.

Des organisations sociales remettent en question les défenseurs de l’Office des mineurs parce que ceux-ci ne font pas recours contre les conditions d’hébergement des jeunes qu’ils défendent. Quel est votre avis sur la question?

Les avocats de la défense ne peuvent faire que le système fonctionne mieux. Ce n’est pas notre fonction. Les conditions de surpopulation dans les foyers ne sont pas nouvelles. Tout le pays est au courant de cette situation. Cela ne sert à rien de les dénoncer puisque l’institution elle-même reconnaît le problème (sic). C’est la raison pour laquelle de nouveaux lieux d’hébergement sont en construction.

La Justice de Pando (ville du département de Canelones) enquête sur une dénonciation de l’Institut des Droits humains concernant le soupçon de mauvais traitements dans la Colonia Berro. Que savez-vous à ce sujet?

Il y a eu des dénonciations de la part de l’Organisation mondiale contre la torture et des droits humains d’Uruguay. C’est au SIRPA [Sistema de responsabilidad Penal Adolescente] de prendre les mesures qui s’imposent. Lorsque les défenseurs reçoivent des dénonciations concernant de mauvais traitements nous le faisons aussi. C’est ce que j’ai moi-même fait.

Actuellement dans les foyers de Berro et de Montevideo il y a 618 mineurs. En mars de cette année vous avez prédit que le système allait s’effondrer à la fin 2013 à cause de la loi qui a durci les peines des mineurs. Pensez-vous que cette prédiction se réalisera?

Il y a déjà eu une augmentation constante et explosive de la population internée dans l’INAU. Nous avons passé d’une moyenne de 300 lors de l’administration précédente à quelque 500 à la fin 2012, alors que cette loi n’était pas encore appliquée. Cette augmentation s’explique par le fait qu’on n’a pas laissé filer 200 internés.

On laissait ces 200 mineurs quitter les foyers?

Oui, on les laissait sortir. Lorsqu’on faisait entrer trois nouveaux pensionnaires, on laissait partir trois autres. C’est ainsi que fonctionnait le système.

Qu’est-ce qui s’est passé?

On a fermé la porte des foyers. Sans qu’il y ait de modification législative ni de changement de juges, ni de la situation socio-économique, cela a entraîné une augmentation de la population de 300 à 500 internes. Ce sont là les chiffres officiels pour la fin 2012. A partir du 1er février 2013, est entrée en vigueur la nouvelle norme qui fixe les peines minimales d’internement à 12 mois pour certains délits – fondamentalement des rapines – commis par des adolescents ayant entre 15 et 17 ans.

Qu’est ce qui a changé au cours de ces derniers sept mois?

Nous avons passé des 500 internes à la fin de l’année passée à près de 700. L’augmentation des internés va être constante et se poursuivra jusqu’au 1er février 2014, lorsque commenceront à être libérés ceux qui ont été internés l’année précédente. Il est probable que nous arriverons à ce moment-là à un plateau. Jusqu’à quand est-ce que cela continuera? J’estime – et c’est une estimation prudente – que nous atteindrons le nombre de 800 mineurs ayant enfreint la loi.

L’INAU peut-il absorber un tel nombre d’internés?

Bien sûr que non. L’INAU ne peut les absorber dignement avec le nombre de places dont il dispose. On a bricolé quelques modules dans le foyer SER, mais cela ne suffit pas pour faire face à cette augmentation de la population. On a construit certains ouvrages et on en a planifié d’autres, d’autres chantiers connaissent de gros retards et d’autres encore n’ont même pas été commencés. Ce qui est en construction est le centre du Général Flores, qui aura une capacité de 120 places. Mais avec les chiffres que j’ai mentionnés cela ne suffirait même pas à absorber la croissance qu’il y a eu depuis de 1er février. Les conditions de surpopulation vont continuer.

Quelle réponse le système peut-il donner à cette surpopulation?

Le seul centre de semi-liberté du système est celui de Cimarrones. Ce centre est prévu pour héberger 12 personnes, et il en héberge 28. Les jeunes y dorment parterre.

Que se passera-t-il si ce centre doit accueillir encore davantage de mineurs?

Si on continue à placer des internés à Cimarrones, on va détruire un projet qui fonctionne bien. La surpopulation entraîne des problèmes. On devra apporter rapidement une réponse en louant des maisons communautaires en bon état. En un mois on peut organiser ces lieux pour pouvoir héberger des dizaines de personnes en semi-liberté. Ainsi, à peu de frais et en peu de temps on pourrait diminuer le nombre d’adolescents dans le système de privation de liberté en transférant des jeunes au régime de semi-liberté. Tout en continuant à respecter la loi. (Traduction de A l’Encontre, article publié dans El Pais de Montevideo, le 21 septembre 2013)

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