Grande-Bretagne-Dossier. «Le message de Makerfield» (1)

(Capture de vidéo)

Par Jon Trickett

Alors qu’Andy Burnham s’apprête à s’installer à Downing Street, il est confronté à un choix difficile: mener une politique axée sur le territoire, la solidarité et une gouvernance active, ou ouvrir la porte à l’extrême droite.

La Grande-Bretagne que nous connaissons est en train de disparaître. Alors que les ténèbres s’épaississent, nous voyons les barbares de l’extrême droite aux portes de la ville. Il fut un temps où un projet des Lumières suggérait que l’arc de l’univers moral finirait par se courber vers la justice. Aujourd’hui, cela semble loin d’être certain.

Pourtant, il y a peut-être une lueur d’espoir. L’élection partielle de Makerfield [circonscription électorale du Grand Manchester dans laquelle Andy Burnham a été élu comme député le 18 juin 2026] a offert aux communautés ouvrières du Nord l’occasion de s’exprimer au nom de la nation. Bien qu’elle ait été largement présentée comme un simple affrontement de plus entre le Parti travailliste [qui a réuni 24’927 suffrages pour Andy Burnham] et Reform UK [15’696 attribués à Rob Kenyon; le candidat de Restore Britain, à droite de Reform UK a obtenu 3111 suffrages et le candidat du Parti conservateur 997], elle revêtait en réalité une importance bien plus grande. Elle a représenté un rejet non pas d’une, mais de quatre versions distinctes de la politique de droite qui ont dominé la Grande-Bretagne au cours de la dernière décennie: le populisme insurgé de Nigel Farage; la politique nationaliste encore plus intransigeante associée à des figures comme Rupert Lowe [ancien de Reform UK, a passé en 2026 à Restore Britain]; le néolibéralisme conservateur, épuisé après quatorze ans au pouvoir; et l’approche gestionnaire du gouvernement prônée par Keir Starmer.

Ces élections ont également laissé entrevoir une alternative possible. Non seulement Andy Burnham a-t-il battu ses adversaires, mais il a démontré qu’il existe toujours un engouement pour une politique ancrée dans le territoire, l’amélioration concrète des conditions de vie et le renouveau démocratique – plutôt que pour la division, les guerres culturelles, l’austérité sans fin ou la dérive technocratique.

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On ne peut comprendre ce résultat sans reconnaître la profondeur de la frustration qui règne au sein de ces collectivités. Les groupes de discussion organisés tout au long de la campagne ont révélé un électorat qui avait perdu confiance en Westminster. Le sentiment dominant était celui d’un engagement en déclin et d’une désillusion croissante. Les électeurs et électrices se sont plaints à maintes reprises que les responsables politiques promettaient le changement mais ne tenaient guère leurs promesses, que Westminster ne comprenait ni n’écoutait les villes comme la leur, et que rien ne semblait jamais s’améliorer.

Les débats idéologiques abstraits figuraient en bas de la liste des préoccupations des électeurs et électrices, comparés à des enjeux tels que la précarité économique, la pression sur les services publics, le déclin des centres-villes, les bas salaires et le coût de la vie. L’immigration comptait certes pour beaucoup, mais elle était généralement abordée sous l’angle de la pression sur le logement, le NHS (National Health Servece) et les services publics, plutôt que sous celui de la seule identité culturelle.

Tout cela reflète les réalités sociales et économiques de Makerfield elle-même. Autrefois fondée sur l’exploitation minière, l’ingénierie et l’industrie manufacturière, la circonscription a connu le même processus de désindustrialisation qui a transformé les anciens bassins houillers britanniques. Les emplois industriels stables ont cédé la place à des emplois dans la logistique, l’entreposage, le commerce de détail, les soins de santé et d’autres secteurs de services moins bien rémunérés. Le salaire annuel médian reste d’environ 26’200 livres sterling, ce qui est nettement inférieur à celui des régions aisées du sud de l’Angleterre. La productivité y est plus faible, le taux de diplômés plus bas et les possibilités d’ascension sociale plus limitées.

