mardi
31
mars 2020

A l'encontre

La Brèche

Par China Labour Bulletin

Après un mois au cours duquel il n’y a pratiquement pas eu de mobilisations ouvrières en Chine parce qu’une grande partie du pays était en état de confinement, les salarié·e·s recommencent à mener des actions collectives.

De nombreuses mobilisations liées aux difficultés économiques causées par l’épidémie de Covid-19 ont eu lieu.

La carte des grèves du China Labour Bulletin [1] a enregistré 25 conflits depuis que les entreprises situées en dehors de la province de Hubei, dans le centre de la Chine, ont provisoirement repris la production après la longue pause du Nouvel An chinois à la mi et à la fin du mois de février.

Ce chiffre est encore très bas par rapport aux années précédentes et la plupart de ces mouvements étaient relativement peu importants.

Une grande partie des mouvements ont eu lieu dans les services et les transports qui connaissaient déjà des difficultés économiques avant l’épidémie de Covid-19.

Le 10 mars, par exemple, plus d’un millier de chauffeurs de taxi de la ville de Liuzhou [2], dans le sud-ouest du pays, se sont mobilisés pour demander la suspension des frais de location des véhicules et le droit de le rendre aux compagnies de taxi sans pénalité. Les chauffeurs ont déclaré que même si les gens retournaient au travail, le manque de passagers les empêcherait de gagner leur vie.

Avant l’épidémie de Covid-19, le nombre mobilisations de chauffeurs de taxi [3] avait sensiblement augmenté à la fin de l’année dernière. Les raisons en l’accumulation du mécontentement envers la réglementation des autorités locales résident dans la gestion des compagnies de taxi et surtout la concurrence des chauffeurs à la sauvette ou sans permis. Ces mobilisations se sont traduites par une série de mobilisations de grande envergure et parfois violentes

La plupart des récents mouvements de salarié·e·s étaient liés à des arriérés de salaires et à des licenciements. A Pékin, par exemple, des travailleurs et travailleuses d’une entreprise de restauration rapide ont organisé une manifestation le 10 mars [4] après que l’entreprise a refusé de payer trois mois d’arriérés de salaires totalisant près de 400’000 yuans (4800 euros), même après qu’un tribunal d’arbitrage lui a ordonné de payer.

La veille, le 9 mars, le personnel médical d’un hôpital privé de Zibo [5], dans le Shandong s’est mobilisé contre un retard de trois mois dans le paiement des salaires et l’utilisation par l’hôpital de fournitures médicales périmées.

Lors d’une autre manifestation à Pékin, les salarié·e·s ont manifesté contre la politique de congé sans solde obligatoire [6] mise en place par le fournisseur de services en ligne 58.com [7] qui ne donnerait au personnel qu’une indemnisation égale à 80% du salaire minimum mensuel local, ce qui est loin de correspondre à un salaire permettant de vivre décemment.

Plusieurs mobilisations ont été également organisées début mars par des petits commerçants et des restaurateurs qui réclamaient une réduction des loyers en raison de la chute brutale des affaires qu’ils avaient connue depuis le début de l’épidémie.

Le Financial Times [8] a indiqué que les magasins familiaux, les échoppes de rue, les restaurants sur le pouce et autres petites entreprises, qui emploient environ 230 millions de personnes en Chine, sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques car ils disposent de moins de capitaux et sont moins en mesure d’emprunter.

Les ouvriers du bâtiment, dont certains ont été recrutés pour construire des hôpitaux d’urgence pour les patients atteints de Covid-19 à Wuhan [9], ont également été amenés à protester contre les salaires impayés.

Plus récemment, des ouvriers d’un chantier de construction à Zhoukou, dans l’est de la province du Henan, ont été tabassés après avoir organisé une manifestation pour protester contre des arriérés de salaires.

Alors que la production «normale» reprend progressivement en Chine, les travailleurs et travailleuse – qui se débattent déjà après des mois de perturbations économiques – seront plus déterminés que jamais à faire en sorte que ne soient pas violés leurs droits à la rémunération, à la sécurité sociale et à l’indemnisation. (20 mars 2020; édité par rédaction A l’Encontre)

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1. Carte des grèves https://maps.clb.org.hk/
2. Chauffeurs de taxi à Liouzhou https://mp.weixin.qq.com/s/d2rD72E3i_3MfzA5Nx5xkA
3. Les chauffeurs de taxi protestent https://clb.org.hk/content/latent-grievances-erupt-massive-taxi-driver-protests-across-china
4. Manifestation du 10 mars
https://www.weibo.com/5820218114/IxZ6xfAgB?type=comment#_rnd1584422107970
5. Hôpital privé à Zibo, Shandong,
https://www.weibo.com/7219047645/IxNLP0yKk?type=comment#_rnd1584422119354
6. Politique en matière de congés non payés
https://mp.weixin.qq.com/s/NDytsab0BGAEd-KtPBEEsg
7. 58.com http://58.com/
8. Financial Times
https://www.ft.com/content/eaa3d7c2-629c-11ea-b3f3-fe4680ea68b5
9. Travailleurs de la construction https://clb.org.hk/content/construction-workers-under-pressure-more-cities-rush-build-hospitals

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