jeudi
27
février 2020

A l'encontre

La Brèche

Nous publions ci-dessous deux documents syndicaux, publiés le 15 janvier 2019, ayant trait à la grève et aux mobilisations contre la «réforme des retraites» du gouvernement Macron-Philippe. (Rédaction)

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42 JOURS PLUS TARD: UN MOUVEMENT MAJORITAIRE ET INEDIT!

(Intersyndicale)

La mobilisation se poursuit les 14, 15 et 16 janvier pour le retrait du projet de réforme des retraites, entraînant chaque jour de nouveaux travailleur.euses, de la jeunesse,… De nombreuses initiatives se tiennent sur tout le territoire: grève, manifestations, rassemblements, piquets de grève, etc… rassemblant à nouveau plusieurs centaines de milliers de personnes.

Malgré les annonces du premier ministre et après 6 semaines d’un mouvement social inédit, dont nous nous félicitons, la population soutient toujours majoritairement la mobilisation contre ce projet absurde et injuste (60% de soutien, au baromètre Harris Interactive du 14 janvier). La communication gouvernementale visant à nous expliquer à nouveau que ce projet est «juste et simple» se heurte à une opinion publique qui voit bien qu’il s’agit de nous faire travailler plus longtemps pour des pensions plus basses.

Majoritaires ensemble, les organisations syndicales CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, MNL, FIDL exigent le maintien des régimes de retraite existants par répartition solidaire et intergénérationnelle, fondés sur un système par annuités.

L’Intersyndicale porte des propositions pour améliorer les droits de toutes et tous dans le régime de retraite actuel. Elles s’appuient sur les cotisations sociales et les richesses créées par le travail.?Il faut augmenter les salaires dans le privé et les rémunérations dans le public, mettre en œuvre immédiatement l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes. Il faut développer l’emploi stable, mettre fin à la précarité particulièrement de la jeunesse et prendre en compte les années d’étude. Les plateformes numériques doivent être soumises à cotisation.

Nous exigeons la fin ou la compensation des exonérations patronales, la réorientation des crédits d’impôts aux entreprises vers le régime des retraites et l’élargissement de l’assiette de cotisations afin d’inclure tous les travailleurs et travailleuses dans le régime par répartition et d’éviter toute ouverture à la capitalisation. Il est indispensable de préserver les réserves de tous les régimes de retraite.

La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale doit être une priorité avec l’instauration d’une contribution sociale pour la protection sociale sur les revenus du capital.

C’est pourquoi les organisations syndicales CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, MNL, UNEF, UNL et FIDL appellent à réunir des assemblées générales pour continuer et amplifier encore la mobilisation afin d’obtenir le retrait de ce projet et l’ouverture de véritables négociations sur la base de nos propositions.

Nos organisations appellent l’ensemble du monde du travail et la jeunesse à poursuivre et renforcer la grève y compris reconductible là où les salarié.es le décident. Elles appellent à des actions de grève, de convergences interprofessionnelles sur tout le territoire, les 22 et 23 janvier. Elles proposent d’organiser dans toutes les villes des «Retraites aux flambeaux » ou autres initiatives le jeudi 23 au soir.

Elles appellent à faire du vendredi 24 janvier, date du conseil des ministres qui devrait examiner le projet de loi, une journée massive de grève et de manifestation interprofessionnelle.

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Principales remontées au 15 janvier (liste non exhaustive)

À mi-parcours des trois journées d’action contre la réforme des retraites des 14, 15 et 16 janvier, appelées par l’Intersyndicale CFE-CGC, CGT, FO, FSU, Solidaires, MNL, Unef, UNL, de nouveaux secteurs entrent dans la grève et les actions de blocage économique interprofessionnelles se multiplient. Nous irons jusqu’au retrait du projet!

La relève: les secteurs en grève reconductible

Après six semaines de grève, il apparaît clairement que les secteurs du transport, SNCF et RATP, ciblés dans les discours du gouvernement et toujours en grève reconductible, ne sont pas isolés. D’autres secteurs sont en grève reconductible depuis décembre, ou y entrent.

Les ports sont ainsi le théâtre d’un mouvement de grève et de blocage des dockers, marins, remorqueurs à Saint- Nazaire, au Havre, à Marseille, à Lorient, à Cherbourg… avec des conséquences sur le transport des passagers et surtout des marchandises, provoquant ainsi un début de pénurie alimentaire aux Antilles. Le blocage du port du Havre a des effets sur plusieurs usines de la zone industrialo-portuaire (Lubrizol, Renault Sandouville), mais aussi sur la raffinerie de Normandie. La grève des dockers de Saint-Nazaire provoque quant à elle l’arrêt de la distillation à la raffinerie de Donges, faute de matière première. Or les raffineries sont également touchées par la grève, de même que d’autres entreprises de la chimie. Dans le secteur du caoutchouc, des salarié·e·s de Dunlop (Amiens) sont en grève reconductible, de même qu’à Sanofi (Elbeuf), dans la pharmacie, depuis décembre, avec un impact fort sur la production. Dans les phytosanitaires, BASF Agri (Elbeuf) est en grève reconductible, tout comme Cérexagri (Marseille), depuis la semaine dernière, avec arrêt total des unités.