Près de 20% des enfants grandissent dans la pauvreté à Makerfield, contre seulement 4,6% dans la circonscription aisée de Richmond Park, dans le Grand Londres; 21% des enfants quittent l’école sans diplôme, contre 8% à Richmond. Le plus choquant est peut-être que l’espérance de vie en bonne santé y est inférieure d’environ dix ans par rapport à celle de Richmond. Dans la commune de Makerfield, elle s’élève désormais à 54,6 pour les hommes et à 55,1 pour les femmes: soit une baisse de plus de cinq ans depuis 2011. À Richmond-upon-Thames, l’espérance de vie en bonne santé a augmenté depuis 2011 pour atteindre 69,3 pour les hommes et 70,3 pour les femmes.

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Compte tenu de ces facteurs, il n’est pas étonnant que cette élection se soit transformée en une révolte contre ces quatre traditions politiques concurrentes. Les conservateurs avaient déjà été jugés sévèrement après leur long mandat au gouvernement. Leur promesse selon laquelle le libre marché, une fiscalité faible et des dépenses publiques réduites finiraient par apporter la prospérité n’a pas réussi à convaincre de nombreuses couches de la classe laborieuse, qui constataient que c’était tout le contraire qui se produisait. Le programme du parti n’offrait aucun espoir de renverser des décennies de déclin régional; il ne ferait que l’aggraver.

Cependant, le rejet de ces politiques par les électeurs et électrices n’était pas aussi intense que leur mécontentement à l’égard du Parti travailliste dirigé par Keir Starmer. Si les participants avaient souvent du mal à expliquer précisément pourquoi ils n’appréciaient pas Starmer, ils le décrivaient systématiquement comme quelqu’un qui gérait la politique plutôt que de la diriger. Dans pratiquement tous les groupes de discussion, il était décrit comme distant et déconnecté. Son appel à la «compétence» ne suffisait pas à ceux et celles qui reconnaissaient que la Grande-Bretagne ne fonctionne plus correctement. Ils l’associaient à la prudence et au formalisme de la politique de Westminster, alors que ce que beaucoup d’entre eux souhaitaient, c’était de la conviction et des actions concrètes.

Nigel Farage n’a pas non plus réussi à s’imposer dans la course, bien qu’il ait su exploiter une véritable colère populaire. De nombreux participants partageaient son opinion selon laquelle la Grande-Bretagne laisse tomber les gens ordinaires et admiraient ce qu’ils percevaient comme sa volonté de défier les élites établies, mais ils doutaient également que la protestation à elle seule puisse améliorer leur vie. Nigel Farage était largement considéré comme quelqu’un capable d’exprimer des griefs, mais qui n’avait guère fait ses preuves en matière de gouvernance. Son attrait était le plus fort parmi ceux qui recherchaient un bouleversement plutôt qu’un changement concret.

La politique de Rupert Lowe et de ses alliés n’a pas connu un meilleur sort. Bien qu’il existe indubitablement une frustration face à l’immigration, les électeurs et électrices de Makerfield sont systématiquement revenus aux véritables enjeux: la sécurité économique, les services publics, des salaires décents et le respect de leurs communautés. Ils souhaitaient améliorer leur quotidien plutôt que d’exacerber les conflits culturels. Il s’agit là d’une distinction importante. Cette élection partielle suggère que le populisme économique axé sur l’amélioration matérielle continue d’avoir un attrait plus large que la politique étroite de la guerre culturelle.

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Si les habitants de Makerfield se sont donc prononcés contre quatre versions de la droite, pour quoi exactement ont-ils voté? Certainement pas par loyalisme au Parti travailliste. L’un des résultats les plus remarquables de la campagne a été la mesure dans laquelle les électeurs et électrices ont dissocié Andy Burnham du Parti travailliste lui-même. Des remarques telles que «Je n’aime pas le Parti travailliste, mais j’apprécie Burnham» étaient courantes. Même les électeurs envisageant de voter pour Reform UK décrivaient souvent Andy Burnham comme sincère et digne de confiance, fort d’une expérience avérée en matière de gouvernance. Sa popularité ne reposait pas sur une pureté idéologique, mais sur une crédibilité acquise au fil du temps. Le Bee Network [réseau de transport public intégré du Grand Manchester], les améliorations apportées aux transports, son leadership lors du conflit sur le financement lié au Covid et sa volonté de tenir tête à Westminster [il s’est opposé au gouvernement de Boris Johnson sur le Covid]: tout cela lui a valu une réputation d’homme d’action concret plutôt que de simple orateur.

