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La Brèche

Des luttes ouvrières, en Iran aussi

Publié par Alencontre le 8 - mars - 2011

Rédaction

Nous publions ci-dessous deux articles que nous ont fait parvenir les rédacteurs du bulletin « Echos d’Iran». Ces articles éclairent des luttes sociales qui ne font pas la une des médias, ni en Iran, ni à l’échelle internationale. Elles sont pourtant d’une grande importance. Elles traduisent une opposition «à la racine» contre les modalités d’exploitation du patronat et du régime dictatorial. Elles font aussi ressortir la revendication de syndicats indépendants de l’Etat, comme c’est le cas en Egypte. (Rédaction)

Les travailleurs des raffineries d’Abadan en grève

Les travailleurs d’une des plus grandes raffineries d’Iran sont en grève depuis lundi dernier, 14 février 2011, jour où les mouvements d’opposition et les comités étudiants avaient appelé à une journée nationale de protestations pour exprimer leur solidarité avec les révoltes populaires en Tunisie et en Égypte et dans le Moyen-Orient.

La raffinerie de pétrole d’Abadan est la plus grande raffinerie en Iran. Les grévistes ont annoncé qu’ils n’ont pas été payés par l’employeur et par le nouveau patron engagé par le gouvernement pour compléter l’expansion de la capacité productive de la raffinerie, afin de produire de l’essence destinée à la consommation intérieure du pays. [L’Iran, pays pétrolier, importe une part significative de son essence].

Depuis les six derniers mois, date où la nouvelle direction a pris ses fonctions, les salaires des travailleurs de ces raffineries n’ont pas été payés par le nouveau patron, nommé par le gouvernement de la présidence Ahmadinejad.

Les efforts visant à élargir les capacités industrielles de la raffinerie de pétrole d’Abadan ont été initiés par le gouvernement iranien alors que de sévères sanctions de l’ONU ont empêché, selon lui, l’Iran d’importer de l’essence pour sa consommation intérieure. Si on ne peut pas nier l’influence de ces sanctions, cela illustre surtout la corruption du régime paupérise et précarise des millions d’Iraniens, alors qu’on sait pourtant que

L’Iran est au quatrième rang des producteurs mondiaux de pétrole. Ces pénuries sont surtout dues au fait de l’accaparement d’une part énorme de l’économie, qui est pillée par les pasdarans et les clans ultra-conservateurs proches de Khamenei, et Ahmadinejad qui se remplissent les poches sur le dos du peuple, et qui font que, paradoxe total, l’Iran manque aujourd’hui de capacité et d’infrastructures industrielles modernes de raffinage de pétrole pour produire de l’essence pour la consommation intérieure.

Une énorme contradiction de plus qui illustre la politique économique désastreuse du pays, et le fait que la corruption généralisée des clans les plus corrompus du régime et des Gardiens de la révolution ainsi du corps d’armée des Pasdarans se sont accaparés plus de 70% des secteurs économiques de l’énergie et de l’agroalimentaire du pays.

L’agrandissement du centre d’Abadan avait été lancé en trois phases. Les deux premières phases du projet ont été achevées. Toutefois, la troisième phase s’est heurtée à des difficultés considérables qui font qu’elle n’est pas encore achevée.

Au cours d’une réunion de prière le 4 février 2011 le «guide suprême» iranien l’ayatollah Khamenei avait pourtant annoncé: «Je me suis basé sur les rapports que j’ai reçus, pour vous dire que le pays sera complètement autonome dans la production d’essence en février 2011.»

Malgré ces effets d’annonce, la dernière phase d’agrandissement pour l’installation finale de la raffinerie d’Abadan est toujours au point mort et les ouvriers n’ont pas reçu leurs salaires depuis 6 mois.

Depuis ces déclarations, les grévistes n’ont aucun recours pour récupérer leurs salaires impayés. Pour seule réponse, le gouvernement iranien a annoncé que le versement des salaires des travailleurs était de la responsabilité de l’entrepreneur (responsable de l’agrandissement) et non du sien, une esquive de plus du patronat iranien qui depuis des années s’enrichit grâce à cette politique du régime.

Contacté par le site Rooz Online, un porte-parole de l’entreprise utilisant les ouvriers pour le projet d’agrandissement a déclaré: «La compagnie pétrolière ne nous a versé aucun salaire au cours de l’année 2010». Si nous n’avons pas pu verser aux ouvriers de la totalité de leurs salaires, c’est pour mieux répondre aux revendications des ouvriers ensuite, le «ensuite» étant très vague comme ont pu s’en apercevoir, à leurs dépens, les ouvriers de la raffinerie d’Abadan.

La seule réponse de la direction a ce désir légitime d’égalité de traitements dans les salaires entre ouvriers a été de répondre «que cela n’avait rien a voir dans la manière de payer nos travailleurs». Quelle est cette manière mystérieuse de traitement, les salariés en grève n’en sauront pas plus. Si ce n’est que la direction se défausse en déclarant aux ouvriers que la responsabilité de ces impayés n’est pas du ressort de la direction de la raffinerie, mais celle de l’entreprise sous-traitante qui les emploie.

Le parlement iranien n’a bien sûr pas fait de demandes officielles d’enquêtes concernant les raisons du retard de ce projet. Il continue cependant de s’autocongratuler sur son «magnifique projet d’autosuffisance pour la distribution des carburants pour l’année 2011.»

Grève des ouvriers de la plus grande usine d’Iran

Les ouvriers d’Iran Khodro, la plus grande d’usine d’Iran – fabrique d’automobiles – avec plus de 15’000 travailleurs, sont en grève depuis hier soir: le 24 janvier 2011.

Cette grève a eu lieu après qu’un véhicule de l’usine a heurté, le 24 janvier 2011, un groupe d’ouvriers qui attendaient leurs bus de service pour rentrer chez eux à minuit. Six d’entre eux sont morts sur place. Le nombre des victimes de cet accident se porte maintenant à 12. Six autres ouvriers ont perdu leur vie à l’hôpital suite aux blessures et d’autres sont dans un état grave.

Malgré le fait que hier était un jour férié en Iran, la direction de l’usine a obligé les ouvriers à faire des heures supplémentaires. Cet événement a soulevé la colère des ouvriers qui ont entamé un sit-in à l’intérieur de l’usine. Leur principale revendication est de créer leur syndicat indépendant. La plupart des ouvriers sont restés à l’intérieur de l’usine pour réclamer leurs droits après leur travail et tout a été sous leur contrôle. La direction a pour habitude de faire travailler les ouvriers les «jours fériés», ce qui est d’ailleurs contraire à la loi.

Les ouvriers ont, dans les premières heures de leur mouvement de grève, fermé toutes les routes qui mènent à l’usine. Il faut noter que ces routes sont les routes les plus importantes autour de Téhéran et étant donné l’importance de cette usine, leur action pourrait s’étendre à d’autres usines de la banlieue de Téhéran. La police antiémeute a alors immédiatement barré toutes les voies qui ont été interdites à la circulation.

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