vendredi
18
août 2017

A l'encontre

La Brèche

Police et armée présentes devant l’usine

Par Isaac Shapiro

Le 25 septembre 2012, en première du cahier Companies&Markets, le Financial Times (FT) titrait: «Foxconn a arrêté sa production dans l’usine travaillant pour Apple suite à l’émeute de 2000 travailleurs». Le FT souligne que Foxconn (du groupe de Taïwan: Hon Hai Precision) est le plus grand producteur mondial de composants électroniques. Il constate que le lifting opéré en 2010, après une vague de suicides (2009 et 2010) et de grèves, n’avait pas suffi à assurer le contrôle sur les travailleuses et les travailleurs. En juin 2010, une hausse des salaires et, surtout, un lien plus étroit entre salaire et production avaient été introduits. Les salarié·e·s du groupe se comptent par centaines de milliers: 900’000 en Chine (très jeunes) et quelque 100’000 en Inde, Taïwan ou République tchèque en juin 2012. En 2003, Foxconn comptait 2000 salariés; en 2007: 550’000! 

«L’émeute» a eu lieu le dimanche soir 23 septembre. Elle a été «maîtrisée» le lundi à 3 heures du matin, par la police. L’usine de Taiyuan, où éclata l’émeute, compte 78’000 travailleuses et travailleurs. Elle fait partie de la «chaîne de production du iPhone5». Apple et Foxconn, pour sauver l’image de marque du premier, avaient demandé un audit à une organisation étatsunienne: Fair Labor Association. Cette dernière avait relevé 360 «problèmes», dont une part importante avait trait aux conditions de sécurité sur les lignes de production. En 2012, cette organisation constatait que seulement deux tiers avaient trouvé «une solution»!

Mais les exigences d’Apple pour assurer la production des composants de l’iPhone5 ont abouti a un accroissement des heures supplémentaires, tradition de Foxconn. Selon un autre article  du FT en date du 25 septembre (p.19), l’usine travaillant pour le iPhone, à Zhengzhou, devrait passer de 150’000 travailleurs et travailleuses en juin à 250’000 en octobre 2012. Dans cet espace de temps, pour résoudre le manque de main-d’œuvre, l’appel au travail forcé d’étudiant·e·s a été mis en place, avec l’appui des autorités.

Foxconn, qui obtient 8 dollars par iPhone, joue sur les quantités produites. Il faut avoir à l’esprit qu’en 2011 Apple a vendu 4 millions d’iPhone 4S. Le nouveau modèle, lancé en 2010, a été vendu à 1,7 million d’exemplaires… les trois premiers jours! Les producteurs de composants doivent donc être à l’heure des rendez-vous. Celui du iPhone 5, aujourd’hui.

Une hausse des salaires, pour répondre à un manque de main-d’œuvre et attirer de nouveaux salarié·e·s, toucherait les marges de profit de Foxconn, considérées comme réduites par unité produite, bien que supérieures sur les produits Apple que sur ceux d’autres marques. Dès lors, les analyses et prescriptions de la Fair Labor Association n’ont pas  beaucoup d’effets. La police chinoise est plus efficace pour assurer, dans des situations dites tendues, la continuité de la production. Jusqu’à ce que l’expérience de la résistance et des luttes se consolide.

Le 26 septembre 2012, dans un reportage, le FT (p.20) soulignait qu’une jeune travailleuse constatait «combien rien n’avait changé», après «l’émeute» dans l’usine de Taiyuan. Dans l’usine et dans les dortoirs. Car Foxconn fonctionne sur la base d’une concentration énorme de travailleuses et travailleurs qui passent directement du poste de travail à de vastes dortoirs, avec des «supermarchés» intégrés sur les lieux. Ils-elles travaillent en trois fois huit. Le salaire de base s’élève à 285 dollars par mois, avec une possibilité de le faire croître… en lien avec un accroissement de la production. Liu Limping, professeur à l’université de Nanjin, affirme: «La nature du travail des ouvriers et ouvrières de Foxconn – la pression, la monotonie, l’ennui – n’a pas changé», après les quelques adaptations de mars 2012. «Dès lors, il est inévitable que des incidents de ce type se produisent de temps en temps.» Il est souligné que les actuels travailleurs et travailleuses,  qui ont 20 ans et un peu plus, sont moins «patients» que les migrant·e·s d’il y a deux décennies. Un aspect qui marque et marquera la scène sociale et politique en Chine. (Rédaction A l’Encontre)

