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28
mai 2016

A l'encontre

La Brèche

Syrie. Genève 3: négociations entre qui et pour quoi?

Publié par Alencontre le 30 - janvier - 2016
Staffan de Mistura (au premier plan au centre) rencontre des représentants du gouvernement de Bachar el-Assad vendredi 28 janvier

L’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura (au premier plan au centre) rencontre des représentants du gouvernement de Bachar el-Assad vendredi 29 janvier à Genève

Par Charles-André Udry
et Hélène Sallon

La volonté d’expropriation par les puissances impérialistes du «centre» et «régionales» d’un choix démocratique de la population de Syrie sur son avenir «de paix et de justice» – y compris les millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et les millions de réfugié·e·s dans les pays dits voisins et en Europe qui ne peuvent être écartés de tout processus de paix et de reconstruction sociale, politique et culturelle de leur pays – n’a cessé de s’accroître selon des modalités propres à leurs intérêts économiques et géopolitiques.

L’intervention militaire de la Russie de Poutine dès septembre 2015 a contribué à freiner la dégradation de la position militaire du régime de Bachar el-Assad. Dégradation qui se manifestait malgré l’apport militaire du Hezbollah libanais et des Gardiens de la révolution iraniens.

Quant à l’Arabie saoudite, elle donne un appui militaire et sélectif à un secteur islamiste. Les relations de l’Arabie saoudite avec les Etats-Unis ont commencé de fait à se dégrader suite aux effets de l’intervention du Pentagone en Irak en 2003 et dans la foulée de la lente démonstration du déclin de l’emprise des Etats-Unis dans toute cette aire géographique. En outre, dans ce contexte géopolitique chamboulé, se rétablissaient des liens entre Washington et ses alliés avec le pouvoir de Téhéran. Les commentateurs à la mémoire lobotomisée oublient que l’Iran a été le principal gendarme, à côté d’Israël, de Washington dans la région durant des décennies. Comme le prouve, a contrario, le renversement du gouvernement nationaliste de Mohammad Mossadegh en 1953 ; dès 1951, ce dernier déclarait vouloir nationaliser le pétrole contrôlé par l’Anglo Iranian Company. Certes, la mollahcratie ne remplace pas le régime du shah en termes de dépendance face à la Maison-Blanche. Elle dispose d’une influence militaro-politique régionale significative et gère avec une diplomatie conflictuelle et consensuelle sa politique régionale. Cela tout en imposant, de manière fort autoritaire, une stabilité sociale, pour l’heure, dans «son» pays. Ce qui est apprécié par aussi bien par les membres de l’OTAN que par les régimes régionaux pour qui «la stabilité» est le principal dogme, auquel se rallie tout investisseur. Enfin, l’Iran offre des débouchés, certes limités, mais qui font sens dans la contraction actuelle du marché mondial, pour diverses firmes transnationales.

On l’a expérimenté à l’occasion du voyage d’Hassan Rohani en Italie et en France, sans même mentionner la rencontre entre deux représentants de la «providence»: le pape François – qui s’y connaît en affaires, de toutes sortes – et le président d’Iran mâtiné d’ascendants religieux, politiques et économiques. Entre deux larrons en foi, le courant ne pouvait que passer.

Quant au Qatar, allié à l’Arabie saoudite dans la guerre menée au Yémen, il joue sa propre carte en appuyant les Frères musulmans et leurs succursales.

Qu’un accord de paix se conclue en Syrie relève évidemment de la compréhension des droits élémentaires fondamentaux – bien que peu respectés aujourd’hui – inscrits dans la Déclaration universelle des droits de la personne humaine de 1948. Mais, précisément, cette paix doit intégrer au moins les éléments suivants:

1° La mise au ban la plus stricte de la stratégie d’étranglement par la faim de la population de quelque 12 villes en Syrie et non seulement de Madaya, «révélation» faite avec fracas car camouflée par les instances de l’ONU.

2° La fin des bombardements russes. Ces derniers, en collaboration avec ce qui reste des centres militaires et d’information du régime, visent hôpitaux et cliniques (improvisées par les opposants) dans les régions non contrôlées par le régime, des écoles et des centres du cadastre, ce qui doit permettre la réalisation d’expropriations futures en cas de maintien au pouvoir du régime Assad ou de fractions de ce dernier, tel que le milliardaire Rami Makhlouf, présent dans le BTP, les télécommunications, en Syrie et à l’échelle internationale (entre autres en Suisse).

