mardi
23
juillet 2019

A l'encontre

La Brèche

Juillet 2018: quand les troupes des FDS étaient entraînées par des membres US de la «coalition»

Par Marion Fontenille

Le tweet du président américain Donald Trump, «nous rentrons à la maison», annonçant le retrait des quelque 2000 soldats américains de Syrie, a surpris les membres de la coalition internationale tout comme les analystes.

Le chef d’État français, Emmanuel Macron, a dit regretter cette décision et les forces kurdes sur le terrain se sentent abandonnées. En revanche, la Turquie s’en félicite.

Cela fait plusieurs semaines que le président turc Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement agitent le spectre d’une «offensive d’envergure» dans le nord de la Syrie. «La Turquie a perdu assez de temps jusqu’ici pour intervenir contre le marécage terroriste à l’est de l’Euphrate. Nous n’avons plus la patience d’attendre ne serait-ce qu’un jour de plus», a-t-il déclaré début décembre d’un ton ferme et menaçant.

Dans la ligne de mire d’Ankara se trouvent les milices kurdes des YPG, les Unités de protection du peuple – une force qui a participé à la lutte contre les djihadistes de Daech, le groupe État islamique, mais qui est considérée comme une «organisation terroriste» par la Turquie car alliée à son ennemi le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. L’objectif affiché de longue date est d’empêcher la création d’une entité kurde autonome à ses frontières.

L’annonce du retrait des troupes américaines, soutien majeur des Kurdes sur le terrain, semble donc laisser le champ libre à la Turquie pour mener à bien l’opération promise, qui, si elle a lieu, serait la troisième menée dans la région. En 2016, les militaires entraient en Syrie sous l’opération «Bouclier de l’Euphrate», l’année dernière ils repartaient en guerre, dans la région d’Afrine cette fois, lors de l’opération «Rameau d’Olivier».

La future offensive n’a pas encore de nom, mais la rhétorique belliqueuse se met en place. «Ils peuvent creuser des tunnels et des tranchées s’ils le veulent (…), le moment venu, on les enterrera dans les tranchées qu’ils ont creusées» a tonné le ministre de la Défense, Hulusi Akar.

«Il semble que la Turquie a obtenu ce qu’elle souhaitait, analyse Ismek Akça, professeur en Sciences politiques et Relations internationales. Dans cette configuration et sans le soutien des Américains sur le terrain, il sera impossible aux YPG de créer un cordon militaire et politique». Et d’ajouter : «Le retrait fait probablement partie de la politique américaine globale au Moyen-Orient et en Syrie. Il semblerait qu’il y ait une réconciliation en coulisses. La Syrie va être “reconstruite” et, au milieu de cette stratégie, il y a Bachar el-Assad».

D’autres analystes ont affirmé, dans les journaux turcs, que le président Erdogan serait à l’origine de la décision américaine. Yeni Akit, l’un des journaux pro-gouvernementaux turcs, a d’ailleurs récemment titré : «Trump se retire de Syrie pour Erdogan.»

Depuis, les deux alliés sont en étroite collaboration afin d’assurer «la coordination entre les militaires, les diplomates et d’autres responsables de leur pays pour éviter un vide du pouvoir (…) », selon des informations communiquées par la présidence turque.

Le retrait américain devrait s’effectuer lentement et pourrait donc retarder de quelques mois l’offensive prévue par la Turquie. Le sujet ne devrait néanmoins pas disparaître de l’agenda politique d’ici au mois de mars. «Il y aura les élections municipales. Ces élections sont importantes. Mais je ne pense pas, en réalité, que l’armée turque se lance dans une offensive d’envergure, comme les discours le promettent. Il pourra y avoir des opérations, mais elles seront plus symboliques. L’objectif est avant tout de mobiliser au niveau national», prédit Ismet Akça.

Le président turc a précisé il y a quelques jours l’importance de mener une offensive «pour redonner la liberté à nos frères arabes et kurdes. Nous n’avons pas laissé les Arabes de Syrie aux mains de Daesh, et de même, nous ne laisserons pas les Kurdes de Syrie face aux persécutions du PKK/PYD».

Les journaux pro-gouvernementaux parlent désormais d’une offensive «vitale». La Turquie s’apprête-t-elle à frapper fort? Ankara met en tout cas les préparatifs en scène. Le week-end dernier, des convois de véhicules militaires et des renforts sont entrés en Syrie. Ils ont rejoint l’ASL, l’Armée syrienne libre, soutenue par Ankara, non loin des zones kurdes. (Article publié dans Le Soir daté du 27 décembre 2018; reproduit avec l’autorisation de l’éditeur; https://journal.lesoir.be/)

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