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Egypte: le FMI et Morsi «ajustent» les déshérité·e·s

Publié par Alencontre le 11 - avril - 2013

WO-AN257_Egypt_G_20130402194425Par Névine Kamel

Depuis des mois, la situation socio-politique en Egypte rend difficile l’adoption, ouverte, par le président Morsi et son gouvernement d’un accord avec le FMI portant sur un dit prêt de 4,8 milliards de dollars, et certainement plus. Comme le souligne le Wall Street Journal du 2 avril 2013, les gouvernants de l’Egypte «font face à des prises de décision difficiles sur les modalités d’application d’un plan d’austérité qui apparaît nécessaire pour obtenir l’appui du FMI, mais qui menace d’exaspérer une population égyptienne déjà remuante». Aux inquiétudes concernant les mouvements sociaux s’ajoute la baisse de l’influence des Frères musulmans qui suscite des appréhensions parmi leurs cadres dirigeants, d’autant plus que s’annonce une échéance électorale en octobre 2013. Au centre des préoccupations du gouvernement se trouvent deux «objets»: les subventions accordées à l’énergie et celles accordées à certains biens alimentaires, en priorité la farine et donc le pain. Les arguments avancés par le FMI mettent l’accent sur une «promesse». Si les mesures d’austérité budgétaire qui conditionnent le prêt du FMI sont appliquées, un flot d’investissements étrangers se déversera sur l’économie égyptienne pour assurer sa relance. 

Le dimanche 7 avril s’est tenue une conférence animée par le Courant populaire dont Hamdeen Sabbahi est la figure de proue. Ce nassérien de gauche a non seulement dénoncé la politique de l’actuel gouvernement en matière sociale et économique, mais a pointé du doigt différentes mesures prises par le président Mohamed Morsi afin de donner des gages au FMI. Cette conférence avait pour objectif de dessiner les lignes de force d’un programme alternatif à l’orientation néolibérale de la présidence et du gouvernement présents. Les interventions mettaient en lumière la continuité des orientations du gouvernement actuel par rapport à celles de Moubarak: ces politiques sont «dictées par les conditions imposées par les créanciers étrangers et les institutions financières internationales et ne sont pas fondées sur les intérêts nationaux et les ressources nationales», pour reprendre la formule d’un économiste présent à cette conférence, Ahmad El Sayed El-Naggar.

Le reportage publié dans Al-Ahram en date du 10 avril 2013 sur les réactions face à la réduction des subventions ayant trait au gaz domestique laisse entrevoir le potentiel de refus, capté par les deux reporters du Wall Street Journal, face à une compression drastique des subventions sur les biens les plus élémentaires qui frappera, en priorité, les couches sociales déjà terriblement déshéritées. (Rédaction A l’Encontre)

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La décision du gouvernement de diminuer les subventions allouées au gaz domestique n’est pas passée inaperçue. 2700 entrepôts de bonbonnes à butagaz ont cessé de travailler la semaine dernière dans différents gouvernorats. Certains d’entre eux sont toujours en grève.

La semaine dernière, les propriétaires des entrepôts de ces bonbonnes de gaz ont envahi le ministère de l’Approvisionnement. Ces grèves et protestations ont entraîné de longues files d’attente devant les entrepôts dans plusieurs quartiers du Caire.

La semaine dernière, le gouvernement a doublé, du jour au lendemain et sans prévenir, le prix des bonbonnes de gaz. Le prix officiel de la bonbonne pour les particuliers est passé à 8 L.E. contre 4 L.E. auparavant. Une décision qui, selon le gouvernement, permettra une économie annuelle de 2 milliards de L.E.

Le gouvernement avait préalablement déclaré que les ménages recevraient un maximum de deux bonbonnes subventionnées. Toute bonbonne achetée en plus sera facturée 25 L.E., un prix toujours inférieur à son coût de production.

Pour les utilisations commerciales (hôtels, restaurants, boulangeries …), le butane reste subventionné. La bonbonne (le double du volume vendu aux particuliers) leur sera vendue à 16 L.E.

Une décision inégale

Cette nouvelle décision est une autre promesse non tenue de la part du gouvernement. Celui-ci avait déclaré qu’il ne subventionnerait plus le gaz pour l’usage commercial, à l’exception des petits restaurants de sandwichs, destinés à une clientèle pauvre.

A 8h du matin, les consommateurs font déjà la queue devant un entrepôt privé dans la banlieue du 6 Octobre. «Depuis lundi dernier, je n’arrive plus à me procurer de bonbonnes de gaz. Les propriétaires des entrepôts ferment leurs portes et refusent de nous en vendre. Ils s’opposent à la hausse des prix approuvée par le gouvernement», raconte Abdel-Wahab, un portier. «Finalement, j’ai été pour en chercher au marché noir. J’ai dû payer 30 L.E. pour une bonbonne. Le gouvernement décide d’une hausse que les commerçants refusent d’assumer. C’est nous, les consommateurs, qui payons la facture», s’insurge-t-il.

Depuis longtemps, le gouvernement égyptien a lancé l’idée d’une libéralisation progressive des prix des produits pétroliers et gaziers. Le but est de réduire la facture des subventions à l’énergie, qui s’élève actuellement à 115 milliards de dollars, selon le budget 2012/2013.