Dans les prétendus avantages collatéraux pour le Kremlin de Poutine, il s’agit ici de drainer des djihadistes caucasiens et tchétchènes dans un conflit extérieur, de les y «fixer». Une tactique qui lui donne l’avantage de recevoir la bénédiction de «ses partenaires» dans la lutte contre Daech. Dans tous les cas, les effets boomerang de cette tactique au sein de la «Grande Russie» sont reportés à demain.

3° L’arrêt des bombardements de la coalition américano-française et autres sur des villes comme Deraa, au prétexte de détruire Daech, alors que sa population, comme le confirme l’opposition démocratique, déplore le nombre de morts et blessés et des destructions d’immeubles, d’infrastructures. Il ne peut y avoir de négociation effective au moment où les bombardements par l’artillerie, par les blindés et par les hélicoptères de Bachar perpétuent le massacre. L’opposition démocratique à la dictature exige en outre:

«Le départ de tous les combattants étrangers présents en Syrie et la fin à l’intervention russe en Syrie.
L’organisation de l’aide médicale et la reconstruction des services de santé.
Une aide massive aux réfugiés dans les pays voisins et au sein de la Syrie, en vue de leur réinsertion volontaire dans leur pays d’origine [les rapports qui sont tissés entre la Russie et le Royaume jordanien laissent entrevoir combien ces masses de réfugiés, plongés dans la désespérance et la misère peuvent être utilisées dans des négociations entre pouvoirs au nom d’une realpolitik, comme on le voit déjà entre l’Union européenne et le régime d’Erdogan – Réd.].
La libération de tous les prisonniers politiques, des militants, des journalistes, des civils et des combattants de la liberté qui sont emprisonnés dans les geôles du régime tyrannique d’Assad ou celles de tout autre groupe armé.
L’arrestation des criminels de guerre et des personnes en charge de la répression sanglante durant le règne des Assad sur le pays pendant 40 ans et leur jugement par un tribunal compétent et indépendant.»

Ces quelques remarques éclairent sous un angle différent l’article, certes utile, d’Hélène Sallon. L’entretien avec le représentant de l’Arabie saoudite, Turki Al-Faycal, doit être déchiffré à partir des intérêts propres de l’Arabie saoudite, une Arabie saoudite fragilisée non seulement par la réorganisation des rapports de force entre régimes dans une large aire géographique, des régimes dont les frontières politiques et géographiques sont loin d’être stabilisées, mais par une restriction de ses dépenses budgétaires (prix du pétrole, coût de la guerre du Yémen, etc.) débouchant sur une austérité qui sera mal accueillie, sur la contraction de ses aides «aux régimes amis» (par exemple, l’Egypte du maréchal Sissi) et aussi par la possible audience dans des fractions de jeunes d’un projet idéologico-politique ayant le profil d’une «lutte» plus décidée en défense des «sunnites», en dernière instance une sorte de sous-produit de l’éventail du wahhabisme, officiel et/ou toléré. (Charles-André Udry)

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Des anti-Assad «décident in extremis
de rejoindre les négociations»

Le climat d’incertitude qui a entouré l’ouverture de la réunion sur la Syrie au Palais des nations, vendredi 29 janvier à Genève, s’est quelque peu dissipé en début de soirée. Alors que l’émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, concluait sur les bords du lac Léman une réunion préliminaire de deux heures avec les seize membres de la délégation du gouvernement syrien, l’organe représentatif de l’opposition a annoncé depuis Riyad sa décision de se rendre à Genève, où elle arrivera samedi soir. Mais, pour la trentaine de membres du Haut Comité des négociations (HCN) qui feront le déplacement – dont quinze négociateurs –, la mise en œuvre de mesures humanitaires reste un préalable au lancement de négociations avec le régime de Bachar Al-Assad.

Après quatre jours de tergiversations et d’ultimatums, l’émissaire de l’ONU et le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, ont obtenu du HCN que l’application des mesures humanitaires prévues par la résolution 2254, votée le 18 décembre 2015 par le Conseil de sécurité, ne soit pas une précondition à sa venue. «Des garanties ont été obtenues que la résolution 2254 serait pleinement appliquée (…). Le HCN ira à Genève [samedi] pour parler de ces questions humanitaires qui ouvriront la voie au processus de négociations politiques», a justifié son porte-parole, Salim Al-Mouslat, sur la chaîne de télévision Al-Arabiya Al-Hadath.

Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a assuré samedi qu’aucun aspect de la résolution «ne devra être laissé de côté» lors des négociations. Il a salué «avec espoir» la venue du HCN à Genève.

