mardi
24
octobre 2017

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La Brèche

Reza Shahabi «hospitalisé», le 12 juillet 2014, dans l'hôpital Khomenei

Reza Shahabi «hospitalisé», le 12 juillet 2014, dans l’hôpital Khomenei

Par Claude Vergies

En Iran, les travailleurs sont privés de libertés essentielles?: droit de faire grève, de manifester, de constituer des syndicats. Accusés d’avoir enfreint ces interdictions, des milliers de salariés sont arrêtés et de nombreux sont emprisonnés. Parmi eux, Reza Shahabi.

Dirigeant du syndicat de la régie des transports de Téhéran et sa banlieue (Sherkat-é–Vahed), Reza Shahabi est en prison depuis juin 2010. Il purge une peine de 6 ans. Il souffre d’insuffisance rénale, d’hypertension, de douleurs dorsales et lombaires, ainsi que d’une sévère arthrose du fait de la détérioration de quatre vertèbres.

Sa quatrième grève de la faim

Le 1er juin 2014, au lieu de recevoir les soins nécessaires, Reza Shahabi a été transféré dans une prison accueillant également des prisonniers de droit commun souvent violents. Depuis cette date, il a entamé une nouvelle grève de la faim pour réclamer son retour dans un lieu de détention conforme aux conventions internationales.
Depuis de longs mois, le mouvement de solidarité a été relayé en France par des exilés iraniens, Amnesty International ainsi que par l’intersyndicale CGT-­Solidaires-FSU-CFDT-UNSA. Une intervention a eu lieu auprès des autorités iraniennes et françaises pour que Reza soit hospitalisé de toute urgence, notamment pour une opération de la colonne vertébrale.
Au 50e jour de grève de la faim, Reza a reçu la visite d’un représentant du pouvoir. Celui-ci a constaté la dégradation de son état de santé?: hémorragie gastrique, fort amaigrissement, insensibilité des membres, etc. Il lui a alors annoncé qu’il allait être enfin transféré dans un hôpital.
En réponse Reza a annoncé qu’il suspendait sa grève de la faim, mais qu’il la reprendrait si cet engagement n’était pas respecté.

Face à l’État théocratique, la lutte continue?!

Grâce à la détermination de Reza, et au mouvement de solidarité, en Iran comme au niveau international, une première victoire a été remportée. Mais le combat continue pour s’assurer que Reza reçoit bien les soins adéquats. Il doit s’amplifier pour que, dès que l’état de santé de Reza sera stabilisé, il ne retourne pas en prison.

Cette lutte s’insère dans une lutte plus générale pour le respect des libertés démocratiques, la fin de la peine de mort (465 personnes ont été pendues depuis le début 2014), le respect des droits des femmes ainsi que de ceux figurant dans les normes internationales de droit du travail.
Une lutte de longue durée est devant nous face à l’État théocratique iranien et son instrument de propagande international qu’est la chaîne télévisuelle Press TV… sur laquelle on trouve notamment une interview complaisante d’un certain Dieudonné! (Publié sur npa2009)

*****

Syndicalistes indépendants harcelés

En Iran, les syndicalistes indépendants sont incarcérés parce qu’ils défendent les droits des travailleurs et les organismes indépendants de travailleurs se heurtent à des mesures de répression. Amnesty International engage les autorités iraniennes à respecter les libertés sociales et économiques élémentaires. Cet article du 10 juin 2011 n’a rien perdu de son actualité.

Le rapport d’Amnesty (datant de 2011) révèle les mauvais traitements infligés aux syndicalistes indépendants qui luttent en faveur des droits des travailleurs dans un contexte de répression systématique en Iran.

«Les syndicalistes indépendants paient un prix élevé face à un gouvernement qui se montre de plus en plus intolérant envers la dissidence, a indiqué Malcolm Smart, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. Le harcèlement et la persécution auxquels ils sont confrontés ressemblent fort à une tentative désespérée du gouvernement d’empêcher les troubles sociaux qui pourraient éclater en raison des nouvelles hausses des prix du carburant et de l’électricité qui touchent aujourd’hui les Iraniens.»

«Le gouvernement semble déterminé à casser les syndicats existants tout en continuant à interdire les nouveaux organismes indépendants de travailleurs qui commencent à émerger, dans un mépris flagrant des obligations internationales qui lui incombent en tant que membre de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des droits du travail de son propre peuple», a déploré Shane Enright, conseiller Syndicats mondiaux d’Amnesty International.