Dans l’énergie, des agent·e·s sont en grève reconductible et mènent des actions de baisse de charge, de blocage de sites de stockage, d’approvisionnement et de logistique ENEDIS et GRDF (Thionville, Valenciennes, Gournay, Frontignan, Montpellier, Lodève, Toulouse, Ploërmel, Caen) ou de la navigation sur le Rhin à hauteur de Ottmarsheim. Ils passent des foyers en heures creuses, coupent l’électricité dans des gares, sur des lignes de train ou de tramway, à la police et à la gendarmerie, dans des centres commerciaux ou chez des députés La République en Marche. La grève se durcit à la centrale nucléaire de Gravelines, avec blocage du site.

Depuis janvier, la grève touche également le secteur du ramassage et du traitement des ordures. C’est le cas à Cherbourg, et à l’entreprise Véolia pour l’agglomération de Caen, où la grève est illimitée depuis le 9 janvier, et où le dépôt a été bloqué plusieurs fois avec un soutien interprofessionnel. Même scénario depuis le 13 janvier avec des blocages ou barrages filtrants sur deux des trois centres de traitement des déchets d’Île-de-France : Ivry-sur-Seine et Saint-Ouen. Pour le moment les camions de déchets sont détournés vers un site à Vitry-sur-Seine dont la capacité de stockage n’excède pas deux jours.

Dans l’Éducation nationale, les taux de grévistes n’ont jamais été aussi élevés ces dernières années, avec des agent·e·s en grève reconductible dans le primaire et le secondaire, y compris chez les plus précaires comme les assistant·e·s d’éducation (les surveillant·e·s). Aux revendications sur les retraites s’ajoutent celles qui s’opposent à la mise en place des réformes Blanquer [ministre de l’Education] et du nouveau bac, dont les épreuves localisées sont supposées avoir lieu en janvier et en février. À Nîmes, le 13 janvier, le premier lycée à organiser ces épreuves a été bloqué. Après l’intervention des forces de l’ordre, les agent·e·s non-grévistes ont refusé de les surveiller dans ces conditions et les épreuves ont été annulées. La journée du 14 n’a pas été très forte au niveau grévistes, il y a une attente certaine sur le jeudi 16.

Ce sont à présent les étudiant·e·s et les universitaires qui les rejoignent, avec des composantes qui partent en grève reconductible, des blocages (à Tours par exemple), des reports ou annulations de partiels (en Île-de-France ou ailleurs), mais aussi la grève des activités éditoriales de plusieurs revues centrales de sciences sociales. Les universitaires luttent pour leurs retraites et contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche qui s’apprête à mettre en cause leur indépendance vis-à-vis des intérêts économiques et politiques et à généraliser encore davantage la précarité.

La grève se poursuit également dans la culture, avec le 15 janvier une AG inter-bibliothèques à Paris des agent·e·s en grève reconductible, et des grèves à l’Opéra de Paris et dans certains musées. Des grèves touchent également l’agro-alimentaire, des collectivités territoriales comme la mairie de Paris, Météo France à Toulouse, des crèches, le Planning familial, les contrôleurs aériens et les avocat·e·s. Ces dernier·e·s procèdent à des actions de dépôt de robe, de codes, de même que des enseignant·e·s déposent leur sac, des livres, des fournitures scolaires, les hospitalie·e·s leur blouse, et d’autres travailleurs et travailleuses leurs outils.

Les actions interprofessionnelles de la semaine

Tous les jours, et cette semaine dès le 13 janvier, s’organisent à un niveau interprofessionnel des distributions de tracts sur les lieux de travail (publics et privés), devant les gares et les centres commerciaux, sur les ronds-points, dans les restaurants inter-entreprises et les salons de l’étudiant. Ont également lieu des assemblées générales, des déambulations de grévistes, des manifestations en soirée, des soirées de soutien, des projections de films… Les piquets de grève se généralisent, pas simplement à la SNCF et à la RATP (Finances publiques, Bibliothèque nationale de France, universités…). Des carrefours, trains, tramways ou bus sont bloqués (à Châlons, Rodez, Cherbourg, Savenay… le 14) Sont également perturbés les vœux d’élu·e·s La République en Marche (12e arrondissement de Paris par exemple), et organisés des rassemblements et pique-niques devant des permanences de député·e·s (parfois redécorées). (15 janvier 2020)

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«C’est un véritable mouvement révolutionnaire social de grande ampleur, explique Loulouwa al-Rachid dans un entretien avec Orient XXI, contre une classe dirigeante qui gouverne dans un mépris total de la population et dans le seul souci de préserver sa part de prébendes et d’accéder à la rente pétrolière pour entretenir des clientèles dans le pays.» Et ceci alors que, depuis l’invasion de 2003 par les Etats-Unis, le pays souffre du délitement de ses infrastructures. Bien qu’essentiellement chiite, le mouvement bénéficie de la sympathie de toute une population, qui met aussi en cause l’influence iranienne.

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