mardi
19
février 2019

A l'encontre

La Brèche

Metz: le 20 janvier 2019

Par Tin Hinane, une Amajaune lorraine

Au sein de ce mouvement Gilets jaunes, certes hétérogène socialement et politiquement, se dégagent des voix qui font leur les besoins sociaux et donc qui engagent une bataille pour des droits qu’il s’agit s’imposer. Car il n’existe pas une ontologie des «droits» en dehors des besoins qui se traduisent dans des affrontements sociaux effectifs et qui sont ressentis, donc qui affectent. Et ces voix, parfois, peuvent traduire en perspective sociopolitique le ressenti, soit ce qui est éprouvé vivement par un large secteur de la société.

La question décisive n’est pas celle discutée par de nombreux commentateurs intellectuellement incarcérés dans les résultats des enquêtes d’opinion sur le degré de sympathie des Gilets Jaunes auprès des échantillons de Français. Le fait social et statistique suivant, bien compris par Roland Cayrol, qui dévoile la durée et la force de ce mouvement, réside dans les 16% des personnes interrogées qui se sentent membres des Gilet Jaunes.

Une force sociale – certes disparate, mais existe-t-il des mouvements sociaux qui ne le soient pas? surtout dans le contexte présent et les expériences sociopolitiques depuis plus de 25 ans (1995) en France? – qui n’a pas son pareil.

Certes, la contradiction est présente et peut s’exprimer par un vote Rassemblement national qui pourra déconcerter ceux et celles qui soutiennent et agissent dans ce «rassemblement». Et qui le font avec la tonalité de l’antagonisme de classe au sens large et de sa dynamique qui se retrouvent dans cette intervention faite à Metz que nous publions ci-dessous. Pour citer Blaise Pascal dans Pensées: «Ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité» (VI, 384, 1671). Ce qu’avait bien compris Lucien Goldmann. (C.-A. Udry, Rédaction A l’Encontre)

*****

Intervention Metz le 20 janvier. «Je voudrais d’abord saluer tous les GJ (Gilets Jaunes), de la première ou de la dernière heure.

Bravo à vous toutes et tous pour votre détermination, votre endurance et votre courage.

Grâce à vous le peuple français a retrouvé sa fierté. Nous sommes passés du statut de moutons à celui de citoyennes et de citoyens engagés. Merci!

Metz, le 20 janvier: début de la manifestation

• Avec la force et la vaillance d’un peuple animé d’une saine colère, les GJ affrontent depuis deux mois la violence et le mépris du président et des riches: le monarque Macron, auto-proclamé Jupiter, Dieu de la terre du ciel et de tous les êtres vivants… Extinction générale garantie!

• Dans cette lutte de classes que les peuples craignent de perdre, les femmes ont toujours été perdantes. Nombreuses, dynamiques, infatigables et courageuses, malgré leurs lourdes tâches professionnelles, sociales et familiales, elles sont depuis le 17 novembre, dans toutes les assemblées, sur tous les ronds-points, manifestent dans la rue sous les gaz et les matraques. Sensibles et inventives, elles se rassemblent et créent des chaînes de solidarité pour venir en aide aux plus nécessiteux. Face à la misère grandissante, elles organisent des collectes et des distributions de vivres, couvertures et produits d’hygiène pour celles et ceux que le pouvoir laisse dépérir dans la rue.

• 85% des parents isolés sont des femmes. Près de la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Les femmes sont désignées comme assistées; elles sont surexploitées dans des jobs mal payés, accumulent les temps partiels, les CDD, et travaillent même le dimanche à l’enrichissement des grands capitalistes.

• 90% des métiers sous-payés, d’aide à la personne sont occupés par des femmes. C’est sur leurs maigres épaules que reposent les soins aux malades, aux anciens, aux enfants…

On attend d’elles qu’elles travaillent comme si elles n’avaient pas d’enfants, et qu’elles élèvent leurs enfants comme si elles n’avaient pas de travail!

• Macron et Hollande, et avant eux Sarko et Chirac, les marionnettes au service des plus riches du monde entier, ont trahi leur mission et ont infligé au peuple français des politiques d’austérité.

Ils ont réduit les dépenses publiques et ce sont les femmes qui en souffrent en premier.

• Pour faire ses cadeaux aux riches, qui ont payé pour le porter en haut de l’Olympe, le monarque Macron demande aux collectivités territoriales de réduire la dépense de 13 milliards.

Et ce sont les centres médico-sociaux dont les femmes pouvaient bénéficier qui disparaissent.

• Leurs enfants étudient dans des classes bondées (la France est passée du 4e rang au 26e rang des classements internationaux). Les activités extrascolaires sont payantes; les frais de cantine augmentent; les factures eau-gaz-électricité sont taxées à plus de 60%, le réseau de transports publics hors de prix disparaît…

• Les plus riches siphonnent l’argent des services publics et les hôpitaux ferment, les médecins désertent nos provinces; les maisons de retraite se privatisent et se détériorent et c’est encore les femmes qui prennent en charge les anciens. Face aux puissants qui nous polluent et nous empoisonnent, elles doivent bosser, nettoyer, remplir la casserole, nourrir, soigner, éduquer, transporter, égayer… Elles se font toujours baiser.

• À travail égal, elles gagnent encore en France 25% de moins que les hommes, soit un minimum de 50’000 € de moins pour dix années de boulot… 200’000 en 40 ans! Leur travail ménager n’est toujours pas considéré, ni rémunéré.

Les femmes sont les premières victimes du libéralisme, du sexisme.

Qu’à cela ne tienne, les Amajaunes ont posé les serpillières pour exprimer leur colère! Les femmes GJ ont lâché leurs casseroles pour prendre la parole.

• Et ce ne sont ni leurs coups, ni leurs insultes, ni leurs violences qui nous feront taire. La rue est à nous! L’avenir de nos enfants, et de notre planète, nous appartient.

• Le capitalisme et le patriarcat ne s’effondreront pas tous seuls, aidons-les.

Femmes, hommes. Rassemblons-nous. Multiplions-nous! Et demandons l’impossible! Un Monde meilleur est possible. Tout de suite, maintenant!

Tin Hinane, une Amajaune lorraine

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Les dominants, l'euphémisation des termes et la novlangue

George Carlin (1937-2008) était un «humoriste» politique et social qui décortiquait la société capitaliste américaine et éclairait ses principaux traits. Dans ce spectacle donné en 1990, il instruisait le procès de la novlangue qui s'est imposé avec force depuis lors, aussi bien dans la gestion des guerres impérialistes que dans le management des entreprises, pour s'enraciner dans la vie quotidienne. Après la crise des «subprimes», on n'est plus «sans domicile», mais on a choisi un «mobile home» avec le peu d'épargne qui a résisté à la fonte brutale imposée par les banques et les assurances et qui a contraint des propriétaires de petites maisons à s'acheter une caravane de seconde main et de chercher, dans les vastes contrées des Etats-Unis, un nouvel emploi.

George Carlin avait un esprit décapant, donc éliminant les idées superficielles dominantes pour faire ressortir le véritable sens de ce qu'elles ont pour fonction de cacher, de camoufler.

(Réd. A l’Encontre)

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