*****

La dernière alerte indiquant que tout ne se passe pas bien avec la production des iPhone 5 est l’émeute qui s’est déroulée dans les dortoirs de l’une des usines de Foxconn en Chine qui «fabrique des composants d’iPhones d’Apple ainsi que d’autres composants pour d’autres compagnies»[1]. Selon l’agence de presse Reuters, cette émeute a impliqué 2000 travailleurs et a été réprimée par environ 5000 policiers [avec 40 hospitalisations et de nombreuses arrestations]. L’usine a été fermée pour une durée indéterminée [2].

Les causes directes de cette émeute ne sont pourtant pas claires. Foxconn a déclaré que «les troubles ont débuté après qu’une dispute personnelle s’est développée en bagarre» tandis que des posts du type de Twitter affirmaient que «les gardes de l’usine ont frappé des travailleurs et qu’il s’en est suivi une mélée» (deux citations tirées du récit de Reuters). Il est, bien entendu, difficile d’obtenir des informations précises et non biaisées sur les conditions dans les usines en Chine. Toutefois, la gravité de l’émeute exige pour le moins qu’une enquête indépendante soit menée et elle devrait obliger chacun à réfléchir avant de conclure que chaque droit des travailleurs liés à la production de l’iPhone5 a été respecté.

Un tel moment de réflexion est particulièrement approprié étant donné les autres informations qui ont émergé au cours des deux dernières semaines. Il y a seulement quelques jours, des chercheurs du Students and Scholars Against Corporate Misbehaviour (SACOM – Etudiants et professeurs contre la mauvaise conduite des entreprises), basée à Hongkong, a publié un rapport d’enquête [3] (fondé sur des entretiens réalisés au cours du début du mois de septembre) découvrant que les iPhones sont produits dans des conditions de travail, ainsi que je l’ai bloggé à ce sujet [5], telles que de nombreuse grèves de travailleurs en résultent. Foxconn a répondu à l’une de ces grèves en simplement mettant à pied les travailleurs. Parmi d’autres résultats, SACOM a qualifié ainsi les conditions de production aux usines iPhone de Foxconn à Zhengzhou: heures de travail supplémentaires bien au-dessus du niveau autorisé par les lois chinoises, heures supplémentaires non payées, absence de pauses ergonomiques en dépit du travail exigeant ainsi qu’exposition possible à des produits chimiques. Le rapport du SACOM lui-même fait écho avec d’autres blogs postés par l’EPI [Economic Policy institute] et le Workers Rights Consortium [6] qui ont décrit à quel point les violations des droits du travail sont continues à Foxconn, ce qui comprend également l’absence d’une quelconque possibilité des travailleurs à s’exprimer.

Toutes ces informations viennent s’ajouter à des récits selon lesquels Foxconn a utilisé du travail contraint d’étudiant·e·s dans la production d’iPhones. Cette information est sortie pour la première fois dans les médias d’information chinois, tel que, par exemple, le récit du 6 septembre publié par le Shanghai Daily qui débute ainsi: «Des milliers d’étudiant·e·s d’une ville de l’est de la Chine ont été contraints de travailler dans une usine de Foxconn après que les cours ont été suspendus au début du nouveau semestre.» Ils «ont été conduits dans une usine […] après que l’usine n’est pas parvenue à trouver un nombre suffisant de travailleurs pour produire les iPhone 5 d’Apple dont la sortie a été annoncée bien à l’avance.»

