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23
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Iran. Le peuple résiste face à ses oppresseurs

Publié par Alencontre le 20 - novembre - 2012

Par Revue internationale Solidaires

Nous publions ci-dessous l’introduction et le sommaire du numéro 8, automne 2012, de Solidaires International, consacré à la situation politique et sociale en Iran. Les lectrices et lecteurs trouveront au bas de l’introduction et du sommaire, sous forme de PDF, la totalité de ce dossier.

Au moment où le pouvoir dictatorial iranien est l’un des plus fermes soutiens du régime Assad de Syrie, il est plus que nécessaire d’appréhender quelques traits marquant du système en place en Iran, des luttes fort difficiles des travailleuses et travailleurs ainsi que des initiatives de solidarité internationaliste si nécessaires à développer. Du point de vue de la défense les droits nationaux, sociaux et démocratiques et de la mobilisation multiforme contre les actions criminelles de ces différents pouvoirs, une profonde cohérence existe dans le soutien simultané: aux diverses formes de la lutte anti-dictatoriale du peuple de Syrie; à l’appui à donner aux initiatives des travailleurs et travailleuses d’Iran pour conquérir et imposer des droits démocratiques contre la domination militaro-théocratique; au droit du peuple palestinien dans son ensemble à disposer des structures étatiques qu’il lui appartient de mettre en place, ce peuple qui subit, aujourd’hui, une agression encore plus exacerbée dans cette gigantesque prison à ciel ouvert qu’est Gaza. (Rédaction A l’Encontre)

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Au printemps 2009, des millions de manifestants ont déferlé dans les rues iraniennes. Ils mettaient d’un seul coup en pièces une vision largement répandue dans le monde: celle d’une population profondément soumise au régime en place depuis 1979.

Pendant toutes ces années, existait pourtant un autre Iran qui avait commencé à être porté à la connaissance du grand public international deux ans plus tôt avec le film Persepolis.

Le sort des femmes illustre bien ce profond décalage entre la réalité et la perception de celle-ci dans le monde. L’islamisation du droit familial et des droits des femmes «était censée, en particulier, maintenir les femmes dans leur rôle traditionnel de mère de nombreux enfants et d’épouse soumise». Il n’en a rien été: le nombre d’enfants par femmes est, par exemple, passé en trente ans de sept à moins de deux.

Si cette opposition au pouvoir absolu des religieux est restée pendant si longtemps souterraine, c’est uniquement parce que la moindre protestation publique devait faire face à une répression implacable.

On surnommait le monarque au pouvoir avant 1979 «le boucher du Moyen-Orient»: il avait, pendant ses trente-sept années de règne, fait exécuter environ 500 prisonniers politiques. Des dizaines de milliers d’autres ont été massacrés par l’armée royale pendant les répressions des soulèvements des peuples kurde et azéri notamment dans les villes de Tabriz et Mahabad.

Le régime islamiste qui lui a succédé, uniquement dans ses 10 premières années et avec l’estimation la plus basse, a exécuté plus de 40’000 prisonniers politiques. Il y a aujourd’hui en Iran, beaucoup plus de prisonniers politiques, d’arrestations arbitraires et d’exécutions sommaires que sous l’ancien régime. La pratique de la torture physique et psychologique est beaucoup plus étendue, le respect des libertés politiques et des droits de l’Homme beaucoup moins grand, la censure et la répression des libertés artistiques et intellectuelles beaucoup plus flagrante que jamais auparavant.

La classe ouvrière est privée des droits les plus fondamentaux tels que le droit d’association, de négociation collective et de grève. Les femmes sont confrontées à une oppression sans précédent. L’homosexualité est punie de mort. Le régime mène une politique d’occupation militaire des régions peuplées par les minorités nationales, et utilise les méthodes de répression les plus brutales pour écraser leur résistance.

Une telle violence s’explique fondamentalement par sa volonté d’éradiquer toute trace des revendications populaires de la révolution de 1978-1979. Celle-ci avait en effet été l’une des révolutions de masse les plus importantes du XXe siècle, avec un degré incroyable de participation des masses. Pendant les quatre mois menant à l’insurrection de février 1979 il y a eu une grève générale impliquant plus de 4 millions d’ouvriers. Les comités de grève avaient pris naissance partout et les comités de voisinage contrôlaient la plupart des secteurs urbains. La nuit de l’insurrection contre le Chah, on a estimé que plus de 300’000 revolvers et mitrailleuses avaient été récupérés dans les casernes de l’armée et distribués à la population.

Le clergé chiite était la seule force d’opposition disposant de structures d’envergure que la dictature du Chah ne pouvait pas démanteler. Il les a utilisées pour s’emparer en quelques mois de la totalité du pouvoir et éliminer toute opposition. Dans les années qui suivirent, le régime islamiste a emprisonné, torturé, exécuté ou contraint à l’exil les principaux militants de la révolution de 1979.