Cette décision a été plusieurs fois repoussée face à la colère sociale et à la récession qui frappe le pays. Mais avec l’arrivée de la mission du FMI la semaine dernière, le gouvernement a mis en place cette mesure, afin de démontrer à l’institution internationale sa bonne volonté.

Cette institution plaide, en effet, pour une libéralisation des subventions accordées à l’énergie. Une condition qui est essentielle à l’octroi de prêts. «La facture est lourde, d’autant plus que cette décision coïncide avec une crise économique. Les pressions sur le consommateur sont multiples», estime Omnéya Helmi, directrice exécutive du Centre égyptien pour les études économiques.

«Comme toujours, la hausse touche toutes les classes de la société, et en premier lieu, les plus pauvres. Proportionnellement à leur revenu, ce sont ces derniers qui paieront le plus. L’absence d’un système de surveillance contrôlant le marché et interdisant le marché noir ne fait que fragiliser la situation. La facture est lourde».

Des prix qui vont exploser

Selon les chiffres du ministère du Pétrole, 20 milliards de L.E. sont destinées à la subvention des produits pétroliers. La consommation totale de gaz s’élève à 4,5 millions de m3 par an, et la production locale est de 2,3 millions. Les importations représentent la moitié de la consommation.

Le prix du m3 à l’étranger varie entre 900 et 1 200 dollars. Un simple calcul nous donne le coût moyen de la bonbonne: 75 L.E. «Les classes démunies ne profitent des subventions qu’à hauteur de 30 % tout au plus. Le reste bénéficie aux hôtels et aux usines. Est-ce que c’est ça la justice ?», se demande un responsable au sein du ministère du Pétrole.

Celui-ci assure que le gouvernement vise une libéralisation complète des prix des bonbonnes pour 2018, qui atteindra donc 75 L.E. ou plus selon les cours internationaux. Les familles qui possèdent les cartes d’approvisionnement la recevront à 25 L.E.

Cette hausse des prix des bonbonnes de gaz est une première étape dans le programme du gouvernement pour l’annulation progressive des subventions à l’énergie. La décision du gouvernement a eu pour conséquence l’explosion des ventes au marché noir. La conséquence est que pauvres et riches se partagent la facture à parts égales.

«Jamais, le consommateur, avec l’absence de surveillance, n’obtiendra la bonbonne au prix annoncé», estime Omneya Helmi. «Les prix des bonbonnes ont considérablement augmenté pour atteindre 15 L.E. dans les entrepôts et 30 L.E. au marché noir, suite à la décision du gouvernement. Une nouvelle hausse est prévue. Malheureusement, le consommateur n’a pas le choix», raconte Abdel-Salam, propriétaire d’un four à pain.

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L’envolée de l’inflation

La facture mensuelle des familles pourrait connaître une augmentation significative vers la fin de l’année. «Le taux d’inflation pourrait atteindre 35 % au mois de décembre 2013, s’il est calculé correctement», affirme Hani Guéneina, directeur du département des recherches à la banque d’investissement Pharos, notant que «la banque Pharos avait prévu au début de l’année 2013 une hausse de l’inflation entre 20 et 25 % en décembre prochain».

La crise s’est aggravée dès janvier dernier, suite à l’augmentation du taux de change du dollar face à la livre égyptienne et à la crise du gasoil. Le scénario se complète avec la décision du gouvernement d’augmenter les prix des bonbonnes dans une première étape d’un plan d’austérité visant la libéralisation des subventions relatives à l’énergie. «La hausse du prix de la bonbonne de gaz ne sera pas la dernière», confirme Guéneina.

Le gouvernement avait décidé le premier avril de doubler le prix de la bonbonne: 8 L.E. pour les foyers et 16 L.E. pour les magasins.

«Cette décision ne fera qu’empirer les choses les mois à venir, car une pénurie de gaz et d’électricité est annoncée. Ainsi, la plupart des usines pourraient cesser de fonctionner en juillet et août prochains, comme cela s’est produit l’année dernière. Les usines ont décidé d’augmenter le prix de leurs productions, afin de partager le coût de la hausse du gaz avec le consommateur. Les prochains ajustements des taxes sur les ventes concernant notamment les cigarettes et les télécommunications sont plus importants. Tous ces facteurs vont conduire à une explosion des pri », souligne Guéneina, en mentionnant que la Banque Centrale, elle-même, a publié un communiqué exprimant son inquiétude vis-à-vis de l’inflation.

L’inflation a augmenté depuis le début de l’année 2013, aux niveaux mensuel et annuel, en raison de la chute de la livre, atteignant au mois de mars le plus haut niveau depuis le début de la révolution: 2,8 % sur une base mensuelle et 8,7 % au niveau annuel.

Mona Mansour, directrice de recherches à CI Capital, prévoit un taux d’inflation de 20 % vers la fin de l’année. «La crise des prix de 2007 se répète. A ce moment-là, l’inflation a atteint un niveau record de 23 % en raison du prix élevé de l’énergie ».

A noter que les prix de l’énergie et de l’eau représentent 18,4 % du taux d’inflation, soit l’élément le plus important après la nourriture et les boissons.» (Névine Kamel)

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