Des militants de premier plan du Syndicat des travailleurs de la régie des bus de Téhéran, organisation interdite, ont été arrêtés dans le cadre de la répression qui a fait suite à l’élection présidentielle de 2009. Un millier de syndicalistes et leurs familles ont été victimes d’une attaque brutale des forces de sécurité lors d’une grève en 2006.

Mansour Ossanlu

Mansour Ossanlu

Disparitions forcées, mauvais traitements

Mansour Ossanlu, président de ce syndicat non reconnu, a été interpellé à maintes reprises et a passé près de quatre années derrière les barreaux, avant de bénéficier d’une libération conditionnelle le 2 juin 2011. Parce qu’il a organisé des grèves pour réclamer une augmentation des salaires des conducteurs de bus, il a été victime de disparition forcée, roué de coups, fréquemment privé de soins médicaux et jugé dans le cadre de procès iniques. Lors des rares occasions où il a été autorisé à être soigné, il était généralement enchaîné à son lit.

«Nous saluons vivement la libération de Mansour Ossanlu, même s’il n’aurait jamais dû être incarcéré, a déclaré Shane Enright. Sa libération doit devenir inconditionnelle et d’autres syndicalistes qui sont des prisonniers d’opinion doivent être relâchés immédiatement. Les autorités iraniennes doivent mettre fin, une bonne fois pour toutes, à leur politique de persécution, de harcèlement et d’incarcération visant les syndicalistes, simplement parce qu’ils s’efforcent de faire respecter les droits des travailleurs garantis par les conventions de l’OIT.»

Le syndicat de Mansour Ossanlu est affilié à la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), l’une des organisations syndicales mondiales qui fait campagne avec Amnesty International en faveur des droits des travailleurs iraniens.

«Les mauvais traitements effarants infligés à Mansour Ossanlu et à ses collègues du syndicat des conducteurs de bus de Téhéran montrent clairement que certaines personnes au sein du gouvernement iranien les craignent, parce qu’ils constituent une réelle force de changement et de réforme, a estimé David Cockroft, secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport. Sa libération est un signe positif, mais Mansour Ossanlu et ses collègues doivent être autorisés à représenter librement les intérêts de leurs membres, sans craindre d’être arrêtés ni persécutés.»

Syndicats indépendants cible d’attaque

Les syndicats indépendants, comme d’autres organisations et militants indépendants, sont devenus la cible d’attaques de plus en plus violentes depuis les manifestations massives qui ont fait suite à l’élection présidentielle de 2009.

Située dans la province du Khuzestan, dans le sud-ouest de l’Iran, l’entreprise agroalimentaire sucrière Haft Tapeh, détenue par l’État, a été contrainte de revoir les conditions de travail, une grève massive ayant conduit les ouvriers à fonder un syndicat indépendant en 2008. Le nouveau président de ce syndicat, Reza Rakshshan, a été détenu à deux reprises au cours des deux dernières années, tandis que cinq autres dirigeants ont été jugés et condamnés en 2009.

«L’Union Internationale des travailleurs de l’alimentation tire une inspiration sans faille du courage des syndicalistes iraniens qui risquent leur vie et leur liberté pour les droits de tous», a assuré Peter Rossman de l’Union Internationale des travailleurs de l’alimentation (UITA dont le siège est à Genève), auquel est affilié le syndicat de Haft Tapeh.

Syndicat des enseignants interdit

Le syndicat des enseignants iraniens a été interdit par les autorités en 2007 au lendemain de grèves dénonçant le faible niveau des salaires. Pourtant, il a poursuivi son travail, malgré les centaines de détentions, les coups et les autres mauvais traitements infligés à ses membres en détention, et même l’exécution de l’un d’entre eux en 2010.

«Les membres des associations syndicales d’enseignants iraniens nous ont assuré qu’ils ne céderaient pas face à ces mesures extrêmes d’intimidation, mais qu’ils avaient besoin de la solidarité des enseignants du monde entier dans leur combat pour les droits», a affirmé Dominique Marlet de l’Internationale de l’Éducation, fédération mondiale des syndicats d’enseignants.

Amnesty International, en partenariat avec des organisations syndicales internationales et la Confédération syndicale internationale, lance une campagne afin de soutenir les syndicats iraniens dans leur lutte en faveur des droits fondamentaux et des droits du travail, à la veille du deuxième anniversaire de l’élection présidentielle de 2009. (Publié sur le site d’Amnesty International, le 10 juin 2011)

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