Il n’a autorisé pour représenter les travailleurs que des associations islamiques contrôlées localement par les mosquées ou des groupes paramilitaires.

Loin d’être le porte-parole des déshérités, le pouvoir du clergé chiite a activement participé à un accroissement des inégalités sociales. Pendant la dernière décennie du règne du Chah environ 100 familles employaient la puissance d’État pour monopoliser l’économie iranienne tout entière. Elles sont aujourd’hui moins d’une soixantaine.

Aucune législation sociale ne s’applique dans les entreprises de moins de 20 personnes, qui emploient plus de 80% de la force de travail, dont une majorité de femmes. Les patrons y sont, par exemple, exemptés de toute obligation de fournir une couverture sociale ou de justifier un licenciement. Des dizaines de milliers d’ouvriers attendent le paiement de leurs salaires pendant des mois.

Aujourd’hui en Iran la majorité de la population est officiellement sous le seuil de pauvreté. Selon Adel Azar, le responsable du centre des statistiques d’Iran, 40 millions d’iraniens vivaient en 2010 sous le seuil officiel de pauvreté. C’est pourtant un pays riche en ressources naturelles, ayant presque quadruplé ses recettes de ventes de pétrole au cours des 10 dernières années et disposant d’un revenu inégalé dans l’histoire de l’Iran moderne. Jamais le fossé qui sépare les plus riches des plus pauvres n’a été si grand. Selon les calculs d’économistes indépendants, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 10 millions pour une population d’environ 75 millions d’habitants. Plus de 4,5 millions d’Iraniens disposent de moins d’un dollar par jour. La vente de leurs reins ou d’autres organes est maintenant la plus grande source de revenu de certains pauvres urbains.

Même si le «printemps» de 2009 n’a pas abouti, les problèmes qui l’avaient suscité demeurent. La résistance quotidienne à la dictature n’a pas été éradiquée et débouchera tôt ou tard sur de nouvelles mobilisations d’ampleur.

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1. Marie Ladier-Fouladi «Iran, un monde de paradoxe» (2009) p 13 et 57-58.
2. Le chiffre officiel est de 3 millions de chômeurs selon des règles de calcul ridicules comme le fait de ne plus considérer comme chômeur une personne ayant travaillé une heure dans la semaine!

 

SOMMAIRE DU DOSSIER

Une brève histoire de l’Iran moderne (Houshang Sépéhr)
Le contexte économique
La peine de mort en Iran                  
Crise au sommet sur fond de crise sociale (Behrooz Farahany)      

LA SOCIÉTÉ IRANIENNE AUJOURD’HUI
Les différentes forces sociales
Un pays multi-ethnique
La situation des femmes (Behrooz Farahany)

UN MOUVEMENT OUVRIER EN RECONSTRUCTION
Les luttes et les droits des salariés
Entretien avec Mahmoud Saléhi
Le testament de Farzad Kamangar
L’exemple des syndicats de Vahéd et Haft-Tapeh
Lettre à l’ONU de trois syndicats iraniens

LES ORGANISATIONS DE SOUTIEN DE LA DIASPORA IRANIENNE
SSTI (Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran)
IASWI (Alliance internationale pour le soutien des travailleurs en Iran)

L’ACTION DE DIVERSES ASSOCIATIONS
Extraits du rapport 2012 d’Amnesty international
Le blog Soliran

DÉVELOPPER LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE
Intervention du représentant de SSTI au congrès de l’Union syndicale Solidaires
Affiches d’appel à la réunion publique du 16 mars

 Cliquez ici pour ouvrir le PDF du dossier

 

Quelques repères

Trois fois plus vaste que la France, l’Iran est un pays montagneux et en partie désertique. La carte qui suit est également disponible en couleur à la fin de la revue.

Sa population était estimée à 74 millions d’habitants en 2010, ce qui en fait un des pays les plus peuplés de la région derrière le Pakistan (177 millions), l’Egypte (81 millions) et la Turquie (75 millions).

La population de l’Iran est musulmane à 90%. La langue officielle, le persan (ou farsi) s’écrit avec l’alphabet arabe. C’est la langue maternelle d’environ la moitié des Iraniens. Un peu moins d’un tiers de la population est par contre turcophone, 9% sont kurdes, etc.

L’Iran est le quatrième producteur de pétrole au monde et dispose de la deuxième plus grande réserve en gaz naturel.

«Guide suprême» (chef de l’État, fonction à vie): Ali Khamenei
«Président» (chef du gouvernement): Mahmoud Ahmadinejad
Peine de mort: maintenue
Espérance de vie: 73 ans
Taux d’alphabétisation des adultes: 85%
Taux d’urbanisation: 68% (2007)
Nombre d’enfants par femme: 1,78 (2008)

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FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

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