Une autre occupation. Israël a tué 890 Palestiniens à Gaza depuis le début du «cessez-le-feu». Voici comment

Habitants de Deir Al Balah tués par drone le 26 mai 2026. (Capture de vidéo)

Par Amira Hass

Lundi dernier, une femme de 58 ans a été poignardée à mort dans l’un des centres d’accueil pour personnes déplacées du sud de la ville de Gaza. Quelques heures plus tard, la police de Gaza a arrêté le neveu de la victime. Le mobile du meurtre était un différend financier.

La veille, une femme de 22 ans avait été assassinée dans le centre de la ville de Gaza. Son mari a été arrêté. Les autorités de Gaza gèrent des centres de détention qui accueillent non seulement ceux qui osent critiquer le Hamas, mais aussi des suspects dont les dossiers sont transmis au parquet pour examen. Oui, le Hamas continue de diriger certaines institutions de l’administration civile.

Ces deux meurtres ont choqué beaucoup de monde, mais peu de personnes ont été surprises. Dans des conditions caractérisées par l’absence d’intimité dans les grands camps de tentes et une surpopulation insupportable; avec les bombardements et les tirs d’artillerie quotidiens d’Israël depuis les airs, la mer et la terre; la crainte omniprésente d’être tué par un missile – ou pire, d’être blessé et de rester handicapé; et les nerfs à vif, la pauvreté et la faim, tout cela crée un terrain fertile pour les querelles et les conflits violents entre les familles et au sein même de celles-ci. Certains affirment que les femmes sont les principales victimes de ces meurtres.

Une telle bagarre entre deux familles a éclaté, par exemple, mardi dernier à Hamad, dans le district de Khan Younès. Une personne a tiré avec un fusil d’assaut Kalachnikov et, en peu de temps, des policiers sont arrivés, l’ont arrêté et ont confisqué son arme. Une bagarre similaire a éclaté le 4 mai, également à Hamad, à la suite de laquelle un fusil d’assaut Kalachnikov a été confisqué et le tireur arrêté. À Rafah la semaine dernière, un pistolet a été confisqué après que son propriétaire l’eut utilisé lors d’un violent conflit entre familles. Sans parler des bagarres au cours desquelles aucune arme à feu n’est utilisée et où des anciens, respectés par la communauté, parviennent à intervenir et à rétablir le calme avant l’arrivée de la police.

L’unité d’approvisionnement de la police, qui contrôle la qualité et les prix des denrées alimentaires vendues par les commerçants, a localisé et détruit jeudi dernier 279 kilogrammes de poisson congelé impropre à la consommation humaine. Cela s’est produit lors d’une patrouille de routine sur les marchés, en collaboration avec des représentants du ministère de l’Économie nationale et de la municipalité. L’odeur ne laissait aucun doute sur le fait que le produit était avarié, a noté un porte-parole de la police.

Chaque policier qui patrouille dans les marchés, les centres d’accueil pour personnes déplacées et les cuisines publiques distribuant de la nourriture à ceux et celles qui n’ont pas un sou, puis retourne à son poste dans un poste de police improvisé (les véritables ont été bombardés et détruits il y a longtemps), risque sa vie. Malgré le rôle crucial qu’ils jouent pour prévenir des souffrances encore pires, Israël continue de traiter les policiers comme des cibles. Quarante-deux de ces policiers – qui menaient des missions de soutien aux civils au sein d’une société palestinienne ensanglantée et tourmentée – ont été tués par des tirs israéliens depuis la déclaration du cessez-le-feu le 10 octobre 2025.

Samedi matin 23 mai, cinq policiers ont été tués, tous âgés d’une trentaine d’années, lorsque au moins deux missiles ont été tirés sur eux alors qu’ils se trouvaient dans un poste situé dans la zone entre Beit Lahia et le nord de la ville de Gaza. Ils s’appelaient Mohammed al-Ar, Rami al-Hanawi, Abd al-Hadi al-Jarbou, Salem Haniyeh et Hani al-Madhoun. Un garçon de 15 ans a été tué par la même frappe: Saber al-Jarbou. Tous étaient originaires du camp de réfugiés de Jabalya. Au moins quatre civils de la région ont également été blessés.

Facebook s’est immédiatement rempli de photos et de vidéos: des corps éparpillés – en civil – parmi les tentes et à côté d’une flaque d’eaux usées. Une équipe d’ambulanciers soignant les blessés dans une tente; des gens transportant les morts dans des couvertures, vraisemblablement vers des ambulances les sirènes hurlantes; un enfant assis par terre pleurant son père: «Comme je t’aimais», sanglote le garçon, expliquant: «Ils l’ont bombardé sur le site [la station]… Je lui avais demandé de venir déjeuner avec nous aujourd’hui.» Une vidéo d’un enterrement; une autre; des annonces de réceptions de deuil.

Un message racontant que la veille al-Ar avait échappé de justesse à un missile israélien qui avait frappé une autre zone entre Gaza et Jabalya, et une déclaration du ministère de l’Intérieur de la bande de Gaza donnant son point de vue sur la raison du meurtre des policiers: «Israël souhaite le chaos dans la bande de Gaza.»

Dimanche matin, aucun rapport officiel n’était disponible sur le site web du service de presse de l’armée israélienne, bien qu’une source sécuritaire ait confirmé qu’une attaque avait eu lieu dans la région. On peut en déduire qu’il ne s’agissait pas d’un assassinat de hauts responsables du Hamas, du genre de ceux dont l’armée israélienne aime se vanter. Le site web contient toutefois des rapports faisant état de frappes contre des «terroristes» au cours des jours précédents. En voici quelques-uns: à l’ouest de Rafah, près de la ligne jaune, un berger de 42 ans, Rafat Breika, a été tué; dans le quartier de Zeitoun, Louay Bassl a été tué chez lui.

En septembre 2024, des bombardements israéliens avaient tué quatre membres de la famille de Bassl, dont deux enfants. À l’est de Deir al-Balah, Fatima al-Zahra, âgée de 26 ans, a été tuée et à Beit Lahia, Jude Dweik, âgé de 13 ans, a été tué. Et à Mawasi, à Rafah, deux chauffeurs de camion – Mohammed Abd al-Fattah et Mahmoud Nafez – ont été tués par des tirs israéliens. Leurs corps ont été retrouvés jeudi, après plusieurs jours de recherche.

Le service de presse de l’armée israélienne ne fait pas non plus état d’une série de bombardements et de tirs d’artillerie qui ont eu lieu ces derniers jours dans toute la bande de Gaza et qui ont particulièrement touché les camps de réfugiés d’Al-Bureij et de Nuseirat. Ces frappes ont fait suite à des appels lancés à la population pour qu’elle évacue ses habitations. L’un de ces bombardements, survenu dimanche matin à Nuseirat, a coûté la vie à Mohammed Ibrahim Abu Mallouh, 38 ans, à son épouse Alaa Zaqlan, 36 ans, et à leur fils Osama, âgé d’un an. Ainsi, dimanche matin, le nombre de personnes tuées par Israël depuis le «cessez-le-feu» à Gaza s’élevait à 890. Le nombre de blessés s’élève à 2677. (Article publié par Haaretz le 25 mai 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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