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La campagne d’Andy Burnham articulait une promesse simple mais forte: la politique devait à nouveau œuvrer pour les gens ordinaires et pour les territoires que Westminster a négligés. Il affirmait que la Grande-Bretagne souffrait d’une culture politique défaillante, dans laquelle les intérêts partisans et les manœuvres politiques de Westminster primaient sur la résolution des problèmes concrets. Sa solution consistait en une politique «axée sur les territoires», fondée sur la fierté locale, les améliorations concrètes et le rétablissement de la confiance. Il a averti que de nombreuses communautés étaient reléguées au second plan au sein d’un système politique hautement centralisé. Il a plaidé en faveur d’un transfert substantiel de pouvoirs de Westminster vers les régions et les collectivités locales. Mais son message ne se limitait pas aux seules questions constitutionnelles. Une plus grande décentralisation permettrait aux décisions en matière de transports, de logement, d’infrastructures et d’investissements de refléter les besoins locaux plutôt que les priorités du Trésor.

La critique économique d’Andy Burnham était tout aussi claire. Le modèle britannique, a-t-il fait valoir, a été façonné par des décennies de politiques de «ruissellement» qui ont concentré la richesse à Londres tout en laissant les anciennes régions industrielles à la traîne. Sa réponse consistait en un programme interventionniste axé sur l’investissement régional, la réindustrialisation, la décentralisation du pouvoir économique, des salaires plus élevés et une baisse des dépenses contraintes pour les ménages – grâce à des mesures concernant les transports, l’énergie et d’autres postes essentiels de dépenses. Plutôt que de demander aux communautés d’attendre que la prospérité leur parvienne d’en haut, il a soutenu que le gouvernement devait s’employer activement à reconstruire des économies locales productives.

Cela explique pourquoi Andy Burnham a pu occuper un espace politique de plus en plus accaparé par des challengers populistes. Il s’est présenté comme un candidat anti-establishment sans pour autant éluder les réalités de la gouvernance. Contrairement aux conservateurs, il a souligné la nécessité d’une intervention active de l’État; contrairement à Keir Starmer, il a su faire preuve de sincérité; contrairement à Nigel Farage, il a pu mettre en avant un bilan concret; et contrairement à la droite nationaliste, il a fondé son attrait sur le renouveau économique.

La portée plus large du résultat de Makerfield s’étend donc bien au-delà de la circonscription. Depuis des décennies, la Grande-Bretagne s’efforce de gérer les conséquences de la désindustrialisation plutôt que de s’attacher à y remédier. Des gouvernements de toutes tendances ont accepté l’aggravation des inégalités sociales et régionales, la stagnation de la productivité et l’insécurité croissante comme des caractéristiques regrettables mais inévitables de l’économie actuelle. Les collectivités en ont payé le prix par une baisse des revenus, une diminution des opportunités et une détérioration de la situation sanitaire. D’où la perte de confiance non seulement envers les gouvernements successifs, mais aussi envers le système politique lui-même.

Makerfield suggère que cette situation ne peut pas durer. L’électorat n’a pas embrassé une politique révolutionnaire, mais il n’a pas non plus accepté l’idée qu’il n’y ait pas d’alternative. Au contraire, il semble de plus en plus disposé à récompenser les responsables politiques qui allient radicalisme économique et compétence pratique, localisme patriotique et solidarité sociale, réforme institutionnelle et résultats tangibles. Les électeurs et électrices veulent que le gouvernement se remette à gouverner: qu’il construise, investisse, décentralise, élève le niveau de vie et redonne leur dignité à des territoires trop souvent laissés pour compte.

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La direction qu’Andy Burnham fera finalement prendre à la Grande-Bretagne reste incertaine. Mais la leçon politique tirée de Makerfield est claire. Le culte de l’austérité a échoué, le gestionnariat pur n’inspire guère confiance, et les guerres culturelles permanentes ne sont pas considérées comme une voie vers la prospérité. Il en résulte une crise de légitimité. Si la confiance ne peut être rétablie par une politique de renouveau démocratique, d’investissement régional et de reconstruction économique, alors qu’est-ce qui prendra sa place? Le danger ne réside pas simplement dans une nouvelle défaite électorale. C’est que la stagnation persistante ne fera qu’aggraver le cynisme et fragmenter encore davantage notre vie politique, renforçant ainsi ceux qui tentent de détourner la colère du public vers les migrant·e·s et d’autres groupes.

