Etats-Unis. «Dans les coulisses: les profits et l’immunité fiscale accordée à Trump»

(Capture d’écran)

Par Jim VandeHei et Mike Allen

Jamais en 250 ans les Etats-Unis n’ont vu un président en exercice se mettre à l’abri, lui et sa famille, de tout contrôle fiscal, après avoir mis en œuvre des politiques qui profitent à ses propres entreprises et à ses portefeuilles privés, comme l’a fait Donald J. Trump.

Pourquoi c’est important: il ne s’agit pas d’un scandale caché. Trump a agi ainsi publiquement et fièrement. L’année dernière, nous avons qualifié cette présidence de «la plus inédite de ces 250 dernières années».

Ce faisant, il a créé un précédent – autrefois si inconcevable qu’il en était presque absurde – selon lequel il est acceptable que des présidents et les membres de leur famille engrangent des milliards grâce à des transactions affectées par des décisions gouvernementales, puis utilisent le ministère de la Justice pour s’assurer une protection à vie contre tout examen de leurs déclarations fiscales passées.

  • À elle seule, l’aventure de Trump dans la cryptomonnaie a été une manne sans précédent dans l’histoire des affaires présidentielles, générant plus de liquidités pour la famille Trump en 16 mois que l’ensemble de l’empire immobilier Trump n’en a produit de 2010 à 2017, selon le Wall Street Journal du 7 février 2026.
  • «J’ai laissé mes enfants… faire des affaires», a déclaré Trump lors d’une interview le 11 janvier accordée au New York Times. «Je leur avais interdit de faire des affaires pendant mon premier mandat, et cela ne m’a valu absolument aucun remerciement.»

Nous nous demandions comment rendre compte du caractère sans précédent des actions de Trump, alors que chaque semaine de chaque année semble remplie de paroles et d’actes sans précédent. Essayons ceci. Imaginez que les États-Unis soumettent ces questions à un référendum public:

  1. Les présidents et les membres de leur famille, contrairement aux autres citoyens américains, se verront accorder une immunité à vie contre les contrôles fiscaux fédéraux et les enquêtes pénales concernant leurs déclarations fiscales passées.
  2. Les présidents et les membres de leur famille peuvent conserver la propriété active d’empires commerciaux mondiaux, en tirant des profits lorsque les décisions gouvernementales profitent directement à ces entreprises spécifiques.
  3. Les présidents, pendant leur mandat, peuvent détenir d’énormes portefeuilles de cryptomonnaies et de titres boursiers personnels, leur permettant d’acheter et de vendre des centaines de millions de dollars dans des secteurs directement réglementés par leur propre administration.

Comment voteriez-vous? Il est difficile d’imaginer que l’une de ces propositions recueille plus de quelques pourcents de soutien. Pourtant, Trump met en œuvre ces trois mesures et ouvre la voie pour que les futurs présidents fassent de même. C’est pourquoi les précédents établis par les présidents ont souvent autant d’importance que les lois elles-mêmes.

Entre les lignes: il ne s’agit pas seulement d’un problème lié à Trump. Regardez le nombre stupéfiant d’élus qui font du trading et tirent profit d’actions, souvent grâce à des informations privilégiées sur des mesures législatives imminentes.

Les sondeurs ont demandé aux Américains ce qu’ils pensaient du fait que des responsables négocient des actions pendant leur mandat, et c’est l’une des rares questions véritablement bipartites de la politique actuelle.

Retour en arrière: après le Watergate, les présidents modernes des deux partis ont mis en place des structures juridiques et éthiques élaborées, conçues pour séparer la fonction publique de l’enrichissement privé.

  • Jimmy Carter a placé sa ferme de cacahuètes dans une fiducie sans droit de regard. Ronald Reagan, les deux Bush et Bill Clinton ont emboîté le pas. Barack Obama ne détenait que des actifs diversifiés tels que des bons du Trésor et des fonds indiciels. Même les hommes d’affaires fortunés se lançant en politique considéraient généralement les liens directs comme toxiques.
  • Au cours des mêmes décennies, les transactions boursières au Congrès et l’argent post-Citizens United [décision de la Cour suprême en 2010 dans l’affaire Citizens United v. FEC qui a rendu possible de financer des dépenses politiques de manière illimitée – voir graphique ci-dessous datant du 2 octobre 2025] ont normalisé l’enrichissement personnel autour du pouvoir politique. Trump a accentué cette tendance sur un terrain que les présidents précédents considéraient comme intangible.
Roosevelt Institute

Approfondissons chacune de nos trois questions.

