Jeudi
21
août 2014

A l'encontre

La Brèche

Egypte. Le FMI, ses exigences et la révolte qui gronde

Publié par Alencontre le 20 - mars - 2013
Rencontre de la délégation du FMI avec le gouvernement égyptien

Rencontre de la délégation du FMI avec le gouvernement égyptien le 18 mars 2013

Par Salma Hussein

Pour obtenir le prêt de 4,8 milliards de dollars du FMI (Fonds monétaire international), le gouvernement égyptien doit résoudre une équation difficile. Il doit entreprendre des «réformes» suffisamment strictes pour faire plaisir au FMI, mais suffisamment clémentes pour ne pas mécontenter la population. La visite dimanche au Caire du directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, Massoud Ahmed, pour reprendre les négociations sur le prêt a compliqué la tâche pour le gouvernement d’Hecham Qandil, premier ministre depuis 24 juillet 2012 et ayant constitué son gouvernement le 1er août 2012.

Cette visite intervient après que le gouvernement égyptien a laissé entendre que son programme de «réformes», modifié récemment pour pallier les demandes du FMI, ne satisfaisait pas le prêteur mondial, maître en plans d’ajustements structurels.

Le FMI critique, en effet, la lenteur du programme de «réformes» du gouvernement qui vise à baisser le déficit budgétaire en réduisant les subventions à l’énergie. Cette mesure ne commencera pas avant octobre prochain et ne sera pleinement effective qu’en 2014. De plus, le gouvernement ne va pas réduire le déficit à 8,5 % du PIB comme le veut le FMI, mais plutôt à 9,5 %. Une baisse jugée trop faible par le FMI. Le premier ministre Hicham Qandil a déclaré aux journalistes que «les mesures d’austérité doivent être graduelles pour ne pas porter atteinte aux Egyptiens».

Au cours de sa visite au Caire, Massoud Ahmed a rencontré outre le premier ministre, le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), Hicham Ramez, le ministre des Finances, Al-Morsi Hégazy, et le ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi. Massoud a qualifié de «constructives et utiles» les discussions qu’il a eues avec le chef du gouvernement et le groupe économique. Il a appelé le gouvernement «à faire progresser son programme de réformes pour faire face aux défis économiques». Massoud a salué la «détermination du gouvernement égyptien à ce que les considérations sociales soient prises en compte dans ce programme de réformes». Des propos diplomatiques qui, toutefois, cachent mal le différend entre le FMI et le gouvernement égyptien.

Le gouvernement avait annoncé, il y a deux semaines, une version modifiée de son programme de réforme que le FMI a refusé. L’institution internationale a proposé à l’Egypte un prêt d’urgence de 750 millions de dollars dans l’attente qu’un accord soit conclu. Le FMI reproche au gouvernement d’avoir reporté les mesures les plus impopulaires, celles qui mèneraient à des coupes importantes dans les dépenses publiques. Le gouvernement, à son tour, a refusé l’offre du FMI. Le ministre des Finances a déclaré que cette aide serait trop coûteuse comparée à ses bénéfices, sans donner plus de détails. Une source officielle a cependant déclaré à Al Ahram, sous couvert d’anonymat, que cette aide urgente donnerait un mauvais indice sur la situation économique du pays. «L’Egypte préfère s’en passer», affirme la source.

«Réforme d’une importance primordiale»

Malgré ces difficultés, le gouvernement veut conclure rapidement l’accord avec le FMI. «Cette réforme est d’une importance primordiale. C’est une feuille de route qu’il faut suivre pour atteindre la stabilité monétaire et financière et pour lutter contre l’inflation», avait confié à Al Ahram le ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi, avant la visite. Et d’ajouter: «Nous avons besoin de ce prêt pour sortir de la crise économique. Cette somme nous aidera à rétablir la confiance dans l’économie égyptienne et à faire revenir les investissements étrangers. Je m’attends à ce que les négociations avec le FMI soient difficiles, mais je reste optimiste.»

Parmi les mesures récemment évoquées, on peut citer: le fait de relever de 9000 à 12’000 L.E [de 1247 CHF à 1663 CHF] le plafond de l’exonération d’impôts sur le revenu une décision qui attend l’approbation du Conseil consultatif; l’augmentation des tarifs douaniers sur les produits de luxe ainsi que les taxes sur les alcools, les cigarettes, l’acier et le ciment, et autres.

Outre ces mesures, le gouvernement entend augmenter les prix du carburant, de l’essence et du gasoil, ce qui entraînerait une hausse des prix et un mécontentement populaire croissant. Selon les calculs du Centre égyptien pour les études économiques (en 2009), une suppression totale des subventions sur le carburant entraînerait une hausse de 50 % du taux d’inflation.

«Aucun gouvernement précédent – même sous Moubarak – n’a eu le courage de prendre une mesure aussi stricte», commente la source officielle sous couvert d’anonymat. Une forte hausse des prix signifierait plus d’Egyptiens en dessous du seuil de pauvreté. Il est fort douteux que les compensations payées par le gouvernement à la population puissent «sauver» ces populations pauvres, étant donné que 20 % des Egyptiens vivent déjà dans la précarité extrême, gagnant à peine plus d’un dollar par jour.

Pire, une hausse de l’inflation se traduirait directement par des émeutes sociales et davantage de violence. Pour le moment, le gouvernement estime qu’il est dos au mur sans alternatives à l’endettement extérieur. «Soyons francs, nous ne sommes pas des magiciens pour trouver des solutions miracle à la crise actuelle», conclut Al-Arabi.

_____

Egypte-Israël

Selon le site Ahram Online, en date du 20 mars 2013, Amira Dotan, responsable du département Moyen-Orient du Ministère des affaires étrangères, est arrivée ce mercredi à l’aéroport international du Caire. Elle a rejoint le parti Kadima en 2006. Elle a occupé la fonction de brigadier général dans l’armée israélienne. C’est la première fois qu’une visite d’une personne représentant officiellement le Ministère des affaires étrangères d’Israël a lieu depuis la révolution du 25 janvier 2011 en Egypte. La coïncidence avec la présence d’Obama en Israël n’y est peut-être pas étrangère. (Réd. A l’Encontre)

_____

Article publié dans Al-Ahram, le 20 mars 2013

Share Button
Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

1 commentaire

  1. Mouvement laïque québécois » Conférence de Djemila Benhabib: théocratie et laïcité, la femme et l’enfant dit:

    [...] parle de pays qui ont des problèmes économiques extrêmement graves, l’Égypte est à genoux devant le FMI, le système d’éducation a totalement périclité, le système de santé publique est [...]

    Ecrit le 10 avril, 2013 à 2013-04-10T15:34:51+00:000000005130201304

Ecrire un commentaire





Course contre la montre pour contrôler l... par msf

Avec plus de 1700 cas dont 932 décès (source: OMS, situation au 4 août 2014), l'épidémie d'Ebola en cours en Afrique de l'Ouest est la plus importante jamais enregistrée depuis l'identification de la maladie, en 1976. Dès les premières semaines qui ont suivi l'apparition des cas en Guinée, au mois de mars, MSF a démarré une intervention visant à prendre en charge les patients et à limiter la propagation de l'épidémie. Début août 2014, plus de 650 Médecins Sans Frontières sont présents en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria, dont près de 70 expatriés internationaux.

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org