Risques d’un boycottage

«On a beaucoup débattu. C’est normal qu’il y ait différentes opinions dans un comité de 34 personnes. Nous ne sommes pas comme le parti Baas [du président Assad]. C’est très important pour nous de venir négocier, mais on veut absolument séparer le politique et l’humanitaire», a justifié au Monde Hind Kabawat, l’une des membres du HCN, déjà présente à Genève. Faisant écho à cette «préoccupation», Staffan de Mistura a assuré qu’«un geste des autorités gouvernementales pour soulager le peuple syrien pendant les pourparlers, comme la libération de prisonniers ou la levée de sièges (…) n’était pas un sujet de négociation.» Sous-entendu, ces mesures sont déjà acquises.

L’ouverture, bien que modeste et confuse, des pourparlers de Genève a donné à l’opposition un avant-goût des risques d’un boycottage, qui l’aurait fait apparaître comme le camp ayant torpillé la «chance historique» – selon les termes de M. Kerry – de mettre fin à un conflit de cinq ans, qui a fait plus de 260 000 morts. Et qui aurait laissé au régime de Bachar Al-Assad, que le soutien militaire russe et iranien a remis en selle, le beau rôle sur le terrain diplomatique. La France et l’Arabie saoudite, qui auront défendu la position du HCN jusqu’au bout, se sont empressées de saluer son choix. «Tout doit être fait pour donner sa chance à une solution politique», a souligné l’Elysée.

Le pessimisme demeure cependant entier quant à la possibilité de voir ce dialogue aboutir en six mois. Des divergences fondamentales opposent les deux camps dans l’interprétation des termes d’une transition politique. Au regard du HCN, le président Bachar Al-Assad doit quitter le pouvoir d’ici six mois au profit d’un organe de gouvernement transitoire ayant les pleins pouvoirs exécutifs, comme le prévoit la déclaration de «Genève 1» de juin 2012. Damas et ses soutiens insistent pour que soit formé un gouvernement d’union nationale et que le sort de M. Assad soit tranché lors des élections prévues dans dix-huit mois, sous l’égide de l’ONU.

Interpellé par la délégation gouvernementale, menée par l’ambassadeur syrien auprès des Nations unies, Bachar Al-Jaafari, sur la question de la lutte antiterroriste, M. de Mistura a déclaré, lors de sa conférence de presse, qu’elle ne relevait pas de sa mission, entièrement consacrée à l’esquisse d’une transition politique. Il s’est toutefois refusé à en préciser les termes et a renvoyé aux délégations du régime et du HCN la tâche de débattre de la teneur d’une «gouvernance inclusive». Eux seuls devraient figurer au nombre des négociateurs. M. de Mistura a semblé écarter la possibilité d’une troisième délégation de personnalités de l’opposition considérées comme plus proches de Moscou et qui ont été invitées au titre de conseillers. (Hélène Sallon, Le Monde daté du 31 janvier-1er février 2016)

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«Bachar doit être exclu des négociations»

Entretien avec Turki Al-Fayçal
conduit par Hélène Sallon

Le prince Turki Al-Fayçal, l’influent chef des renseignements du royaume saoudien de 1977 à 2001 et aujourd’hui à la tête du Centre de recherches et d’études islamiques roi Fayçal, était en visite à Paris mardi 26 janvier. De la crise syrienne à la rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran, il s’est entretenu avec Le Monde sur les enjeux des crises qui traversent le Moyen-Orient.

Le roi Salman (à dr.) avec l'émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al Thani, Riyad, mai 2015

Le roi Salman (à dr.) avec l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al Thani, Riyad, mai 2015

Pensez-vous que le processus de négociations, lancé à Vienne l’automne dernier, puisse mettre fin au conflit en Syrie?

Pour chaque situation qui s’est développée dans le monde au cours de ma carrière, un «processus» a été lancé, sans jamais trouver de finalité. C’est une partie du problème. En 1967, après l’occupation israélienne du Sinaï, de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et du plateau du Golan, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté la célèbre résolution 242 qui a défini les objectifs de la paix. Cela est devenu un processus dans lequel nous sommes toujours, cinquante ans après.

J’espère donc que le processus de Vienne ne s’étalera pas sur cinquante ans. Les parties qui se sont rencontrées à Vienne ont les moyens politiques, économique et militaire de mettre fin aux tueries en Syrie. Tous ces pays peuvent dire: «Aujourd’hui, à partir de minuit, nous n’allons plus permettre un seul mort en Syrie et nous allons prendre des actions contre quiconque agit en ce sens», et le faire. C’est un problème majeur de la crise syrienne: nous avons les capacités de mettre fin aux tueries mais personne ne veut le faire.