1. Clause d’immunité en matière de contrôle fiscal. Le ministère de la Justice a discrètement ajouté un addendum de grande envergure à un accord mettant fin au procès de 10 milliards de dollars intenté par Trump contre l’Internal Revenue Service (IRS) au sujet de violations fiscales passées – une affaire dans laquelle Trump était en réalité à la fois plaignant et défendeur, poursuivant sa propre administration à titre personnel.

Signée par le procureur général par intérim Todd Blanche, ancien avocat personnel de Trump, la directive stipule que le gouvernement fédéral est «À JAMAIS EMPÊCHÉ et PRIVÉ» de poursuivre ou d’examiner les déclarations fiscales déposées avant l’accord de mai 2026 par Trump, sa famille et la Trump Organization.

2. Imbroglio commercial et image de marque mondiale. Les activités nationales et internationales en cours de la Trump Organization se sont heurtées à plusieurs reprises aux politiques actives de l’administration.

  • La Trump Organization a 25 projets immobiliers de marque Trump en cours de développement dans 12 pays étrangers – soit plus du triple du nombre de propriétés Trump exploitées à l’étranger avant son retour au pouvoir, selon une analyse du CREW (Citizen for Ethics) du 25 mars 2025. Parmi ceux-ci figurent un Trump Plaza d’une valeur d’un milliard de dollars à Djeddah, en Arabie saoudite, et un Trump International de 500 millions de dollars à Oman. Le gouvernement vietnamien a décidé d’accélérer la procédure d’un projet Trump malgré des objections juridiques (New York Times, 25 mai 2025).
  • Les lois fédérales actuelles en matière d’éthique n’imposent pas explicitement à un président en exercice de se défaire de ses entités commerciales personnelles. C’est pourquoi les précédents ont leur importance.
  • La Trump Organization affirme que la gestion de l’entreprise familiale a été transférée aux fils adultes du président, Don Jr. et Eric. La Trump Organization soutient que les dirigeants étrangers et les entités privées fréquentent les établissements Trump en raison de leur qualité et du prestige de la marque.

3. Cryptomonnaies et trading boursier. L’année dernière, le 18 juillet, Trump a signé le GENIUS Act, un cadre réglementaire pour les stablecoins [cryptomonnaie dite stable car, entre autres, arrimée à un actif tel que le dollar ou l’euro] qui a légitimé et développé le marché des cryptomonnaies, alors même que lui et sa famille en tiraient activement profit.

  • Parmi les transactions étrangères les plus lucratives de World Liberty Financial [société dans laquelle on retrouve Alex Witkoff, Zach Witkoff et des membres de la famille Trumpe] figurait un investissement secret de 500 millions de dollars soutenu par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis, signé quatre jours avant l’investiture de Trump, a rapporté le Wall Street Journal du 31 janvier 2026. Deux mois plus tard, l’administration a approuvé l’accès des Émirats arabes unis à environ 500’000 puces d’IA parmi les plus avancées par an – une vente que l’administration Biden avait bloquée par crainte que cette technologie ne parvienne en Chine.
  • Dans le même temps, Donald Trump est devenu le trader le plus actif de l’histoire présidentielle, ayant effectué environ 3700 transactions via des comptes gérés de manière indépendante au cours du premier trimestre 2026. Ses transactions boursières concernaient notamment Nvidia, dont l’administration Trump a approuvé la vente de puces de pointe à la Chine. Son portefeuille a également acheté des actions de Palantir quelques semaines avant qu’il ne fasse l’éloge de l’entreprise sur Truth Social, ainsi que dans des sous-traitants du Pentagone contribuant à l’effort de guerre contre l’Iran, notamment Lockheed Martin, General Dynamics et Northrop Grumman.
  • Le vice-président J.D. Vance a déclaré le 19 mai lors d’un point presse à la Maison Blanche: «Le président ne passe pas son temps dans le Bureau ovale, devant son ordinateur, sur son, disons, compte Robinhood [Robin des Bois], à acheter et vendre des actions – c’est absurde. Il dispose de conseillers financiers indépendants qui gèrent son argent. … Il n’effectue pas lui-même ces transactions boursières.»!

En résumé, la fortune de Trump s’élève aujourd’hui à 6,1 milliards de dollars, selon les estimations de Forbes, contre 5,1 milliards de dollars l’année dernière, 4,3 milliards de dollars en 2024 et 2,4 milliards de dollars en 2021. (Article publié sur le site Axios le 22 mai 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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