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Egypte: la Confrérie et le contrôle des syndicats

Publié par Alencontre le 31 - octobre - 2012

Grève des chauffeurs de bus au Caire

Par May Atta

Les négociations entre les syndicalistes ouvriers et le ministre de la Main-d’œuvre, Khaled Al-Azhari, tenues mercredi 24 octobre, n’ont pas abouti à des résultats concrets. Les syndicalistes n’ont pas réussi à convaincre le ministre de retirer les amendements introduits à la loi électorale de l’Union générale des syndicats ouvriers. Ces amendements ont déjà été entérinés par le premier ministre, Hicham Qandil.

Al-Azhari a affirmé que la présidence de la République étudie actuellement cette loi (35 de l’année 1976) et que tout le monde devra respecter ce que décidera le président à ce propos. Maintenant que le Parlement est dissous, le pouvoir législatif appartient au président de la République.

Toujours selon le ministre, les amendements proposés visent à infuser un nouveau sang dans les milieux syndicaux. Mais cet objectif apparemment louable est remis en question par la plupart des syndicalistes. «La réunion entre Al-Azhari et les dirigeants des syndicats nous a ramenés à la case départ. Les 7 amendements que le ministre souhaite introduire à la loi électorale sont susceptibles de limiter les libertés des ouvriers et de faciliter une mainmise du régime en place sur leurs syndicats», affirme Abdel-Rahmane Kheir, président du syndicat général de la production militaire [secteur économique fort important en Egypte].

Kheir affirme que l’Union des syndicats, avec l’aide des activistes et des ONG «fera tout pour contrecarrer l’ingérence du pouvoir exécutif dans les affaires des ouvriers et l’hégémonie des Frères musulmans». Et d’ajouter que des syndicalistes ont déjà demandé à s’entretenir avec le président, Mohamad Morsi, pour expliquer leurs objections à ces amendements. «Si on nous refuse cette rencontre, nous aurons recours à la Cour administrative et à l’Organisation internationale du travail (OIT)», assure-t-il.

En vertu des amendements en question, les élections du conseil de l’Union des ouvriers, initialement prévues en novembre, seront reportées de 6 mois. En attendant les élections, les membres actuels du conseil qui ont atteint l’âge de la retraite seront exclus du conseil de l’Union et remplacés par d’autres, choisis en fonction des résultats des précédentes élections, ou nommés directement par décision administrative soumise à un aval ministériel.

Pour Saber Barakat, membre du Comité égyptien pour la défense des droits des travailleurs «Ces amendements n’ont qu’un seul but, à savoir imposer l’hégémonie des Frères musulmans sur l’Union», qui regroupe 24 syndicats et 3 millions de travailleurs.

Changer les têtes

«Près de 80% de dirigeants syndicalistes actuels [issus du syndicalisme officiel lié aux structures de l’ancien régime] ont dépassé les 60 ans. Mais au lieu d’apporter un changement à travers des élections intègres, on se réfère aux élections qui ont eu lieu sous le régime corrompu de Hosni Moubarak et aux décisions administratives pour les remplacer. Cela revient à dire que 80 % des dirigeants syndicaux seront nommés indirectement par le ministre », s’insurge l’activiste.

Cela dit, Barakat estime que le conflit actuel au sein de l’Union ne concerne pas les libertés syndicales ou les droits des ouvriers.

«C’est une guerre entre les corrompus de l’ancien régime et les Frères musulmans qui veulent les déloger», pense-t-il.

Kamal Abbass, coordinateur de la Maison des services syndicaux (ONG), explique à son tour sa déception: «Nous ne voulons pas d’amendements qui consacrent le despotisme des régimes successifs qui veulent contrôler l’Union. Nous voulons plutôt l’adoption de la loi des libertés syndicales, élaborée en mars 2011, et qui permet la création de syndicats indépendants.»

Cette loi élaborée dans la foulée de la révolution et entérinée à la fois par l’ancien ministre de la Main-d’œuvre, Ahmad Al-Boraï, et par l’ancien premier ministre, Essam Charaf, a été rejetée par le Conseil militaire qui dirigeait alors le pays. Le Parlement dissous, dominé par les Frères musulmans, a refusé à son tour de l’adopter, proposant à sa place une autre loi qui, selon les syndicalistes, ne garantit pas les droits des ouvriers.

Syndicats indépendants

Les mois qui ont suivi la révolution ont témoigné d’une effervescence de l’activisme syndical qui s’est notamment traduit par la création de plusieurs centaines de syndicats «indépendants». Ceux-ci côtoient la vingtaine de syndicats officialisés au sein de l’Union, mais sans bénéficier d’une législation leur garantissant un statut reconnu.

Les syndicats indépendants se basent uniquement sur les traités de l’Organisation internationale du travail, dont l’Egypte est signataire. Les amendements en question n’arrangent pas la précarité de ces nouveaux syndicats, dans la mesure où ils interdisent la création d’un syndicat ayant déjà un homologue, portant ainsi atteinte au droit de la création des syndicats.

«Depuis le président Gamal Abdel-Nasser et jusqu’aux temps de Hosni Moubarak en passant par Anouar Al-Sadate, c’est le parti au pouvoir qui dominait l’Union des syndicats ouvriers. Nasser a utilisé l’Union dans son conflit avec Mohamad Naguib, alors que Moubarak l’a utilisée pour accélérer le processus de privatisation. Les Frères musulmans, eux, ne sont pas inconscients, ils réalisent bien le poids que peut représenter l’Union, d’où leurs tentatives de la dominer», explique Moustapha Bayoumi, journaliste spécialiste des questions syndicalistes.

Une manifestation ouvrière est programmée pour le 15 novembre devant le palais présidentiel à Héliopolis, doublée d’un sit-in ouvert. Les ouvriers insistent à se faire entendre.

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Publié dans Al Ahram le 31 octobre 2012

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