Quelle solution préconisez-vous à cette crise?

Mettre un terme aux combats est la première chose. On doit aussi mettre les responsables du carnage face à leurs responsabilités. Qui est le plus grand terroriste en Syrie? C’est Bachar Al-Assad. Il est responsable de plus de 300 000 morts, de plus de 50 000 emprisonnements sans procès… Tout autant que le Front Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida) et le soi-disant Etat islamique (EI) – que je préfère appeler «Faech» («l’obscène» en arabe) – sont exclus des négociations, je ne vois pas pourquoi Bachar Al-Assad ne devrait pas en être exclu. Il a fait plus de mal à la Syrie que Faech et le Front Al-Nosra.

Malheureusement, avec l’intervention russe, la position de Bachar Al-Assad est renforcée. Cette intervention est inexplicable et inacceptable car Bachar mérite le même sort qu’Abou Bakr Al-Baghdadi (le calife autoproclamé de l’EI).

Peut-on parvenir à une solution alors que les deux puissances régionales, l’Iran et l’Arabie saoudite, parrains respectifs du régime et de l’opposition, sont en conflit?

La position du royaume saoudien est différente de celle de l’Iran. Nous aidons les Syriens à se débarrasser d’un boucher qui les a tués sauvagement pendant cinq ans. Le peuple s’oppose aux groupes extrémistes et à Faech, qui veulent tous deux détruire la société syrienne. L’Iran, pour sa part, soutient à 100 % voire 150 % Bachar Al-Assad, pas seulement avec ses propres ressources mais en amenant des milices du Liban, d’Irak, des volontaires du Pakistan, d’Afghanistan, etc. Pour faire quoi? Pas pour aider le peuple syrien mais pour aider Bachar Al-Assad. C’est une différence de taille entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

Le soi-disant processus de Vienne a abouti à un accord sur certains principes. Premièrement, la référence à Genève 1 et un gouvernement de transition qui a les pleins pouvoirs. Deuxièmement, la préservation des institutions de l’Etat, ce que l’Arabie saoudite soutient. Troisièmement, traduire en justice les criminels qui ont perpétré des tueries. L’Iran a présenté un soi-disant plan de paix en quatre points qui ne parle ni de gouvernement de transition, ni de traduire les gens en justice, ni de préserver les institutions étatiques. La seule chose qu’il dit est qu’il faut que le peuple syrien décide. Mais, l’Iran ne laisse pas le peuple syrien choisir. Les Gardiens de la révolution iranienne prennent parti pour un camp en Syrie et tuent des Syriens.

Le régime de Damas et son parrain iranien accusent pour leur part l’Arabie saoudite de soutenir le terrorisme en Syrie.

Ces terroristes que l’Iran nous accuse de soutenir bombardent des mosquées en Arabie saoudite et tuent non seulement des chiites mais aussi des sunnites. Ils ont lancé une campagne sur YouTube disant: «Arabie saoudite, nous venons et nous allons tuer les Al-Saoud et libérer les lieux saints de La Mecque et de Médine.» Ce sont les gens que nous soutenons? Ce sont nos ennemis.

Comment vaincre l’Etat islamique?

Pour éradiquer Daech, vous devez guérir la maladie qui ronge Bagdad et Damas. Daech n’est que le symptôme. La maladie, c’est Bachar Al-Assad en Syrie et les conséquences de la politique de l’ancien premier ministre Nouri Al-Maliki en Irak.

L’Arabie saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran début janvier. Une réconciliation entre les deux puissances régionales est-elle possible?

L’Iran a exécuté l’année dernière des milliers de personnes, dont des religieux sunnites. L’Arabie saoudite n’a jamais commenté ces exécutions car nous n’avons pas à interférer dans les affaires iraniennes. Non seulement l’Iran a commenté l’exécution d’un Saoudien condamné dans un tribunal et dont la condamnation a été mise en œuvre après que tous les recours ont été épuisés, mais a permis à des voyous d’attaquer, de façon orchestrée, le consulat de Machchad et l’ambassade à Téhéran et de les brûler. Ce n’est pas la première fois que des voyous iraniens brûlent l’ambassade saoudienne. C’est arrivé déjà dans les années 1980. Cette fois, l’Iran n’a pas présenté ses excuses à l’Arabie saoudite.

