Israël-Palestine. «Accentuation du nettoyage ethnique en Cisjordanie et à Gaza avant les élections du 27 octobre»

Gaza.

Par Emma Graham-Harrison (Jérusalem)

Les ministres israéliens de la Défense [Israel Katz] et des Finances [Bezalel Smotrich] ont annoncé des projets visant la création de trois colonies illégales à Gaza et un financement de plus de 400 millions de dollars pour intensifier la construction en Cisjordanie occupée, tandis que le commandant militaire israélien de la région qualifiait ces avant-postes violents de «partenaires de sécurisation».

À l’approche des élections législatives prévues le 27 octobre, la coalition d’extrême droite de Benyamin Netanyahou s’empresse d’étendre son contrôle sur les territoires de la Palestine occupée et d’expulser les Palestiniens avant l’expiration de son mandat.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré qu’il avait l’intention d’implanter trois avant-postes «Nahal» dans le nord de Gaza. Il s’agit d’un type de communauté militaire qui, depuis des décennies, ouvre la voie aux colonies civiles israéliennes.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé un financement de 1,3 milliard de shekels (425 millions de dollars) pour la création de dizaines de nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie occupée. Le gouvernement a alloué ces fonds le mois dernier, mais a gardé cette décision secrète en raison de l’opposition attendue des États-Unis, ont rapporté les médias israéliens (YnetGlobal, 14 juillet).

Le général de division Avi Bluth, qui commande les forces israéliennes en Cisjordanie, a déclaré aux habitants extrémistes des avant-postes qu’il «appréciait leur travail» et les considérait comme des partenaires de l’armée en matière de sécurité.

Avi Bluth, qui a lui-même grandi dans une colonie de Cisjordanie, s’est exprimé mercredi 15 juillet lors d’une réunion de l’«Association des fermes» – nom euphémique –, qui représente des colonies illégales, même au regard de la loi israélienne.

Celles-ci jouent un rôle clé dans les campagnes de terreur qui ont chassé les Palestiniens de leurs foyers et de leurs terres à travers la Cisjordanie occupée.

Des dizaines de membres de l’élite politique et militaire israélienne, dont deux anciens Premiers ministres et d’anciens chefs de tous ses services de sécurité, ont menacé d’intenter une action en justice contre leur gouvernement pour son soutien au terrorisme juif en Cisjordanie (voir article du Guardian du 24 juin 2026 «Israeli former leaders and security chiefs threaten legal action over “Jewish terrorism”»).

Cisjordanie: Palestiniens blessés lors d’attaques par des colons israéliens. (Source: Ocha)

«La violence des colons est une violence d’État», a déclaré le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme pour la Palestine dans un nouveau rapport publié cette semaine (16 juillet) qui détaillait comment Israël utilisait les colons pour mener ses efforts d’annexion, tandis que l’impunité systématique dont bénéficient les auteurs de ces actes garantissait que la violence puisse s’intensifier sans contrôle.

Hagit Ofran, du groupe militant israélien Peace Now, a indiqué que des bulldozers étaient à l’œuvre dans au moins sept colonies qui seraient peuplées avant le jour du scrutin. «Le gouvernement se livre à une course effrénée préélectorale pour piller les deniers publics afin de créer des faits accomplis sur le terrain», a déclaré Hagit Ofran.

Israel Katz a présenté ses projets de colonisation pour Gaza lors d’une visite dans les zones du territoire contrôlées par Israël. Il a également préconisé le nettoyage ethnique de Gaza par le biais d’une migration à grande échelle des Palestiniens. «J’ai l’intention d’établir trois avant-postes Nahal, qui constituent également une entité militaire, dans les lieux qui abritaient autrefois [des colonies israéliennes] dans le nord de Gaza», a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Channel 14.

Les avant-postes Nahal n’étaient pas destinés à un usage militaire à long terme, a expliqué Dror Etkes, fondateur de l’association Kerem Navot, qui surveille l’accaparement des terres par Israël en Cisjordanie occupée. «La présence militaire ne constitue que la première phase, qui vise à préparer le terrain pour une future colonisation», a-t-il précisé. «Au total, des dizaines de colonies israéliennes en Cisjordanie ont été créées de cette manière.»

Les colonies «Nahal» ont vu le jour pour la première fois dans les régions frontalières dans les années 1950, notamment aux abords de la bande de Gaza, a précisé Dror Etkes. À partir de 1967, ce même système a été utilisé en Cisjordanie occupée, d’abord le long de la vallée du Jourdain, puis dans d’autres zones.

Bezalel Smotrich a également déclaré le mois dernier que les plans relatifs à trois colonies à Gaza étaient finalisés et que les travaux pourraient débuter dès que Benyamin Netanyahou donnerait son feu vert. Le cabinet du Premier ministre n’a pas répondu aux demandes de commentaires concernant les projets d’Israel Katz.

Israel Katz a également déclaré à Channel 14 qu’il «se sentait bien» en voyant le terrain vague jonché de décombres qui avait remplacé les habitations et les communautés palestiniennes dans la majeure partie de la bande de Gaza occupée par Israël.

Source: Ocha.

Israël contrôle désormais 65% de Gaza, a déclaré le chef d’état-major adjoint israélien, le général de division Tamir Yadai, à Israel Katz lors d’un point d’information filmé. Ce chiffre dépasse largement les 53% convenus dans le cadre du cessez-le-feu négocié l’année dernière par le président américain, Donald Trump.

Environ 2 millions de Palestiniens ayant survécu à la guerre d’extermination menée par Israël sont entassés dans le tiers restant du territoire de Gaza.

«Je ne sais pas comment décrire cela autrement que comme une victoire, lorsqu’on contrôle 65% du territoire et qu’on a tué plus de 70’000 terroristes ici», a déclaré Tamir Yadai.

Ses chiffres semblaient qualifier de «terroristes» 21’000 enfants palestiniens tués par les attaques israéliennes, dont plus de 1000 bébés qui n’ont jamais atteint leur premier anniversaire.

L’armée israélienne a reconnu qu’une base de données sur les victimes de la guerre à Gaza, établie par les autorités sanitaires palestiniennes, était globalement exacte (The Guardian, «Israel accepts health authorities’Gaza death toll is broadly accurate», 30 janvier 2026). Elle répertorie plus de 73’000 personnes par leur nom, accompagnées de leur numéro d’identité délivré par Israël.

Plus de 21’000 d’entre elles étaient des enfants; plus de 10’000 étaient des femmes de moins de 60 ans, et plus de 5000 étaient des personnes âgées. Interrogée sur la question de savoir si les données de Tamir Yadai classaient les femmes, les enfants et les personnes âgées parmi les «terroristes», l’armée israélienne a refusé de commenter directement.

Un porte-parole a déclaré que l’armée évaluait toujours le nombre de victimes à Gaza et que, malgré les propos tenus par Tamir Yadai à Israel Katz, elle n’avait pas enocre informé les responsables civils à ce sujet.

«Les Forces de défense israéliennes (FDI) mènent actuellement une évaluation interne concernant la répartition et la catégorisation de leurs victimes. Ce processus n’est pas encore achevé et n’a pas été présenté à la hiérarchie politique», a déclaré le porte-parole.

Le porte-parole de l’armée a refusé de commenter le soutien apporté par Avi Bluth aux colons militants et a indiqué que les décisions relatives aux colonies relevaient d’une question politique. (Article publié par The Guardian le 18 juillet 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

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