En ce sens, Makerfield pourrait bien représenter une dernière chance: la dernière occasion réaliste de renouveler le contrat social britannique avant que la désillusion ne se transforme en effondrement politique définitif. Alors qu’Andy Burnham prend aujourd’hui ses fonctions de Premier ministre, on ne peut s’attendre à voir immédiatement un programme gouvernemental entièrement élaboré. Mais de la même manière, nous savons que les premières impressions comptent. Il suffit de penser à la décision prise très tôt par Keir Starmer de réduire les aides au chauffage hivernal destinées aux retraité·e·s, qui a pesé sur l’ensemble de son mandat de Premier ministre.

Il est donc essentiel qu’Andy Burnham donne un élan particulier à ses premières mesures. Plusieurs priorités urgentes s’imposent:

  1. Présenter un discours clair et sans ambiguïté expliquant les défauts structurels de la gestion de notre pays, au cœur desquels se trouvent des inégalités de classe profondément enracinées qu’il ne faut pas laisser perdurer;
  2. Opérer un véritable changement au sommet du gouvernement en constituant une nouvelle équipe ministérielle, capable de mener à bien un projet politique fondamentalement différent de celui de Starmer et de son cercle restreint;
  3. Faire une série d’annonces politiques radicales, en cohérence avec le discours susmentionné, diffusées plus ou moins quotidiennement pendant la pause estivale du mois d’août, avec des calendriers de mise en œuvre clairs;
  4. Entreprendre une tournée régionale à travers tout le Royaume-Uni, afin d’aller à la rencontre des personnes qui ont le sentiment de n’avoir eu aucune influence sur la détérioration des conditions de vie de leurs communautés et qui estiment avoir été freinées dans leur élan;
  5. Adopter une ligne claire et ferme sur Gaza et le Moyen-Orient, rompant avec le Consensus de Washington;
  6. Esquisser une vision audacieuse et radicale visant à mobiliser des millions de progressistes, les régions et les nations qui ont été laissées pour compte, ainsi que la communauté BAME [Black, Asian, and Minority Ethnic].

Si une politique axée sur le territoire, la solidarité et une action gouvernementale active prend forme sous la direction de Burnham, la Grande-Bretagne pourrait encore reconstruire une économie plus équilibrée et plus démocratique. Dans le cas contraire, ce vide ne restera probablement pas longtemps inoccupé. (Publié sur le site Tribune le 20 juillet 2026; traduction-édition rédaction A l’Encontre)

Jon Trickett est député travailliste de Normanton et Hemsworth et président de Tribune. En 2015, il fit partie des députés qui ont proposé Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste. En 2026, il a appelé à la démission de Keir Starmer.

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«Andy Burnham promet le changement, mais sera-t-il à la hauteur?» (2)

Andy Burnham, le 20 juillet 2026. (Capture d’écran)

Par Judy Cox

Andy Burnham a prononcé jeudi 16 juillet son premier discours depuis son accession à la tête du Parti travailliste. Il a promis d’opérer le plus grand changement depuis 40 ans. Ses critiques à l’égard de l’héritage de Margaret Thatcher trouveront un écho auprès de nombreux partisans du Parti travailliste.

Andy Burnham a déclaré: «Il est clair pour moi que la Grande-Bretagne a pris une série de mauvaises décisions dans les années 1980. Le pouvoir politique a été centralisé et le pouvoir économique a été privatisé. Le pays a renoncé au contrôle des services essentiels – le logement, l’eau, l’énergie, les transports – et a laissé la population exposée à une hausse des tarifs. Cela a conduit à son tour à une concentration accrue de la richesse et du pouvoir entre les mains d’un nombre restreint de personnes et dans un nombre restreint de régions.»

Andy Burnham a également laissé entrevoir un renforcement du contrôle public sur les services publics et des mesures pour lutter contre la crise du coût de la vie. Il a déclaré: «Si nous n’exerçons pas un contrôle public suffisant sur le coût des services essentiels, comment pouvons-nous contrôler l’inflation, les dépenses publiques et le reste de l’économie?»