Une émeute, des grèves, du travail contraint d’étudiant·e·s, du travail supplémentaire excessif et parfois non payé, des conditions de travail malsaines: tout cela indique que les iPhones – qui représentent une avancée technologique spectaculaire – sont produits avec des conditions de travail qui renvoient au pire des débuts de l’ère industrielle. Apple a montré sa capacité remarquable en développant des produits qui se répandent dans tous les coins du monde. Il est grand temps qu’Apple fasse preuve d’une «capacité dirigeante» aussi remarquable en assurant que les travailleurs qui fabriquent ses produits soient bien traités. Ce n’est qu’alors qu’Apple pourra être considéré comme une «compagnie de classe mondiale». (Traduction de A l’Encontre)

_______

Article posté sur le site de l’Economic Policy Institute le 24 septembre. 

[1] http://www.npr.org/blogs/thetwo-way/2012/09/24/161673038/amazing-scene-as-riot-shuts-foxconn-plant-in-china

[2] http://www.reuters.com/article/2012/09/24/us-hon-hai-idUSBRE88N00L20120924

[3] http://sacom.hk/archives/960

[4] http://www.epi.org/blog/evidence-disturbing-working-conditions-iphone/

[5] http://www.epi.org/blog/iphone-5-produced-harsh-working-conditions/

[6] http://www.epi.org/blog/iphone-5-produced-harsh-working-conditions/

[7] http://www.shanghaidaily.com/

Vous pouvez écrire un commentaire, ou utiliser un rétrolien depuis votre site.

Ecrire un commentaire





FIFA : comprendre le "système Blatter" en 5... par lemondefr

C’est une bombe que vient de lancer Der Spiegel. Dans un article intitulé «Le complot», l’hebdomadaire allemand dévoile un document qui relance le feuilleton «borgiesque» à la Fédération internationale de football (FIFA).

Ledit document est une proposition de contrat envoyée le 19 décembre 2014 par le cabinet d’avocats californien Quinn Emanuel (QE) au directeur juridique de la FIFA, Marco Villiger. Dans ce document, QE s’engage à défendre les intérêts de la Fédération contre le département d’Etat de la justice américaine.

Le contrat est signé le 5 janvier 2015 par le secrétaire général de l’organisation, Jérôme Valcke, et par son adjoint et directeur financier Markus Kattner, puis tamponné par M. Villiger.

La chronologie apparaît troublante dans la mesure où l’administration de la FIFA semble avoir été au courant de la menace exercée par les autorités américaines «142 jours» avant le fameux coup de filet du 27 mai 2015, à Zurich (Suisse). Ce jour-là, plusieurs dignitaires de l’instance planétaire avaient été interpellés pour corruption, fraude et blanchiment d’argent. Cette vague d’arrestations avait eu lieu deux jours avant la réélection du SuisseSepp Blatter, le 29 mai 2015, pour un cinquième mandat à la présidence de la FIFA.

«Un complot interne»

La tornade judiciaire avait finalement conduit le Valaisan à remettre son mandat à disposition, le 2 juin 2015. Sepp Blatter, dont la signature manque sur le contrat scellé avec QE, assure qu’il «n’était pas du tout au courant» de cet accord. Celui qui a été suspendu six ans pour un paiement de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) fait en 2011 à l’ancien président de l’Union des associations européennes de football (UEFA), Michel Platini – lui-même radié quatre ans – se dit victime d’un «complot interne». (Le Monde, 12 août 2017, à 12h44, à suivre sur le site de ce quotidien)

Recent Comments

Le site alencontre.org existe depuis plus de 12 ans. Il vient de changer d’aspect. De manière significative. Mais il n’a pas modifié ses objectifs : informer, analyser, afin de faciliter une compréhension des réalités économiques, sociales, politiques à l’échelle internationale. Dans ce sens, ce site valorise la liaison qui peut s’établir entre comprendre et agir, dans une perspective socialiste et démocratique. Ce «lifting» a été effectué pour répondre aux exigences d’un nombre croissant de lectrices et lecteurs. Nous espérons que celui-ci entrera en résonance avec les attentes des visiteurs de A l’Encontre et de La Brèche. Il leur appartiendra, aussi, de s’en approprier le contenu et de le commenter. Vous pouvez nous contacter sur redaction@alencontre.org