Le chef des Gardiens de la révolution iranienne a indiqué cette semaine que l’Iran compte 200 000 troupes dans le monde arabe. L’année dernière, un responsable iranien a dit que l’Iran contrôle quatre capitales étrangères – Beyrouth, Damas, Bagdad et Sanaa. Ils doivent arrêter leurs interférences dans les affaires arabes. Ils veulent contrôler jusqu’à la Méditerranée et ils le font en soutenant des milices et en affaiblissant les gouvernements centraux comme à Bagdad, Damas ou Beyrouth. Cette politique est invariable, que le président iranien soit modéré ou pas, car c’est le Guide suprême qui décide.

Une escalade est-elle à craindre entre les deux pays?

Aucun des deux camps n’aurait intérêt à une escalade. Le royaume saoudien a toujours tendu une main amicale à l’Iran. La dernière fois que nous avons rompu nos relations dans les années 1980, cela a pris environ cinq ans pour les restaurer. J’espère que cette fois ce sera plus court. Les Iraniens doivent premièrement s’adresser à nous et dire qu’ils s’excusent pour l’incendie de l’ambassade et ses conséquences.

Craignez-vous des conséquences négatives de l’accord sur le nucléaire iranien?

Notre royaume n’a jamais eu de réserves sur l’accord. En septembre, lors d’une visite au président américain Barack Obama, le roi Salman s’est dit satisfait de l’assurance que lui a donnée le président selon laquelle l’Iran n’aurait, le temps de la mise en œuvre de l’accord, aucun moyen de développer une arme nucléaire. Lors de sa visite à Riyad, le 23 janvier, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a dit comprendre que les actions néfastes de l’Iran doivent être combattues.

La situation interne de l’Iran est si chaotique, avec des centres de pouvoir qui veulent tous leur part de la levée des sanctions, que personne ne pourra concentrer tous les pouvoirs. L’Iran est un tigre de papier avec des habits de fer, qui sont les milices au Liban ou en Irak. Ils ont même créé un Hezbollah au Hejaz, en Arabie saoudite, et ont essayé de tuer l’émir du Koweït. Mais, en interne, l’Iran est dysfonctionnel.

L’accord sur le nucléaire iranien a créé des tensions entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis. Vous avez vous-même critiqué le désengagement américain de la région…

Les déclarations des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite ne traduisent, à mon sens, aucune tension dans les relations entre les deux pays. Le président Obama a dit que les Etats-Unis se borneraient à accompagner, et non plus à dicter, les arrangements régionaux. L’Arabie saoudite et les autres pays de la région doivent l’accepter. Nous avons une responsabilité collective. C’est pour cela que, par exemple, l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition de pays islamiques en lutte contre le terrorisme. Au Yémen, la coalition qui se bat contre les houthistes et l’ancien président Ali Abdallah Saleh depuis mars est une coalition régionale qui a pris ses responsabilités.

Qu’implique concrètement cette coalition de pays musulmans annoncée en janvier par l’Arabie saoudite?

Le premier pas sera de monter un centre des opérations à Riyad qui va collecter les capacités militaire et économique pour agir contre le terrorisme: renseignements, déploiement de troupes et forces. Cela prend du temps à mettre en œuvre. Nous pourrons collecter les ressources de 33 pays contre Faech, Boko Haram, etc. et intervenir au Yémen, au Mali, en Mauritanie, au Pakistan, en Malaisie, partout là où il y a du terrorisme.

Près d’un an après le début de votre intervention au Yémen, la guerre s’enlise et le processus politique est bloqué. Fallait-il intervenir?

Absolument. Si nous n’étions pas intervenus, la situation au Yémen serait pire encore. Je n’ai jamais pensé qu’une guerre au Yémen puisse être terminée rapidement. La décision était la bonne et il faut maintenir le cap car les objectifs de la coalition sont légitimes. Vous ne pouvez accepter qu’une milice comme les houthistes et un ancien président qui a été obligé de démissionner prennent prendre le pouvoir militairement. Notre intervention est soutenue par la résolution 2216. La feuille de route est claire: les houthistes doivent libérer les prisonniers, rendre les armes volées, se retirer des villes qu’ils occupent par la force et réengager le dialogue politique qui était en cours avant que ne débute la guerre. L’Arabie saoudite veut une solution politique, mais les houthistes ont refusé le plan de paix.

L’Arabie saoudite a été accusée de bombarder des civils et des infrastructures médicales au Yémen.

Ce n’est pas vrai. Avant de dire cela, il faut apporter les preuves. Nous ne cherchons pas à tuer des civils. Si cela arrivait, nous prendrions les mesures nécessaires. Les houthistes eux font des bombardements aveugles. C’est eux qu’il faut questionner. (Le Monde du 31 janvier 2016)

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