Andy Burnham affirme que sous sa direction, le parti sera «typiquement travailliste» et que, par le passé, le Parti travailliste a «trop revêtu les habits des conservateurs».

Il a également déclaré qu’il consacrerait «un capital politique considérable» aux réformes des prestations sociales, ce qui pourrait rencontrer un immense succès auprès des personnes ayant du mal à obtenir des prestatinos.

Les partisans du Parti travailliste, avides de changement, pourraient trouver dans ces propos de quoi se réjouir. Mais il y a également eu des signes très inquiétants.

Andy Burnham a affirmé qu’il «sera un dirigeant du Parti travailliste favorable aux entreprises, tout comme j’ai été un maire favorable aux entreprises du Grand Manchester».

Rompre avec les quarante dernières années de politiques néolibérales nécessite de s’opposer aux intérêts des grandes firmes.

Andy Burnham a tenu à remercier tout particulièrement trois personnes: David Blunkett [secrétaire d’Etat au Travail et aux Retraites de mai 2005 à novembre 2005 et antérieurement secrétaire d’Etat à l’Intérieur de juin 2001 à décembre 2004, et secrétaire d’Etat à l’Education à mai 1997 à juin 2001, tout cela sous les gouvernements de Tony Blair], Margaret Beckett [secrétaire d’Etat à l’Environnement de juin 2001 à mai 2006, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de mai 2006 à juin 2007 dans les gouvernements Blair, puis ministre d’Etat au Logement d’octobre 2008 à juin 2009 sous le gouvernement Gordon Brown] et le «légendaire» Neil Kinnock [commissaire européen et depuis plus de vingt ans membre de la Chambre des lords].

Blunkett, Beckett et Kinnock sont tous alignés sur l’aile droite du Parti travailliste. Kinnock, en particulier, a mené une chasse aux sorcières contre la gauche et a jeté les bases du projet du «New Labour» de Tony Blair.

Mais surtout, Andy Burnham ne donne guère d’indications sur la manière dont il compte mener à bien ce changement majeur. Il s’est engagé à retirer le pouvoir aux députés et aux fonctionnaires pour le décentraliser à travers le pays. Il a déclaré: «Nous reprendrons le pouvoir à Westminster et à Whitehall pour le redonner à la région où vous vivez. Plus de pouvoir sur les éléments essentiels de la vie afin que vous puissiez les améliorer et les rendre plus abordables pour la population.»

Mais la décentralisation à elle seule ne résoudra pas le problème de la défaillance des services publics – cela nécessitera des investissements colossaux et un financement adéquat.

Certes, Andy Burnham dégage une énergie positive, et cela suffit à certains au centre-gauche – pour l’instant.

Un chroniqueur du journal The Guardian a salué le discours d’Andy Burnham en le comparant à Martin Luther King, suggérant que le discours «I have a dream» de ce dernier était lui aussi avare en mesures concrètes. Une telle comparaison est ridicule.

Andy Burnham publie sur les réseaux sociaux des vidéos sympathiques dans lesquelles il parle de la façon dont il aime son thé, de la question de savoir s’il porte des chaussettes avec des sandales, et aime les Yorkshire puddings [spécialité du nord de l’Angleterre]. Mais le fait d’être un meilleur communicant que Keir Starmer ne permettra pas de rétablir les services publics, ni de faire baisser le coût de la vie.

Aujourd’hui, Andy Burnham a également promis d’«éradiquer» Reform UK [de Nigel Farage]. Cela nécessitera une campagne contre le type de racisme d’État prôné par la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood [qu’Andy Burnham veut installer dans son gouvernement comme ministre des Finances – The Independent, 19 juillet], ainsi que de réelles améliorations du niveau de vie de la population.

Andy Burnham promet de redonner de l’espoir à chacun. Mais l’espoir dépend de la possibilité d’un véritable changement. Et le changement ne viendra que de la confrontation avec les intérêts établis et les forces du marché, qu’Andy Burnham semble penser pouvoir esquiver. (Article publié par Socialist Worker – site du SWP – le 17 juillet 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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